Aurélien Collet : « les courses dans un format classique m’amusent moins qu’avant »

Aurélien Collet
Aurélien Collet réalise la grande majorité de ses footings dans la forêt de Montmorency - Photo : Yohan Malliard

Quelques jours avant de prendre le départ de l’Ultra-Tour des 4 Massifs (UT4M), Aurélien Collet a partagé un footing avec Distances+, le temps d’une interview. Il fait partie des tout meilleurs traileurs de l’Ile-de-France, et même de l’Hexagone, depuis plusieurs années. Il est aussi l’organisateur de deux courses dont le réputé MaxiCross de Bouffémont (41 km, 1750 m D+). C’est donc tout naturellement que nous avons emprunté les sentiers de cette épreuve qui se déroule au cœur de la forêt de Montmorency, dans le Val d’Oise. 

C’est sous des nuages menaçants et sur des sentiers encore bien humides que ce footing débute. « J’ai déjà fait 21 km et 1500 m de dénivelé ce matin », prévient d’emblée Aurélien Collet. Pourtant, à le voir courir, frais, on pourrait penser qu’il s’élance sur ses premiers mètres de la journée.

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Le traileur trouve d’ailleurs que ses jambes sont bien meilleures que ces derniers jours, après avoir récupéré de sa participation, début juin, au Tenerife Bluetrail (105 km, 6180 m D+), sa première compétition de la saison. Il a trouvé l’atmosphère assez particulière sur cet événement, en raison du protocole sanitaire « Pendant la course, mettre du gel à l’entrée du ravito, mettre le masque, je trouve que ça casse l’ambiance, confie-t-il. Quand tu es traileur, tu arrives au ravito plein de sueur et de morve et tu mets tes mains dans les cacahuètes », illustre-t-il à la blague.


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La compétition n’avait pas manqué tant que ça à Aurélien Collet, qui avait un peu perdu ses habitudes. « J’ai bien aimé la période du Covid au niveau sportif, parce que je pouvais être vachement régulier et le niveau de forme était toujours bon, raconte le coureur. J’étais super bien jusqu’à Tenerife. Juste avant, je me suis reposé et je me suis mis la misère sur la course. J’ai mis trois semaines à m’en remettre. » Il lui a aussi fallu retrouver ses habitudes pour la logistique avec les « préparatifs du voyage et le voyage a coûté une blinde », lance-t-il.

Le Français a terminé 8e du Tenerife Bluetrail après avoir pourtant mené durant les 45 premiers kilomètres de la course. Outre quelques égarements sur le parcours, c’est l’altitude et surtout l’ascension vers le Teide, point culminant à 3600 m, qui lui ont fait perdre ses moyens. Dans un récit détaillé sur son compte Strava, il dit avoir passé « 2 h 50 à agoniser sur les 9 km d’ascension ».

Difficulté en haute-altitude pour les Franciliens

Aurélien Collet
Aurélien Collet a guidé de nombreuses personnes durant le off du MaxiCross – Photo : Yohan Malliard

L’altitude a souvent été la pire ennemie du coureur francilien. Avec un point haut à 210 m d’altitude dans la forêt de Carnelles, où « on manque d’oxygène et où il y a des neiges éternelles », ironise Aurélien, les coureurs d’Ile-de-France ne sont pas préparés à courir en haute-altitude. 

« Quand on arrive en montagne, qui est quand même l’endroit culte du trail, on se prend des claques, explique le coureur de l’équipe Hoka One One. Physiquement, on n’est pas prêts à ça! » 


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Ce sont surtout les descentes qui posent le plus de problèmes à en croire le traileur. Car s’il n’est pas possible de travailler le dénivelé sur une seule montée, plusieurs terrains en Île-de-France, dont la forêt de Montmorency, permettent en revanche de le cumuler en enchaînant de nombreuses côtes.

D’ailleurs, nous sortons d’un sentier bien lisse pour emprunter un petit chemin envahi par la végétation afin de rejoindre « le toit » de la forêt. De là, par temps clément, il est possible de voir le massif du Parisis où se déroule le Trail des Châtaignes (24 km, 970 m D+), la deuxième course organisée par Aurélien Collet, ainsi que la tour Eiffel et le quartier de la Défense, à quelques encablures du lieu de travail du traileur.

Optimiser son temps

Père de deux filles, âgées de 7 ans et de 7 mois, Aurélien Collet dit être sans cesse « à la recherche de temps ». En conséquence, il se rend souvent sur son lieu de travail, à Suresnes, en courant ou à vélo, « basket taf » ou « VTTaf », comme il nomme ces sorties sur Strava.


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« Si je ne suis pas motivé, mon parcours fait 22 bornes et si je suis motivé, je rallonge en zigzaguant un peu dans la forêt, indique-t-il. Des fois, je fais vélo le matin et je rentre en courant comme ça le lendemain j’y vais en courant et je rentre à vélo. Des fois aussi, ça bogue parce qu’il pleut, du coup j’y vais en moto et je me retrouve un peu comme un con avec mon vélo et ma moto là-bas », ajoute-t-il à la blague.

