Plaidoyer pour que les traileurs soient formés aux premiers secours sur les sentiers

marathon du mont blanc
Sur le parcours du Marathon du Mont-Blanc - Photo : Cyrille Quintard

Nous avons intégré les gestes barrières dans nos vies en raison de la crise sanitaire. Et si on faisait pareil avec les gestes qui sauvent? Sur une course de trail, si un coureur est victime d’un accident ou s’il a un problème de santé grave, les premières personnes susceptibles de lui porter assistance sont les autres concurrents. Mais que faire exactement? Sommes-nous prêts à assurer les premiers secours, à dispenser les premiers soins?


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Partir randonner ou courir en montagne, lors d’un entraînement ou d’une compétition, n’est jamais anodin. Lors de l’Ultra Tour du Beaufortain, dans les Alpes, l’été dernier, un coureur a lourdement chuté dans les éboulis après le col à Tutu. Il s’est retrouvé 25 mètres plus bas, en mauvaise posture. Deux jeunes femmes qui partaient faire de l’escalade sur la Pierra Menta ont assisté à la scène et lui ont apporté les premiers soins, aidées par des bénévoles du point de contrôle du col. Je suis arrivé, comme simple coureur, un peu plus tard. Je me suis joint à eux, mais tout avait déjà été parfaitement géré. Je suis resté aux côtés de cette fine équipe de secouristes amateurs en attendant l’hélicoptère du Peleton de gendarmerie de haute-montagne (PGHM), spécialisé dans les secours en montagne dans des conditions parfois extrêmes.

Après la course, j’ai pris des nouvelles du coureur blessé. Il souffrait d’une fracture du rachis cervical, l’ensemble de vertèbres situées entre le crâne et le dos. J’en ai des sueurs froides a posteriori parce que c’est le genre de fracture qui peut conduire au pire en cas de gestes inappropriés lors des manipulations du blessé. Autrement dit, il aurait pu mourir sur le coup. Son sac à dos s’était recroquevillé sur son cou et l’a probablement sauvé. Sa peau était coupée de partout et une rotule était également fracturée.


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Les deux pratiquantes d’escalade n’étaient pas formées aux premiers secours, mais elles ont été parfaites dans leur intervention. En revanche, beaucoup de traileurs sont passés à côté de l’accident, en regardant leurs chaussures. On évoque souvent « l’esprit trail », mais dans cet exemple l’esprit montagnard l’a surclassé largement!

Lorsque j’ai repris la course, il me restait une soixantaine de kilomètres pour gamberger sur cette histoire et me dire que je devais, comme médecin et promoteur de la course en sentier et des saines habitudes de vie, encourager au maximum mes amis traileurs à se former aux premiers secours. Si ce n’est pas obligatoire aujourd’hui, il est vivement conseillé à chacun de savoir comment réagir si nous sommes confronté à une situation d’urgence. Ce sera peut-être l’occasion de sauver une vie.

Que faire en cas d’arrêt cardiaque?

Les images d’un joueur de football (soccer) danois qui s’écroule sur le terrain durant l’Euro l’été dernier ont fait le tour du monde. Cet athlète de haut niveau a fait une « mort subite ». La réaction immédiate des secouristes du stade lui a sauvé la vie.

70 % des arrêts cardiaques surviennent devant des témoins. Le taux de survie à un arrêt cardiaque est environ cinq fois supérieur dans les lieux dotés de défibrillateurs, avec une population bien formée. Lorsque la victime est sauvée, quatre fois sur cinq, c’est grâce au premier témoin! Le rôle du premier témoin est donc primordial, car les premières minutes sont déterminantes. Il ne faut pas attendre un éventuel secours venant de l’extérieur. Autrement dit, si je suis le premier témoin, c’est à moi de pratiquer le massage cardiaque.

Malheureusement, la France, où je pratique comme médecin, reste à la traîne en termes de formation. On dépasse à peine les 50 % d’adultes formés, alors que les pays voisins dépassent les 90 %. La formation augmente chez les plus jeunes, tant mieux, mais il reste trop de monde non formé, qui n’a donc pas les connaissances et les compétences de base en premiers secours.

