Dans les coulisses du « Team Matryx », l’incubateur de champions de trail

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Team Matryx - Photo : Arnaud Lesueur

Avec 23 ans d’âge et 856 de côte ITRA en moyenne, le « Team Matryx » vise la performance et se démarque dans le monde du trail « professionnel » depuis son lancement en 2018. Les fondateurs de cet incubateur de champions, Thomas Janichon et Simon Gosselin, 26 ans tous les deux, ont de grands objectifs, mais ils veulent avant tout aider leurs athlètes à s’épanouir en gérant totalement leur carrière sportive. Distances+ dresse le portrait de cette « bande de potes » venue bousculer les classements et apporter un vent de fraîcheur dans le trail running européen.

La jeune équipe Matryx fait régulièrement l’actualité, même si les événements se font rares depuis début 2020.

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Fin mars, Anthony Felber a décroché une belle seconde place derrière le cador de l’équipe Salomon Thibaut Baronian sur le Trail de la Cité de Pierres en Aveyron.

Début avril, Baptiste Chassagne est monté sur son premier podium de 2021 sur le 40 km de l’Ultra Sierra Nevada en Espagne.

Et cerise sur le gâteau, le Team Matryx a officialisé l’arrivée dans ses rangs d’Élise Poncet, la vice-championne du monde de course en montagne 2019 et membre de l’équipe de France de ski alpinisme.

Élise intègre une équipe dense et très jeune de 10 athlètes au niveau très prometteur qu’il faudra s’habituer à voir aux avant-postes des grandes courses françaises et internationales.

Une structure indépendante pensée pour le haut niveau

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Team Matryx – Photo : Arnaud Lesueur

Contrairement à la plupart des équipes de trail, le Team Matryx n’est pas né chez un équipementier. Il est le fruit d’une rencontre entre deux passionnés de montagne et de sport de haut niveau. D’un côté Thomas Janichon, le directeur de l’équipe, qui est moniteur de ski à la station de Courchevel, et de l’autre Simon Gosselin, responsable de la performance sportive, qui est également entraîneur du Bourg Ain Cyclisme 01, une équipe cycliste de première division nationale (N1).

Le Team Matryx porte le nom de son partenaire principal, le tissu technique Matryx que l’on trouve sur plusieurs modèles de chaussures Salomon, Hoka, Millet, The North Face et EVADICT. Mais derrière cette appellation se cache en réalité une structure indépendante, dirigée par Thomas et Simon. 

L’objectif des deux garçons a toujours été clair : « faire du très haut niveau » en recrutant et en accompagnant de futurs champions du trail running. « Le but du jeu était de recruter des athlètes avec un projet qui n’était pas encore monté », raconte Thomas Janichon. Une quête « difficile » parce que, souligne-t-il, les principaux équipementiers quadrillent le marché et recrutent de plus en plus tôt les espoirs de la discipline pour compléter les rangs de leurs équipes d’élites.

Dès le début, Thomas et Simon ont souhaité proposer un accompagnement poussé à leurs recrues afin d’être différenciants et compétitifs. « Avoir un athlète, lui fournir du matériel, lui donner un chèque et le voir trois fois dans l’année, ça ne nous intéressait pas », commente Thomas Janichon.

Les talents du Team Matryx

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Team Matryx – Photo : Arnaud Lesueur

En 2019, en mobilisant leur réseau et en épluchant les côtes ITRA et les résultats de courses, Simon et Thomas ont recruté une première vague de neuf athlètes pour composer deux pôles, élites et espoirs (par ordre alphabétique) : 

  • Baptiste Chassagne (Élite) 3e du championnat de France trail 2019, 4e de la Saintélyon 2019, 6e de l’OCC 2019, vainqueur du X-Trail Courchevel 2020 – 50 km ;
  • Anthony Felber (Élite) : vainqueur du Serre Che Trail 2020, 3e de la Skyrace des Matheysins 2020, 2e du Sanremo Trail 2021 ;
  • Lucille Germain (Élite) : championne de France espoir de course en montagne et de trail 2019, vainqueure du 23 km du Marathon du Mont-Blanc 2019, vainqueure du Serre Che Trail 2020 ;
  • Anaïs Sabrié (Élite) : championne de France de trail en 2017, vice-championne d’Europe et championne de France de course en montagne respectivement en 2018 et 2019. Elle détient la meilleure performance féminine française de la mythique Sierre-Zinal (31 km, 2200 m D+) en 3 h 01 min 59 s ;

