Longtemps menacé, le Gaspesia 100 aura lieu ce week-end (presque) normalement

Gaspesia 100
Une édition spéciale de l'Ultra-Trail Gaspesia avait eu lieu en 2020 malgré la pandémie - Photo : Gaspesia 100 Ultra Trail

Après une longue incertitude et de nombreux changements au gré des restrictions sanitaires, l’Ultra-Trail Gaspesia 100 va finalement pouvoir se tenir à Percé en fin de semaine, du 18 au 20 juin, dans le format presque habituel. Son emblématique organisateur, Jean-François Tapp, a raconté avec transparence à Distances+ les dernières péripéties de cette aventure, qui lui a demandé une volonté de fer et une énergie folle pour ne pas abandonner.

« Ça fait seulement trois semaines qu’on a l’autorisation pour l’organiser », précise Jean-François Tapp, l’organisateur de l’événement. Il n’a pas caché que ces montagnes russes et la nécessité de s’adapter sans cesse pour réussir à organiser cette fête du trail de la Gaspésie avaient occasionné beaucoup de fatigue.

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Malgré tout, le fondateur du Gaspesia 100 est parvenu à maintenir toutes ses courses, contrairement à ce qu’il avait pu laisser entendre au cours de ses différents points en direct sur les réseaux sociaux. La nouvelle épreuve en autonomie totale de 150 miles (240 km), baptisée « Les 60 heures d’Hélène » en hommage à l’aventurière québécoise et ultra-marathonienne de l’extrême Hélène Dumais, initialement prévue l’an dernier, va d’ailleurs pouvoir être inaugurée ce vendredi, même s’ils ne seront que sept au départ.

« Au cours de ces trois semaines, on est passé proche de tout annuler à, au moins, trois reprises. On faisait un pas en avant, deux pas en arrière », confie Jean-François Tapp, qui a sans doute vécu sa pire journée il y a un peu plus d’une semaine seulement, le lundi 7 juin.

« La Fédération québécoise d’athlétisme, qui généralement offre l’assurance de nos événements par l’intermédiaire d’une sanction, m’a informé ce jour-là que je n’aurai pas de sanction cette année, explique-t-il. Eux, ils ont reçu la directive de ne pas remettre de sanction avant le 25 juin, date de reprise des événements au Québec. Je me suis donc retrouvé sans assurance à 10 jours de l’événement. »

Avec son expérience dans l’organisation d’événements et sa débrouillardise habituelle, Jean-François Tapp s’est reviré de bord et a rempli un dossier d’assurance vendredi dernier, le 11 juin, en devenant membre de l’Association canadienne des courses d’aventure. Affaire réglée!

« Nonobstant ça, c’est sûr que l’on est excités, s’enthousiasme ce Gaspésien jusqu’à l’os. On est fébriles, mais pas particulièrement nerveux. On a confiance en la communauté de trail pour respecter les normes sanitaires. »

Des contraintes sanitaires

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Sur le parcours du Gaspesia 100 en 2020 – Photo : Gaspesia 100 Ultra Trail

Pour pouvoir organiser l’événement, Jean-François Tapp a dû mettre en place un certain nombre de règles sanitaires, en commençant par interdire la participation aux résidents des autres provinces que le Québec, même si c’est un crève-cœur. Seuls les Québécois ont ainsi été autorisés à participer à l’Ultra-Trail Gaspesia 100. Les coureurs des Maritimes, grands habitués de cette épreuve, ne pourront être présents puisque les frontières avec le Québec seront encore fermées ce week-end.

« On a vraiment laissé la discrétion aux coureurs de voir avec leurs autorités locales ce qui était possible et ce qui ne l’était pas, assure Jean-François. Nous, on va accepter les gens qui vont se déplacer sur la ligne de départ avec un dossard et qui vont avoir respecté notre plan sanitaire. »

Les départs ont également dû être repensés. Ils se feront par vague de 40 à 50 coureurs toutes les 10 minutes et l’arche de départ a été déplacée de quelques degrés pour permettre la création de sas. Les arrivées ont été décalées pour éviter les rassemblements qui, jusqu’à présent, étaient l’une des traditions du Gaspesia 100. Toutes les épreuves avaient en effet, dans l’idée, vocation à se terminer à peu près en même temps.


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Un plan sanitaire a été mis à disposition des coureurs. Ils ne devront, par exemple, rien toucher sur les zones de ravitaillement. Ils devront laisser les bénévoles les servir et ne manger qu’une fois sortis de cette zone. De même, du gel hydroalcoolique et deux masques ont été ajoutés à la liste du matériel obligatoire.

Pendant le déroulement de la course, les coureurs sont invités à respecter les deux mètres d’écart, à se signaler pour pouvoir doubler tout en respectant une certaine distance et à ne pas cracher lorsqu’une autre personne se situe à proximité (moins de 10 m selon le plan sanitaire). « Ce sont les nouvelles étiquettes du savoir-vivre en sentier », résume l’organisateur.

