Jamais trop tard pour en perdre… et gagner!

jacques en foret
Photo : Ultimate XC
La course à pied d’endurance est un sport de maturité, mais en vieillissant, notre corps perd petit à petit de sa souplesse, de son agilité et de sa force. Comment accepte-t-on, nous, les coureurs, ces changements que nous impose la vie? C’est à cette question que Distances+ tentera entre autres de répondre dans le cadre du dossier spécial Vieillir et courir. Car, non, ce n’est pas incompatible, et il n’y a pas d’âge pour s’épanouir dans l’action.
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Grâce à l’aide d’une nutritionniste, d’un entraîneur et de beaucoup de volonté, Jacques Aubin a changé sa vie à l’approche de la cinquantaine, en 2009. Il est passé de 415 lb à 194 lb en deux ans, pour devenir un athlète capable de relever le défi du demi-Ironman en 2012, à l’âge de 49 ans. Maintenir un poids santé demeure cependant un défi et une motivation de tous les jours pour cet ancien obèse devenu un fervent adepte de course en sentier.

Jacques Aubin est aujourd’hui conférencier, auteur, entraîneur certifié en course à pied, ambassadeur de différents événements et… étudiant en nutrition à l’université. Tous ses choix sont maintenant tournés vers le souhait de montrer qu’il est possible de changer sa vie, même à plus de cinquante ans.

Maigrir en s’actualisant comme individu

« Nous avons en nous la motivation de changer notre alimentation pour atteindre notre poids santé ou le maintenir », explique l’ambassadeur honorifique du Tor des Géants, une compétition européenne d’ultratrail de 330 km et de 24 000 m de D+, qu’il espère bien réussir en 2018.

« Écouter son cœur » est la condition gagnante qui lui a permis d’amorcer ce virage, avec l’aide d’un apport alimentaire équilibré et adapté à ses activités. Maigrir à l’aide d’un régime est une chose, maigrir parce qu’on s’actualise comme individu en est une autre, selon Jacques Aubin. « C’est la somme des deux qu’il faut viser si l’on veut un changement durable », fait-il remarquer.

Le défi est d’autant plus grand plus on avance en âge, puisque le gain de poids s’accentue avec la cinquantaine et devient de plus en plus difficile à perdre par la suite, selon la revue de littérature de Kino-Québec.

Son expérience lui a fait prendre conscience que la vie passe si vite qu’on en oublie ses repères et ses valeurs profondes. « Dans la peur de ne pas arriver à tout payer et à tout avoir, on s’oublie et s’échappe parfois dans des exutoires néfastes comme l’alcool et la malbouffe », observe celui qui a réussi à se sortir de ce cercle malsain.

« Même au début de ma remise en forme, je continuais à vivre dans la fuite de ma réalité », admet-il. « J’ai complété 48 courses en une année, dans les meilleurs temps possible. Un autre excès! Il a fallu que je découvre ce que je fuyais pour ensuite soigner ces aspects de ma vie. »

Photo: Jacques Aubin avant sa reprise en main / Courtoisie
Photo : Jacques Aubin avant sa prise en main (courtoisie)

La course en forêt pour lâcher prise

Grâce à sa fille, il a troqué ses mauvaises habitudes pour la course en sentier il y a quatre ans. Courir en forêt lui a rappelé ce qu’il aimait profondément depuis son enfance, sur des terrains de jeu comme le parc des Falaises. Pour lui, ce type de course est une machine à remonter le temps, en plus d’être une expérience multisensorielle qui l’aide à maintenir de saines habitudes de vie.

« La course en sentier m’aide à ouvrir ma “nothing box”. Tu sais, la petite boite, celle qui n’a rien dedans. Je fais juste courir. Je ne fais qu’écouter ma respiration et je ne pense à rien. » En plus de faire de bons choix alimentaires, il est important de laisser ses préoccupations à la maison de temps en temps, selon lui. « Lorsqu’on apprend qu’on doit lâcher prise, on commence à gagner. Il y a aussi un peu de cela, dans un changement lié à l’alimentation », poursuit-il.

Communiquer dans l’action

Son expérience de vie lui a appris que de nombreuses personnes n’aiment pas partager ce qui leur a permis de se prendre en main. « On dirait que les gens, quinquagénaires ou non, ont une gêne à parler de ça. Même si tu as perdu du poids, l’estime de soi ne revient pas nécessairement facilement. C’est quelque chose qu’il faut travailler, car on n’a plus d’estime de soi quand on est obèse », explique-t-il, en connaissance de cause.

Pourtant, il faut se donner la mission de partager l’importance de ce qu’on a vécu.
« On va changer la face du Québec grâce aux saines habitudes de vie, en faisant bouger les gens et avec des choix alimentaires intelligents! » croit-il. Et, pour lui, c’est dans l’action et l’exemple que la vraie communication se situe.

Voilà quatre ans, Jacques a appris qu’il était atteint d’une maladie dégénérative auto-immune, semblable à la sclérose en plaques. « Normalement, je ne devrais pas être debout et, pourtant, je cours. Au lieu de m’occuper du 10 % qui ne va pas bien, je m’occupe du 90 % qui va bien. »

Pour y arriver, il améliore encore davantage son alimentation. « J’ai enlevé la caféine dans ma vie et d’autres aliments qui intoxiquent selon moi mon corps. J’essaie de nouveaux mets, je lis, je fais des découvertes, je cultive la résilience. J’ai accepté que cette maladie soit là, mais je ne lui laisse pas un pouce de plus », affirme-t-il.

Une saine alimentation est essentielle, et pas juste à cinquante ans, selon lui. Il faut s’assurer qu’elle soit adaptée aux particularités qui varient avec le temps, aux particularités physiologiques et au niveau d’activité. « Les nutritionnistes sont des ressources professionnelles essentielles que le coureur de plus de 50 ans a tout avantage à consulter, si cela n’est pas déjà fait », conclut-il en guise de recommandation.