À la Transgrancanaria, les Espagnols font le beau geste de gagner à deux

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Pablo Villa et Pau Capell au fil d'arrivée - Photo : Vincent Champagne

DISTANCES+ À LA GRAN CANARIA – Le champion Pau Capell n’a pas déçu ses fans, samedi, lorsqu’il a franchi en vainqueur l’arche d’arrivée de la Transgrancanaria, au pied du grand phare de la plage de Maspalomas. Mais il a aussi ravi par sa générosité, en acceptant de partager la première place du podium avec son compatriote Pablo Villa.

Les deux coureurs ont bataillé toute la nuit pour rester en tête de cet ultra de 128 km (7500 m D+), que Capell avait remporté lors des trois dernières éditions. Ce n’est qu’à la toute fin, alors qu’il leur restait à peine 20 km à faire, qu’ils ont décidé de finir ensemble.


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Au fil d’arrivée, c’est un Pablo Villa très fatigué qui a confié à Distances+ que la « bataille a été très dure ». Lors du point de passage de « Roque Nublo » (il s’agit d’un immense monolithe de basalte haut de 80 mètres qui semble posé là, au hasard, dans les hauteurs), Pablo a tenté de prendre de l’avance, mais Pau a repris l’attaque un peu plus tard, a-t-il raconté.

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Pablo Villa au passage du Roque Nublo – Photo : Vincent Champagne

Distances+ les a vus toute la nuit passer en coup de vent dans les points de ravitaillements répartis tout le long du parcours. Ils arrivaient en même temps, et se surveillaient. Dans l’un des ravitos, Pau est parti en appelant son ami « Pablo! Pablo! », l’air de lui dire : allez, on repart!

Le journaliste Bryon Powell, d’Irunfar, qui couvrait aussi l’événement, a rapporté que Capell a même attendu Villa dans l’un des derniers ravitaillements, alors qu’il aurait pu s’échapper.

Au final, les coureurs de 28 ans (Capell) et 31 ans (Villa), ont mis 13 h 04 m 11 s pour gagner cette 3e étape de l’Ultra-Trail World Tour, soit 22 minutes de plus que le meilleur temps de Capell en 2018 et 2019 (12 h 42 chaque fois, comme une horloge).

L’an dernier, Pablo Villa, qui en est à sa première saison en tant qu’athlète professionnel à temps plein, avait mis 13 h 31 afin de se classer second sur le podium. Avec cette victoire sur la Transgrancanaria, celui qui a gagné la TDS de l’Ultra-Trail du Mont-Blanc l’an dernier, vient de passer pour de vrai dans le cénacle des athlètes de très haut niveau qu’on ne peut plus éviter.

Avec sa victoire sur l’UTMB en août dernier, et son titre de champion de l’Ultra-Trail Worl Tour, Pau Capell était déjà considéré comme l’un des plus grands athlètes de trail du moment.

Incertitude sur les deux gagnants

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Pau Capell au lever du soleil, sur le parcours de la Transgrancanaria – Photo : Vincent Champagne

Au fil d’arrivée, alors que régnait une certaine frénésie, et dans l’attente du troisième homme qui compléterait le podium (ce sera finalement l’Américain Dylan Bowman, en 13 h 40), les organisateurs se grattaient toutefois la tête.

C’était la première fois qu’ils avaient deux gagnants, et ils ne savaient pas trop comment gérer la situation, qui est pourtant plutôt commune dans le monde de l’ultra.

En coulisses, et cela n’a pas été rendu public, mais Distances+ était sur place pour tout voir et entendre, les organisateurs ont pris un certain temps pour accepter la double victoire. Les règlements de la course ne sont, semblent-ils, pas explicites sur le sujet.

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Illustrations : Florent Beaufils / Flowhynot

Peiquan You et Jared Hazen passent à côté

Parti en force, le Chinois Peiquan You, qui faisait figure de favori après sa victoire à la Hong Kong 100 en janvier dernier, a mené le contingent dans les premières heures, avant de s’effondrer et d’abandonner au 64e kilomètre.