Un événement « broche à foin de luxe »

Jean-François Tapp
Jean-François Tapp dans son traditionnel habit de pêcheur avant le départ – Photo : Gaspesia 100 Ultra Trail

Jean-François Tapp aime qualifier le Gaspesia 100 d’événement « broche à foin de luxe ». « On a des ressources très, très limitées pour livrer un événement comme le nôtre, fait-il remarquer. Certains ont l’impression que le Gaspesia 100 est aussi gros que le Québec Méga Trail, que l’Ultra-Trail Harricana ou que des grandes courses aux États-Unis, mais dans les faits, le Gaspesia 100, c’est une petite course que j’organise tout seul à l’année, à bout de bras, et un mois avant la course j’ai des collaborateurs qui se joignent à moi. »

« Aujourd’hui (mardi 15 juin), j’étais en train de baliser dans la pluie battante tout en répondant à des coureurs qui avaient des questions sur les courses de l’île Bonaventure. Ils trouvaient ça ben drôle que ce soit moi qui réponde, s’amuse Jean-François Tapp. C’est ça le “broche à foin de luxe”, on parvient à livrer un événement à la hauteur des standards de l’industrie, mais vraiment en travaillant ultra fort et en étant très, très créatif pour compenser le manque de ressources. »


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Autre preuve de ce côté « broche à foin » revendiqué, les 80 derniers kilomètres de la nouvelle épreuve de 150 miles ont dû être redessinés ce lundi (14 juin) à cause d’une « erreur ». « Il y a aussi des éléments qui changent dans le guide que je suis en train de faire », lâche en riant Jean-François Tapp à un peu plus de 48 heures du départ. L’emplacement de la ligne de départ et d’arrivée a également été décidé ce lundi.

Un événement « moins chaleureux »

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Sur le parcours de la Gaspesia 100 – Photo : courtoisie

Lui qui avoue avoir recourt à toutes les manigances possibles pour faire en sorte que tous les coureurs terminent leur course en même temps et pour donner l’impression d’un grand événement a dû se résoudre à faire l’inverse pour cette édition 2021. « Là, tout le monde va arriver seul au monde », dit-il en rigolant.

« Je pense que ce qui va le plus nous manquer sur cette édition, c’est la petite bière sur le quai avec les saucisses artisanales au barbecue et les choucroutes locales parce que c’est le rassemblement après la course où tout le monde se raconte toutes ses anecdotes, regrette déjà Jean-François Tapp. C’est le prix à payer pour pouvoir courir cette année. »

En revanche, lui, l’amateur de bière, ne manquera pas d’en déguster une le dimanche après la course. « C’est sûr qu’elle va être bonne », savoure-t-il d’avance.

L’innovation de la lanterne rouge

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Sur le parcours de l’Ultra-Trail Gaspesia lors de l’édition spéciale en 2020 – Photo : Gaspesia 100 Ultra Trail

Dans ce paysage quelque peu morose, le Gaspesia 100 est parvenu à apporter deux nouveautés cette année : le 150 miles donc… et la lanterne rouge. Elle avait été instaurée lors de la dernière édition « classique », en 2019, mais ne prendra effet que cette année. Le concept est simple : le dernier de chaque course se voit offrir une inscription sur la distance qu’il a complétée pour l’année suivante. Jean-François a emprunté l’expression au Tour de France, la lanterne rouge désignant à l’origine le cycliste qui figure à la dernière place du classement général.

« Ça me paraît tout à fait naturel de reconnaître la persévérance de ces gens-là, parce que la vraie persévérance et la vraie hargne du trail running, elle est dans les derniers, dans ceux qui s’accrochent, estime Jean-François Tapp. Ils vont atteindre leur limite et même la dépasser dans certains cas “juste” pour terminer la course. »

Le Gaspésien assure même que les lanternes rouges sont les plus applaudies le dimanche lors de la remise des récompenses. 


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Cette idée, il l’a tirée de deux expériences personnelles. La première a eu lieu sur une édition de l’Ultra-Trail du Bout du monde où il officiait en tant que fermeur et où il avait vu un coureur se battre contre la montre pour terminer la course dans les temps.

La seconde s’est déroulée sur un marathon de vélo de montagne auquel il participait. « J’étais dans une super forme et je m’attendais à faire une des meilleures performances de ma vie, mais j’ai fait cinq crevaisons dans ma course, se souvient-il. Forcément, j’ai passé ma journée à réparer des crevaisons et je suis rentré dans les derniers. C’est encore un de mes meilleurs souvenirs de course à vie, et on s’entend qu’après la troisième crevaison ça ne me tentait plus pantoute de faire une course de vélo, parce que je suis parvenu à terminer avant le couperet. »

Le fondateur du Gaspesia 100 n’a pas été en mesure de dire à Distances+ si les lanternes rouges de 2019 seront au départ de l’édition 2021. « On est tellement le guidon dans les dents depuis un mois que je n’ai pas pris le temps de regarder la base de données, assure-t-il. Il y a peut-être des athlètes élites qui s’en viennent et que je ne le sais même pas. On va le découvrir sur le terrain. »

Après toute cette aventure organisationnelle, Jean-François Tapp prédit « un événement épique » cette année en raison de l’ambiance particulière liée aux restrictions et des conditions météorologiques qui pourraient compliquer la progression des participants, puisque de la pluie est prévue pour dimanche. « Chaque édition est mémorable et celle-ci ne fera pas exception », a conclu l’organisateur. 

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