C’est l’entraînement qui va mener à la bonne foulée

Troisième partie du dossier « Pour en finir avec la quête de la cadence et de la foulée parfaite »

coureur running
Un coureur à l'entraînement - Photo : Jenny Hill

Il n’y a pas de cadence et de foulée parfaite, révèlent différents spécialistes interviewés par Distances+ dans le cadre de ce dossier spécial. Toutefois, des recommandations basées sur la science permettent de viser une efficacité du mouvement, une économie d’énergie et une diminution des risques de blessures.


Lire la 1ère et la 2e partie de ce dossier spécial :


Oublier la cadence et la foulée

Les spécialistes interrogés encouragent les coureurs à se concentrer sur d’autres aspects de leur entraînement au lieu de mettre toute leur énergie à essayer d’améliorer leur technique de course.

« Il y en a qui pensent que ça va changer leur vie, mais en réalité je pense que c’est cosmétique et qu’on devrait probablement travailler sur d’autres choses que ça », lance Maxime Leboeuf, champion canadien d’ultra-trail. « Je connais même beaucoup d’entraîneurs d’expérience qui ont complètement arrêté de travailler la technique de course », ajoute-t-il pour marquer son point.

Il recommande plutôt de courir davantage et de faire des entraînements de vitesse comme des intervalles. De cette façon, « le corps va naturellement et progressivement s’adapter à la meilleure technique pour nous ».

Daniel Riou, kinésiologue, conseille aussi de courir régulièrement pour développer sa stabilité et de faire des exercices d’accélérations progressives afin d’avoir une meilleure fluidité et une meilleure coordination.

Renforcement musculaire et autres exercices

En plus, le kinésiologue recommande de compléter son entraînement avec du renforcement musculaire et des exercices de pliométrie dont les « résultats sont démontrés ». Des exercices éducatifs comme l’ABC (le lever du genou, le lever du genou avec extension de la jambe et les talons aux fesses) et des courtes séances de course pieds nus ne peuvent pas faire de tort non plus.

Jean-François Harvey, ostéopathe, prône à son tour les vertus du renforcement musculaire et des exercices de pliométrie. Il recommande pour sa part d’y ajouter des sauts et des atterrissages afin de travailler son rebond et la proprioception de ses articulations. 

Il note même qu’un coureur ayant ajouté ce type d’entraînements à sa routine peut « sans même avoir travaillé consciemment sa cadence, l’augmenter de cinq pas par minute ».

Annie Jean, podiatre, encourage les coureurs amateurs à porter une attention particulière aux blogues des grands coureurs élites : « tu le vois qu’ils font beaucoup de renforcement et qu’ils passent beaucoup de temps au gym. Ils n’ont pas le choix pour être forts et ça paraît », convient-elle.

La fameuse technique de course

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L’athlète et podiatre Annie Jean – Photo : Raven Photography

Pour ce qui est de la fameuse technique de course, il est facile de se sentir étourdi, voire perdu devant la multitude de recommandations. C’est pourquoi les experts rencontrés ont voulu simplifier le tout en retournant à la base :

  • Courir « léger » en faisant le moins de bruit possible;
  • Courir avec un certain relâchement musculaire afin de se sentir détendu et d’avoir des mouvements fluides;
  • Adopter une bonne posture pour soi en imaginant avoir une petite ficelle attachée au sommet du crâne et nous tirant vers le haut.

De telles indications générales sont considérées par Daniel Riou comme étant plus efficaces que la « rétroaction très précise », tandis que Jean-François Harvey estime qu’elles empêchent les coureurs de « s’éloigner de la course naturelle » tout en leur permettant de « travailler un peu plus leur conscience corporelle ».

La majorité des témoignages des coureurs abondent également dans ce sens. « En faisant l’analyse, le physio m’a simplement dit : ‘’cours en faisant moins de bruit’’ et naturellement j’ai couru un peu plus sur l’avant-pied en faisant des pas plus petits, », raconte Cécile, une coureuse de Montréal.

« Cela va faire trois ans que la transition est faite et je n’ai plus mal au genou, raconte Vincent, un autre internaute. J’ai pu me rendre jusqu’au marathon et faire des courses en sentier ce qui n’était pas envisageable au début », dit ce coureur de Québec, qui a quant à lui réussi à modifier sa foulée de façon progressive.

Consulter un professionnel

Si toutefois certains sont toujours intéressés à modifier leur technique de course encore plus en profondeur, il peut être intéressant de faire analyser le tout par un professionnel. 

C’est une approche qu’Annie Jean préconise en tant que podiatre et que plusieurs coureurs interrogés ont appréciée. « J’ai bien aimé l’expérience de consulter des professionnels et j’ai trouvé leur expertise bien plus avancée que mes humbles connaissances », dit ainsi Francis, un coureur de Montréal.

La podiatre ajoute qu’une telle consultation peut aussi permettre de vérifier si le type de chaussure utilisé « influence négativement la technique du coureur ». Le type de chaussure n’étant pas prescriptif d’un certain type de foulée comme plusieurs articles le prétendent, il peut toutefois avoir des répercussions sur la foulée et la cadence.

Courir naturellement sans trop y penser

Tous les spécialistes ont voulu conclure en rappelant que « la course à pied est le sport le plus simple au monde et qu’il ne faut pas trop compliquer les choses », comme le résume Maxime Lebœuf.

Jean-François Harvey le formule différemment en conseillant « de ne pas trop s’éloigner de la course naturelle, de sa façon de courir ».

Il ne faut donc pas « trop intellectualiser sa technique de course », rappelle pour sa part Daniel Riou, mais plutôt essayer de courir avec un certain détachement tout en appréciant le sentiment de liberté que ce sport peut apporter, pour paraphraser Annie Jean.

Si le travail d’entraînement est bien fait, « le patron-moteur va souvent être assez fort pour continuer sans qu’on n’ait trop à y penser » confie-t-elle en terminant.

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