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  • Baptiste Ellmenreich (Espoir) 2e du Trail du Tour des Fiz 2018, 2e du 15 km du Trail des Aiguilles Rouges 2019, vainqueur du Trail des Hauts-Forts 2020 ;
  • Simon Paccard (Espoir) 5e de la YCC à l’Ultra-Trail du Mont-Blanc 2019, 2e de La Massingienne 2020, 3e du 25 km du Trail de Méribel 2020
  • Louis Parent (Espoir) : vainqueur du 8 km du championnat de France de course en montagne 2020
  • Noé Rogier (Espoir) : vainqueur du Trail La Rosiere 2019, champion du monde U20 de sprint en Ski Alpinisme en 2020

L’effectif a été renforcé avec deux athlètes de haut niveau en 2020 et 2021 avec :

  • Johann Baujard (Élite) : champion de France junior du kilomètre vertical (KV) 2018, 4e du championnat de France de course montagne 2020, 11e des Golden Trail World Championship 2020 ;
  • Élise Poncet (Élite) : vice-championne du monde de course en montagne 2019 et championne du monde par équipe la même année.

Le Team Matryx vise la performance, « mais pas à tout prix », assure Thomas Janichon et Simon Gosselin, dont l’objectif est de guider chaque membre de l’effectif au plus haut niveau en tenant compte de tous les facteurs externes à l’entraînement en course à pied : la nutrition, la récupération, le renforcement, mais aussi le projet professionnel de chacun, « indispensable » selon eux lors du recrutement afin de préserver l’équilibre chez leurs athlètes tout au long du projet.

Thomas et Simon « savent qu’on a nos études à côté et c’est important d’assurer nos arrières dans le sport de haut niveau. Ils sont là pour nous donner toutes les clés pour réussir et c’est vraiment bien », a confié Lucille Germain, 22 ans, à Distances+.

La jeunesse comme dénominateur commun, mais pas seulement

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Anaïs Sabrié, Élise Poncet et Lucille Germain, le trio féminin de choc de l’équipe Matryx – Photo : Team Matryx

Cela saute aux yeux, l’équipe Matryx est jeune. Une étiquette assumée par ses membres qui ne souhaitent pourtant pas qu’on s’y attarde. « Jeune, c’est bien, mais ça ne veut rien dire. C’est un constat, ce n’est ni une qualité ni un défaut », dit Thomas Janichon.

Pour Baptiste Chassagne, le plus âgé de la bande du haut de ses 27 ans, la jeunesse est un atout dans le fonctionnement de l’équipe. « Le fait que Thomas et Simon aient notre âge ou presque cela facilite les échanges. On a les mêmes codes, explique-t-il, cet aspect générationnel nous rassemble et fait qu’on est connectés au quotidien sans même s’en rendre compte ». Le coureur lyonnais a confié également que les athlètes se côtoient très régulièrement en dehors des stages et des compétitions, ce qui ne fait que renforcer les liens du groupe. 

L’ultime point fédérateur serait surtout l’état d’esprit qui règne au sein de l’équipe. « Famille » et « bande de potes » sont des qualificatifs qui reviennent souvent dans la bouche des uns et des autres pour décrire l’alchimie qui les réunit. « Ce sont des amis, des frères d’armes, des personnes en qui tu as confiance, avec qui tu es complice, et que tu n’as pas envie de décevoir », ajoute Baptiste Chassagne. 

Les membres de l’équipe Matryx semblent tous se tirer vers le haut au quotidien. Lucille Germain estime par exemple qu’elle a obtenu son ticket pour la première édition du Golden Trail World Championship 2020 aux Açores (où elle a décroché la 16e place) grâce au soutien de son équipe sur le segment qualificatif de Chamonix, qu’elle a remporté. « Je m’en souviendrai toujours, s’enthousiasme-t-elle. Ce n’était pas une performance individuelle, mais collective. Nous avions reconnu le parcours, les athlètes qui ne couraient pas nous ravitaillaient et nous encourageaient. Tout avait été mis en place. C’est grâce à eux que j’ai eu ma qualification! »


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Un suivi des athlètes repensé et « responsable »

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Johann Baujard, Louis Parent et Anthony Felber du Team Matryx – Photo : Arnaud Lesueur

Dans la communication de l’équipe, un élément de langage revient régulièrement pour décrire leur philosophie, c’est la « performance responsable », qui se traduit par la mise en place d’un écosystème propice à la performance, avec la volonté de mener l’athlète au plus haut niveau tout en respectant ses contraintes et envies. 