Nous poursuivons notre chemin sur le parcours du MaxiCross, en sens inverse par rapport à la course, et passons devant un point connu de la forêt de Montmorency d’après Aurélien : la Vierge Noire, située sur le versant de Montlignon.

Organisation du Maxicross en « off »

Forêt de Montmorency
La Vierge Noire est point connu de la forêt de Montmorency et un point de passage du MaxiCross – Photo : Yohan Malliard

Avec la pandémie, Aurélien Collet n’a pas pu organiser sa course cet hiver, alors pour compenser, il a mis en place le parcours du 25 km (1000 m D+) en « off » du 6 février au 6 juin 2021. « La mairie avait pris la décision de ne pas l’organiser et je ne trouvais pas ça raisonnable, d’autant qu’il y avait de la demande, détaille Aurélien. Je me suis dit “je le fais, on verra bien”. » Un pari gagnant puisque 400 coureurs y ont participé.

Un participant est même venu de Nantes spécialement pour faire ce off. « Tous les ans, il vient faire le MaxiCross et cette année il ne pouvait pas, du coup il est venu faire le off, conte l’organisateur. Il a pris le train, on s’est donné rendez-vous, il a fait son off et il est reparti. »


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Car en plus d’organiser la course dans ce format particulier, Aurélien Collet a énormément couru avec les participants. « On se donnait rendez-vous au point de départ au château (au château de la Chasse de Montlignon, NDLR), ils me disaient un tempo et je les emmenais à cette allure, se souvient-il. J’aime bien faire découvrir le massif », complète-t-il alors que nous abordons une des rares portions asphaltées du parcours dans le village de Montlignon.

C’est d’ailleurs Aurélien Collet qui a établi le meilleur temps, 1 h 56 min et 38 s, en jouant les lièvres pour un autre coureur.

Cette organisation aura permis aussi de faire découvrir la course « en version sèche » puisque, habituellement, elle se déroule au début du mois de février dans des conditions, à minima, boueuses, si ce n’est pluvieuses voire neigeuses. Malgré tout, même au mois de juin, quelques parties sont encore bien humides et glissantes et il faut rester vigilant pour ne pas tomber.

De plus, une partie des frais d’inscription a été reversée à l’association Élise Princesse Courageuse, qui lutte contre les cancers pédiatriques.

Strava plutôt que Facebook

Au cours d’une descente et d’une discussion sur l’implication d’Aurélien Collet sur les réseaux sociaux, c’est Strava qui a sa préférence, plutôt que Facebook et cie. « Je préfère un Strava où il y a 100 % de sportif dessus et où il y a une passion de partager par rapport à des réseaux comme Facebook où tu peux avoir des clampins qui viennent commenter », affirme-t-il.

Sur son compte du réseau social pour sportif, on retrouve bien évidemment ses activités, mais aussi des comptes rendus de course, des avis sur des produits Hoka One One (son commanditaire) et d’autres publications en tout genre.

Des courses plus roulantes

Aurélien Collet au Trail des Rois Maudits 2019
Aurélien Collet a remporté le Trm 50 du Trail des Rois Maudits en 2019 – Photo : Trail des Rois Maudits

Les côtes et les descentes, courtes, mais plutôt sèches, s’enchaînent et nous entraînent vers la tour du Plumet, autre point connu de la forêt. Si Aurélien ne souhaite pas trop enchaîner les compétitions, il termine sa préparation pour le 160 Challenge de l’UT4M (172 km, 11 330 m D+), une course à étapes qu’il a déjà remportée deux fois (2016 et 2017). 

« On y laisse moins de jus que sur un ultra et on garde plus de vitesse, estime Aurélien Collet. C’est bien quand ça change! Je t’avoue que les courses dans un format classique m’amusent moins qu’avant. »

Selon lui, ce format correspond davantage à ses capacités avec des distances relativement courtes (49 km pour l’étape la plus longue) qui favorisent ses capacités de vitesse et surtout celles de relances.


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Son calendrier n’est pas déterminé, mais il devrait également participer au Trail des Rois Maudits (59 km, 2640 m D+) le long des falaises en bord de Seine en Normandie, en septembre, où il a déjà gagné quatre fois en quatre participations (de 2017 à 2020) et au Capadoccia Ultra-Trail (119 km, 3730 m D+) en Turquie au mois d’octobre. Deux courses à faible altitude et qui lui convienne donc mieux.

« J’aime vraiment le parcours des Rois Maudits! C’est un parcours à la relance avec toute la fin qui est bien technique donc ça me correspond bien, décrit-il. Le Capadoccia, c’est roulant donc ça correspondra bien au profil du coureur francilien. C’est un paysage très sec avec de la falaise de calcaire, c’est magique et dépaysant. »

Le footing se termine en même temps que le soleil revient, bilan de la sortie 13 km pour 436 m D+… et trois tiques pour Aurélien Collet. Un bon décrassage après sa sortie du matin et un bon enchaînement en vue de l’UT4M, dont il prendra le départ ce jeudi 15 juillet jusqu’au dimanche 18.

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