Le Breton Jérémy Desdouets va tenter d’établir le premier FKT sur les 2000 km du GR34

Jérémy Desdouets
Jérémy Desdouets a déjà parcouru un quart des sentiers du GR 34 - Photo : courtoisie

Jérémy Desdouets va tenter de parcourir en moins de 30 jours les plus de 2000 km du célèbre GR 34, aussi appelé « sentier des douaniers », qui longe l’intégralité des côtes de la Bretagne. L’athlète, bien connu en terre bretonne, a pour objectif de devenir le premier coureur à établir un Fastest Known Time (FKT) sur le plus long GR de France.

Le Morbihannais de 31 ans, licencié au CIMA Pays d’Auray, s’est déjà illustré à plusieurs reprises sur des courses locales. Il a notamment terminé 2e du Raide Golfe du Morbihan en 2019 (90 km, 380 m D+), 3e du Trail Glazig en 2018 (54 km, 1700 m D+), 3e du Grand Menestrail de Moncontour (54 km, 2000 m D+) ou encore 4e du trail de l’Aber Wrac’h en 2018. Cette même année, il avait fini au pied du podium du circuit Ouest Trail Tour (qui établit un classement sur sept courses bretonnes).

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Jérémy Desdouets a aussi participé à quelques épreuves emblématiques en dehors de sa région. Il a notamment signé une 31e place sur la TDS en 2014 (120 km, 7338 m D+). Il s’était rendu à La Réunion en 2019 pour affronter la Diagonale des Fous (168 km, 9610 m D+), mais il avait été contraint d’abandonner.

Après ce défi de taille, et sans doute une période de récupération, l’athlète, qui est un professionnel de la finance dans la vie de tous les jours, compte se présenter au départ de l’OCC en août prochain si la course a lieu.

Si les mesures sanitaires le permettent, Jérémy s’élancera le 15 mai prochain du Mont-Saint-Michel (en Normandie), point de départ du GR34, pour un périple à flanc de falaise qui l’amènera de l’autre côté du territoire breton, à Saint-Nazaire, si tout va bien.

Avant son départ, le traileur qui évolue sur les sentiers depuis 2012 s’est confié à Distances + sur la genèse de son projet, la façon dont il l’imagine et sa préparation.


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Distances+ : Comment t’es venue l’idée de parcourir le GR34 dans son intégralité?

Jérémy Desdouets : Le GR34 a déjà été le théâtre d’exploits remarquables. Cependant, il n’existe pas de record ou Fastest Known Time (FKT) de référence avec un parcours certifié et un temps homologué à l’image du record du GR20 en Corse (183 km) ou l’Appalachian Trail aux Etat-Unis (3520 km).

C’est tout l’objet de ma démarche : être à l’origine d’un record qui pourra être amélioré à l’avenir par qui le veut. Ce sentier mythique et magnifique mérite d’être référencé. La Fédération Française de Randonnée, qui est propriétaire des tracés de chaque GR (chemin de Grande Randonnée) français, se chargera de valider ou non les traces qui remonteront de ma montre et de mon tracker.

François d’Haene avait aussi une idée de projet sur le GR34 en 2020 avant que le second confinement ne l’oblige à annuler. Est-ce quelque chose qui t’a inspiré ou tu avais déjà décidé de réaliser ce beau challenge?

Le projet de François était un peu différent car il consistait à relier le Mont-Saint-Michel à La Pointe du Raz, dans le Finistère (1000 km). C’est vraiment dommage qu’il n’ait pas pu se tenir, car ça aurait été une belle mise en valeur de notre territoire par un énorme champion.

Cependant, non, c’est un projet que j’avais en tête et auquel je réfléchis depuis la fin de l’année 2019.

Jérémy Desdouets
Jérémy Desdouets veut être le premier a établir un temps de référence sur l’intégralité du GR 34 – Photo : courtoisie

Est-ce que la période spéciale que nous vivons, avec une absence de compétitions et une atmosphère un peu morose dans l’univers de la discipline, t’a poussée à matérialiser ce projet dès cette année 2021?

Initialement, je pensais plutôt me lancer dans ce défi en 2022. Mais étant compétiteur, quand j’ai vu la tournure négative des événements concernant les courses, je me suis dit que c’était le moment, oui.

