Les ultra-trails d’Andorre disparaissent dans la discorde

Andorra ultra-trail
Le départ est un moment de fête pour le petit village d'Ordino - Photo : AUTV

Ce sont une « campagne de calomnies » et des « menaces personnelles », en plus de graves difficultés financières, qui ont mené les organisateurs de l’Andorra Ultra Trail (Eufòria, Ronda dels Cims, Celestrail, Mític…) à mettre la clé sous la porte de leur événement il y a quelques semaines. « Le nom de l’évènement et de notre famille ont été traînés dans la boue », déplorent les responsables, découragés, malgré un bel élan de solidarité de la part d’anciens participants. Distances+ décrypte ce qui s’est passé.

La 12e édition de cette compétition disputée dans le tout petit État de la principauté d’Andorre, dans les Pyrénées entre la France et l’Espagne, et qui devait se tenir du 7 au 12 juillet, avait tout d’abord été annulée en raison de la pandémie de COVID-19, comme l’ensemble des événements sportifs à travers le monde.

Cette annulation posait déjà un lourd fardeau financier sur les épaules de « Cims Màgics », l’entreprise derrière l’événement. « On a une structure professionnelle avec des salariés toute l’année, explique Lídia Martínez Lafleur, directrice de l’Andorra Ultra Trail. Nous avions beaucoup de dépenses déjà engagées. »

C’est pourquoi les organisateurs ont proposé de rembourser partiellement leurs participants, à hauteur de 70 % des frais d’inscription.

En vérité, « on n’aurait pu rembourser que 25 % du prix du dossard avec ce qu’il nous restait », explique Mme Martínez Lafleur. 

Car une autre tuile s’est abattue sur l’organisation : l’office de tourisme d’Andorre, le principal commanditaire de l’événement, « nous a rapidement informé qu’il ne paierait pas ce qui était prévu par le contrat », raconte-t-elle.

« On était prêts à s’endetter pour pouvoir rembourser ces 70 % aux coureurs et s’assurer qu’il y ait d’autres éditions », affirme la directrice.

L’entreprise réfléchit aujourd’hui à ses recours contre l’office de tourisme d’Andorre.

La presse andorrane relaye de son côté que la discorde a débuté lorsque l’organisation a décidé de rembourser seulement 70 % de l’inscription. Cette décision « a déclenché une série de réactions indésirables de la part des déclarants et également de l’opinion publique (…). Il a été considéré que cela pourrait endommager l’image et le nom d’Andorre », rapporte le journal Diari d’Andorra.

Distances+ a sollicité l’office de tourisme qui n’a souhaité faire aucun commentaire. « Nous refusons de parler sur le sujet de l’Andorra Ultra Trail », a-t-il répondu par courriel après plusieurs relances.

« Tornade » de commentaires désagréables

Les montagnes des Pyrénées
Les coureurs passent par des paysages à couper le souffle à travers
les Pyrénées – Photo : Stéphane Salerno

Conscients de créer de la déception, l’organisatrice ne s’attendait toutefois pas à ce qui allait arriver.

À l’annonce du remboursement partiel, « il y a eu une tornade de commentaires négatifs, s’attriste encore Mme Martínez Lafleur. Ce n’étaient pas du tout la majorité, mais ils ont crié très fort, surtout localement, avec une grosse campagne de calomnies, d’insultes et de menaces », dit-elle.

Ces commentaires négatifs ont eu pour effet de saper le moral des organisateurs. « Le problème économique est passé au dernier plan, explique la directrice. Ce n’était pas qu’on n’avait plus les fonds pour continuer, c’était vraiment qu’on n’avait plus envie de continuer. »

« On ne faisait pas ça pour gagner notre vie, c’était avant tout pour le pays, avec amour. Quand il n’y a plus cette envie, c’est compliqué », assure Lídia Martínez Lafleur.

Le 15 mai, l’organisation a annoncé publiquement la fin de l’Andorra Ultra Trail en ne masquant pas les véritables raisons de cette mise à mort de leur événement.

« C’est donc le manque de soutien moral qui nous a finalement fait prendre la décision de ne plus continuer, ont-ils conclu. Nous n’avons plus envie de lutter seuls. On nous a coupé les ailes. »

« Il y en a, pour quelques euros ou quelques dollars, ils vont te foutre la merde parce qu’ils sont derrière un écran, ils ne sont pas devant toi, s’indigne le coureur québécois Yvan L’Heureux, qui a participé à l’Adorra Ultra Trail l’an dernier. Ils ne comprennent pas les réalités d’un organisateur. »

« Le fait qu’ils voulaient rembourser 70 %, c’est déjà beaucoup », estime celui qui est aussi organisateur du Défi Everest dans différentes régions du Québec.

Élan de solidarité

Aussi indignés que M. L’Heureux, beaucoup de coureurs ayant participé à l’Andorra Ultra Trail par le passé ont proposé leur aide en mettant en place des pétitions ou des levées de fonds. 

L’organisation, bien que touchée par le geste, a refusé. Elle a défendu que ce n’était pas aux coureurs d’aider à combler la dette.

Pourtant, c’est bien cet élan de solidarité que retiendra l’organisatrice. « Même si on ne doutait pas que toutes ces personnes nous soutenaient, ça fait vraiment plaisir. On est envahis de mails qui nous font pleurer tellement ils sont beaux. »

Lídia Martínez Lafleur préfère se concentrer désormais sur les moments de partage et de solidarité avec « des coureurs qui terminaient la Ronda et qui, le lendemain, aidaient à porter des personnes handicapées sur la randonnée de 10 km. »

Il faut dire que l’avenir n’est pas encore défini pour l’organisatrice et ses accolytes, mais elle affirme avoir déjà « plein d’idées ».

« Ça sera sûrement très différent, mais on souhaite rester dans le milieu. Pour nous, ce sont plus des amis que des coureurs. On est comme une grande famille et on ne veut pas l’abandonner. On veut continuer de vivre des choses avec elle », dit-elle.

Des courses à part

Montagne des Pyrénées
Mític – Photo : Guillem Casanova

Les courses proposées faisaient parties des plus difficiles à terminer. Parmi celles-ci, on comptait l’Eufòria (233 km, 20 000 m D+) ou encore la Ronda dels Cims (170 km, 13 500 m D+), mais aussi la Mític (112 km, 9700 m D+), le Celestrail (83 km, 5000 m D+) ou encore le Marató dels Cims (42,5 km, 3400 m D+).

En plus de la distance et du dénivelé, certaines courses étaient rendues plus difficiles par des barrières horaires serrées ou, dans le cas de l’Eufòria, par l’obligation d’avancer en binôme et par l’absence de balisage. Les coureurs devaient être équipés d’un GPS qui leur indiquait la trace.

Il s’agissait de courses où « on marche plus que l’on court », comme le montrait le journaliste Denis Clerc, le célèbre Zinzin Reporter, dans sa vidéo de plus de deux heures retraçant l’aventure qu’il a vécu avec trois de ses amis. 

Yvan L’Heureux, qui a participé à des ultras réputés très difficiles à terminer, comme le Tor des géants, considère que « sur quatre jours, c’est vraiment l’épreuve la plus dure que j’ai faite, à l’exception de la Transpyrénéa en 2016. »

L’ultra-traileur parisien Apostolos Teknetzis était pour sa part un grand fan. Il avait participé aux six dernières éditions, mais n’en a terminé qu’une seule, la Ronda dels Cims, en 2016. « Je n’avais jamais vu des pentes aussi raides de ma vie, décrit-il. C’est la seule course que je déteste quand je suis dedans, mais que j’attends avec impatience pendant douze mois. »

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