L’Américain Jared Hazen, qui a fait deuxième à la Western States en 2019, a aussi fait très fort dans les premières heures, mais il s’est trompé de chemin en cours de route. Il s’est retrouvé au-delà de la 10e place et a également abandonné.

David Jeker abandonne et prend sa retraite de l’ultra

Trois Québécois participaient à l’édition 2020 de cette Transgrancanaria.

Maxime Simard, qui a couru avec une commotion cérébrale, a décidé de jeter l’éponge après avoir parcouru 100 km. « Il me restait 28 km de trail de roches (dans des lits de rivières asséchées notamment) mais je crois avoir très bien travaillé comme ça », s’est-il félicité sur sa page Facebook.

Julien Conte est le seul des trois a être allé au bout de l’épreuve. Il a terminé en 24 h 38 m 41 s (250e place).

Quant à David Jeker, il venait ici pour la cinquième fois avec l’ambition de faire mieux que sa 51e place de l’an dernier, mais sa volonté de « tout donner » a rapidement été terrassée lorsqu’il a réalisé qu’il n’était pas en mesure de jouer aux avant-postes. Visiblement écoeuré par ses sensations, son manque de plaisir et ses contre-performances à répétition sur les courses en sentier de longue distance, il a annoncé à Distances+ avant d’abandonner qu’il prenait sa retraite de l’ultra.

« Je n’ai pas l’intention de refaire un ultra avant longtemps, a-t-il confirmé à froid le lendemain. Ça fait quand même trois saisons que je dis que je préfére les formats courts et il est temps de m’en tenir à ça. »

Nous ne devrions donc plus revoir David Jeker sur les gros ultras internationaux, lui qui avait remporté l’Ultra-Trail Harricana du Canada en 2015. Il s’y était également illustré en septembre dernier en terminant quatrième après avoir mené la course pendant longtemps.

Les femmes s’échangent la tête 

Comme prévu, au regard des vedettes sur la ligne de départ, la course des athlètes féminines a été passionnante.

C’est Kaytlyn Gerbin qui l’a emporté en 15 h 14 (12e au classement général) devant la Chinoise Fuzhao Xiang et l’Espagnole Azara Garcia. L’Américaine avait terminé sur à la deuxième place l’an dernier.

En début de soirée, c’est la Française Audrey Tanguy qui s’échappait devant (4e au final), puis Azara Garcia a pris les devants, avant de reculer.

La championne suédoise Mimmi Kotka a abandonné la course, alors qu’elle avait confié à Distances+, avant l’épreuve, qu’elle espérait « retrouver son chemin dans l’ultra-trail » après une saison 2019 décevante, en raison de symptômes de surentraînement.

Une course de nuit

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Les coureurs passent par le joli village de Teror, sur l’île de la Gran Canaria – Photo : Vincent Champagne

Partis sur le coup de 23 h depuis la plage de Las Canteras, dans la ville de Las Palmas, les quelque 800 coureurs devaient traverser toute l’île du nord au sud. La course de 128 km, dite « classique », est l’une des sept courses que compte la Transgrancanaria.

Si les coureurs récréatifs passent la journée complète du samedi dans les sentiers, pour l’élite il s’agit principalement d’une course de nuit. Qui peut être fraîche d’ailleurs en hauteur.

Outre cette course, il y a aussi l’épreuve de 262 km dite « Trans 360 », qu’a remporté le franco-italien Luca Papi pour la deuxième année consécutive. Si, l’an dernier, il avait ensuite pris le départ de la classique après une petite sieste de quelques heures, cette année, il n’a pas tenté le coup, s’avouant « cuit », vidé de toute énergie.

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Illustration : Florent Beaufils / Flowhynot

À partir de l’an prochain, la Transgrancanaria fera partie du nouveau circuit Spartan Trail. On ne sait pas, en ce moment, si la compétition restera au sein de l’Ultra-Trail World Tour, même si les organisateurs le souhaiteraient.

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