Concrètement, les athlètes du Team Matryx ne signent aucun contrat avec une marque, ils ont un entraîneur commun à tous, à savoir Simon Gosselin (qui est lui-même un athlète élite, avec une cote ITRA de 857, il a d’ailleurs remporté le 25 km de l’Ultra Sierra Nevada 2021), et ils bénéficient d’un suivi quotidien sur la totalité de la saison, en étant épargnés des relations directes avec les partenaires de l’équipe. « Les comptes à rendre sont de mon côté, souligne Thomas Janichon. Pour nous, l’athlète a juste une chose à gérer : mettre son dossard sur son tee-shirt avec quatre épingles, sans se blesser. Tout le reste est pris en charge, c’est ce qui fait notre différence, et une de nos forces. »

Le duo de co-fondateurs joue de sa complémentarité jusque dans les moindres détails de la gestion des athlètes, tantôt « main de fer », tantôt « gant de velours » et réciproquement, illustre Baptiste Chassagne.

Ce modèle rappelle un peu celui des équipes cyclistes et autres centres de formation en sports collectifs. Si cette approche est quelque peu inédite dans le trail, elle gagnerait à se développer, selon Baptiste, convaincu des apports d’un tel encadrement. « J’ai joué au football pendant 15 ans, et je retrouve la dimension d’équipe et de famille. Peut-être qu’un athlète beaucoup plus mature dirait que c’est intrusif et qu’il souhaiterait garder son mode de fonctionnement, mais je trouve que pour des jeunes qui se construisent, c’est parfait! »

Pour le coureur lyonnais, la force collective dans un sport individuel peut catalyser, mais aussi devenir une béquille. « J’ai développé une forme de dépendance. Si demain on me dit que ça s’arrête, je vais avoir une période difficile je pense. »

Dans la cour des grands 

Anaïs Sabrié a remporté le titre lors du championnat du monde de course en montagne en 2019 avec Elise Poncet et Christel Dewalle.
Anaïs Sabrié (à droite) a remporté le titre lors du championnat du monde de course en montagne en 2019 avec Elise Poncet et Christel Dewalle – Photo : Association mondiale de course de montagne

En deux ans, le Team Matryx s’est forgé une réputation de révélateur de talents et futurs champions du trail running et de la course en montagne. Certains athlètes performent aussi sur les skis l’hiver à l’image de Noé Rogier, 18 ans, champion du monde de sprint U20 en ski alpinisme et de Baptiste Ellmenreich, 22 ans, qui a terminé 10e de la Pierra Menta 2021 (exceptionnellement organisée sur une journée au lieu de quatre habituellement) en équipe avec un partenaire de choix qui n’était autre que François D’Haene. 

Au fil des saisons, les athlètes de l’équipe Matryx changent de statut, passant de révélation à champion confirmé, même si « la marge de progression est encore grande », selon Thomas Janichon. Cela génère évidemment une pression que les uns et les autres gèrent différemment en fonction de leur personnalité. « J’ai un peu du mal, reconnaît par exemple Lucille Germain. J’aimais bien que personne ne me connaisse. » « Le fait qu’on soit en général beaucoup sur les événements dilue la pression », relativise toutefois Baptiste Chassagne.


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2021 signe la fin d’un cycle, avec de nombreux rendez-vous dans le viseur

Le Team Matryx devait se déplacer en nombre sur les championnats de France de trail 2021, mais ils ont été reportés de fin mai à une date encore inconnue. Les prochains grands rendez-vous devraient donc être la Maxi-Race d’Annecy, maintenu au moment d’écrire ses lignes fin mai, le championnat de France de course en montagne, prévu le 6 juin à Gap, et le Trail du Ventoux, reporté plus tôt cette année, le 6 juin également.

D’autres tenteront également leur chance en individuel sur les courses de trail les plus relevées en Europe, à l’image de Lucille Germain, attendue à Sierre-Zinal et à la Ring of Steall en Écosse, deux courses du circuit Golden Trail World Séries.

Le « doyen » de l’équipe, Baptiste Chassagne, est le seul à allonger les distances pour le moment. Il espère briller sur la CCC, avant une probable tentative sur l’UTMB en 2022, sans oublier la SaintéLyon, sa course de cœur qu’il rêve de remporter. « Il n’y a pas un entraînement qui passe sans que je pense à cette course », dit-il.

Nul doute que cette équipe de jeunes loups laissera des traces les années à venir. Anaïs Sabrié, 26 ans, l’a déjà prouvé en passant la ligne d’arrivée de la reine des courses en montagne, Sierre-Zinal, en 3 h 02 en 2019, signant la meilleure performance française féminine de l’histoire de la course. Ses coéquipiers lui emboîtent depuis le pas avec l’envie de « titiller » les plus grands. Si, pour le moment, Thomas Janichon déplore ne pas en avoir encore la puissance financière, il a tenu à insister sur ce « pour le moment ».

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