Ce projet m’a permis de me recentrer sur un objectif et une préparation en conséquence. Avec du recul, moi qui suis un éternel optimiste, je me dis que c’est ce qu’il me fallait. Je pense même que ça m’a permis de poursuivre ma progression.


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Jérémy Desdouets
Jérémy Desdouets a pris la 18e place sur la Maxi Race d’Annecy en 2019 (40 km, 32570 m D+) – Photo : David Gonthier

Comment te prépares-tu à vivre un tel périple?

J’ai vraiment hâte de partir! La préparation sportive a été, et est intense. Il n’a pas été simple non plus de boucler tout ce qu’il y a autour, comme la recherche de partenaires, la logistique ou la communication.

Le but sera de trouver rapidement une routine sur 10 ou 12 heures de course quotidiennes (entre 60 et 90 km) pour avoir une progression régulière et espérer arriver à Saint-Nazaire en moins de 30 jours.

Comment s’est passée ta préparation? Est-ce que tu as été perturbé par les mesures restrictives?

Au départ, non, car j’ai adapté ma préparation pour m’entraîner dans le respect des règles sanitaires, mais le troisième confinement m’a fait prendre la décision de décaler mon départ au 15 mai (le président français Emmanuel Macron a fixé cette date du 15 mai comme un objectif du début d’un « retour à la normale », NDLR). Initialement, je voulais me lancer le 1er mai.

Il a donc fallu repenser et réadapter mon plan d’entraînement, ce qui n’est pas simple. Avec un tel objectif, on évolue sans arrêt sur une ligne de crête. Je suis toujours à la limite du surentraînement d’un côté, et d’un repos trop précoce de l’autre, qui ferait arriver le pic de forme trop vite et ne me permettrait pas d’aller chercher le niveau requis. C’est d’autant plus difficile à adapter quand on décale le départ de 15 jours à un mois de l’événement.

Jérémy Desdouets
Jérémy Desdouets – Photo : courtoisie

Comment gères-tu l’incertitude qui pèse autour de la situation et de la possible remise en question de ton défi?

J’essaie de ne pas y penser. Je suis quelqu’un qui ne s’attarde pas sur les éléments sur lesquels je n’ai aucun contrôle. Je préfère me concentrer sur ce que je peux gérer!

Comment vas-tu assurer ta logistique?

Ma compagne Maëla et ma fille Léonie (âgée de 6 mois) m’accompagneront au sein d’un van. J’ai une équipe qui va me suivre pour faire des images, s’occuper des relations avec les médias et les partenaires. Un live GPS sera mis en place pour que mon staff puisse me suivre au plus près et me ravitailler.


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Quels sont les objectifs de cet événement?

L’objectif numéro un est d’établir le FKT du GR34 afin de placer ce sentier au même niveau que le GR20, l’Appalachian trail ou la Trans America (4936 km), car il le mérite. 

Ensuite, je cours au profit de la SNSM (Société nationale de sauvetage en mer). C’est une fierté, mais aussi une pression, car je veux rendre hommage au travail incroyable des 8500 bénévoles qui œuvrent sur les littoraux bretons.

C’est aussi l’occasion de mettre en lumière le travail de la Fédération Française de Randonnée. Sans eux, pas de GR!

La Bretagne est une terre de trail avec une large communauté, mais elle est encore assez méconnue au niveau national par rapport à ce que l’on peut voir en montagne. Est-ce que tu vois ton aventure comme une façon de mettre en avant la pratique du trail dans la région ?

Effectivement, c’est aussi un des objectifs secondaires de ma démarche. Il faut voir ça comme une opportunité. La Bretagne peut faire figure d’Eldorado du trail en France. Le nombre de courses est énorme dans la région, et de grands coureurs bretons comme Christophe Malardé ou David Pasquio ont déjà fait honneur à ce territoire amoureux des sports d’endurance. L’intégration du Trail de Guerlédan (63 km, 2200 m D+) au Golden Trail National Series (l’épreuve a été intégrée cette année dans le circuit France/Belgique, NDLR) montre aussi une évolution.

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