Le matériel obligatoire peut être vital

S’il survient parfois sur les sentiers, l’arrêt cardiaque n’est pas spécifique au trail running. Par contre, en montagne, en forêt et d’une manière générale en nature, on peut facilement glisser, chuter et se blesser. Et, là encore, il est bon d’avoir quelques notions pour savoir comment réagir si on tombe ou si l’on est témoin d’une chute, car les parcours sillonnent souvent des sentiers techniques, isolés, et parfois même hors sentier. Dans ces secteurs, le travail des secouristes est périlleux et les délais d’intervention sont souvent longs, rendant une nouvelle fois primordial le rôle du premier témoin.

Dans ces circonstances, le matériel obligatoire, que certains aiment critiquer, mais que les organisateurs peuvent justifier sans peine, peut s’avérer vital.


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Quelques pistes pour améliorer la sécurité en trail

En complément d’une formation en premier secours, indispensable, voici quelques pistes pour améliorer la culture sécurité en trail :

  • La prévention

Il faut être vigilant à quatre symptômes durant un effort ou juste après l’effort : les douleurs thoraciques, un essoufflement anormal, des palpitations ou faire un malaise.

Si vous ressentez ces signes ou si votre partenaire d’entraînement ressent cela, une consultation médicale s’impose sans attendre.

  • Sortir avec un équipement adéquat

On part courir avec un sac équipé du matériel obligatoire et parfois un peu plus selon les circonstances, les prévisions météo, etc. Oui, c’est parfois un peu gênant, mais pensez-y, en imaginant le pire, que représentent ces quelques grammes?

  • S’informer sur les risques du parcours

Ça peut paraître évident, mais prenez connaissance du parcours, de ces particularités, des lieux-dits, du nom des cols. S’il faut donner l’alerte pour quelque raison que ce soit, il sera utile d’avoir des points de repère. « Entre deux sapins », ça n’aide pas beaucoup les secours. Et pendant la course, on essaie de se mémoriser quelques points de passage pour faciliter la localisation.

Si vous êtes témoin d’un incident…

Même s’il vous semble que d’autres coureurs sont affairés autour de la victime, proposez votre aide! C’est la moindre des choses.

Si vous êtes le premier témoin, prenez connaissance de la situation, essayez de comprendre ce qu’il s’est passé (malaise ou accident?), échangez si possible avec la victime pour vous faire une idée de la situation.

En cas d’arrêt cardiaque, on débute le massage sans attendre, et on hurle, on siffle (avec le fameux sifflet obligatoire généralement accroché à votre sac). Bref, on recrute des camarades traileurs. On est mieux à deux ou trois. On essaie de ne pas interrompre le massage pour appeler au secours.


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Dans tous les cas, on couvre la victime, on l’emmitoufle le plus possible, car le froid prend vite. La nuit, la météo aggrave cela.

On donne l’alerte, voilà pourquoi les organisateurs nous demandent de garder en mémoire le numéro d’urgence dans notre téléphone portable (on garde de la batterie). On donne au PC course (ou au 112, au 18, au 15 ou encore au 911 au Canada et aux États-Unis) les détails : lieux le plus précisément possible (apprenez à obtenir les coordonnées GPS sur une montre ou un portable), l’identité de la victime (ou son numéro de dossard), la situation le plus précisément possible et une description de l’état de la victime. En général, la personne au bout du fil va vous donner des conseils et vous soutenir en attendant les secours.

Sauf situation particulière, ne déplacez pas la victime. Ne lui donner ni à boire ni à manger. Humidifier ses lèvres si elle a soif, rien de plus!

Se former aux premiers secours

Je termine par un conseil : formez-vous si vous ne l’êtes pas!

Et reformez-vous si votre dernière formation date un peu. Idéalement, nous devrions nous rafraîchir la mémoire ou nous perfectionner tous les deux ans.

Des formations sont proposées dans le cadre du travail, par les pompiers, par la croix rouge, par la protection civile, par des organismes de formations privés. Il y a assurément une formation près de chez vous.

Dans mes rêves les plus fous, les événements de trail formeraient les traileurs. 


Jean-Charles Vauthier est médecin généraliste et médecin du sport. Ultra-traileur, il s’est intéressé à la médecine du trail en tant que responsable médical de l’Infernal Trail des Vosges ou du Trail de la Vallée des lacs. Il dirige également des recherches sur la physiologie de l’ultra endurance en lien avec la Faculté de médecine de Nancy.

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