Jean-Adrien Michel court 234 km en 34 h sur le GR 34

Sentier des douaniers, Bretagne

Jean-Adrien Michel à son arrivée à Saint-Quay-Portrieux après 234 km de course
Jean-Adrien Michel à son arrivée à Saint-Quay-Portrieux après 234 km de course - Photo : Team Michel

À la sortie du confinement, l’ultra-trailer breton Jean-Adrien Michel s’est lancé un défi qui lui « traversait l’esprit depuis un moment » : courir le plus grand nombre de kilomètres en 34 heures sur le célèbre GR 34, le sentier de randonnée de son enfance qui suit la côte bretonne avec la mer en vue presque tout le temps. Il est parvenu à atteindre pile 234 km symboliques pour un peu plus de 4434 m de D+ (4439 m D+ selon Strava).

Pourquoi le GR 34, surnommé le « sentier des douaniers »? « Car en tant que breton, je trouve forcément que c’est le plus beau sentier du monde », répond-il, un brin chauvin.

Jean-Adrien a couplé son exploit sportif avec une action solidaire en lançant pour l’occasion une collecte de fonds pour les Restos du Cœur, parce qu’il « trouve ça anormal que des gens ne puissent pas se nourrir en 2020. La pandémie a amplifié le phénomène, alors j’ai voulu apporter ma pierre à l’édifice », a-t-il expliqué.

Départ de la capitale de la dégustation d’huîtres

Sur le sentier des douaniers (GR 34)
Sur le sentier des douaniers (GR 34) – Photo : Marin Reaubourg

L’athlète de 25 ans, qui a réalisé sa plus belle performance en carrière en décembre dernier avec une cinquième place à l’Ultra-Trail Cape Town en Afrique du Sud (derrière le trio de choc français François D’Haene, Nicolas Martin et Ugo Ferrari), a quitté le port de Cancale, célèbre pour son marché aux huîtres, à 10 h tapante, le 20 juin.

Il s’est élancé aux côtés de trois meneurs d’allures (« pacers ») qui ont embarqué dans son projet. Sa famille, présente pour l’encourager, avait été chargée de s’occuper de son assistance tout au long de son périple.

Le petit groupe a avalé les premiers kilomètres et les premiers mètres de dénivelé sous le soleil avec la ville fortifiée de Saint-Malo en point de mire. Sur cette portion, le paysage est magnifique, bordé par « la grande bleue », simple avant-goût de la richesse visuelle à laquelle Jean-Adrien Michel a été exposé tout au long de son aventure. Ce premier tronçon, d’environ 35 km a été couru en 3 h 30.

L’itinéraire a emprunté ensuite les fameux remparts de Saint-Malo avant de traverser la Rance, un petit fleuve côtier, en direction de la charmante station balnéaire de Saint-Briac-sur-mer, toujours dans le département de l’Ile-et-Vilaine.

L’appréhension d’une nuit au bord du littoral

L'athlète breton Jean-Michel Adrien
L’athlète breton Jean-Michel Adrien – Photo : Marin Reaubourg

En fin d’après midi, après avoir parcouru la moitié de la Côte d’Émeraude, le coureur s’est remis en marche peu avant d’affronter la nuit.

« J’appréhende un peu ce moment et notamment la gestion du sommeil, parce que je ne suis pas habitué », s’inquiétait Jean-Adrien durant sa préparation, alors qu’il a choisi de réaliser son défi le jour de le solstice d’été, le plus long de l’année.

Vers 22 h 30, après une partie « cassante » reliant Saint-Jacut-de-la-Mer à Saint-Cast-le-Guildo et le passage du 100e kilomètre, le moment de sortir les frontales est arrivé.

C’est au milieu de la nuit noire que Jean-Adrien Michel a traversé tour à tour Fort La Latte et le superbe cap Fréhel depuis la monotrace sur les falaises de schiste et de grès rose, avant de profiter d’un ravitaillement bien mérité à Erquy vers 5 h du matin.

« Ç’a été un moment bien géré, mais toujours particulier parce qu’il fallait faire attention à chaque racine, a commenté Mathias Thénaisie, qui a notamment accompagné Jean-Adrien durant la nuit. En plus, le froid a fait son apparition à Fréhel à cause du vent s’engouffrant sur la pointe. »

Dernière ligne droite

Après un peu plus de 24 heures de course, le petit groupe rejoint par des amis venus soutenir le champion s’est présenté à Hillion, dans les Côtes-d’Armor. Un point de passage chargé en émotion puisqu’il s’agit du lieu de résidence de Jean-Adrien.

Ce moment lui a permis de recharger les batteries, la fatigue commençant vraiment à se faire sentir, mais aussi d’échanger entre toutes les personnes venues l’encourager dans son aventure.

Après une pause de 30 minutes, Jean-Adrien s’est remis à courir sur le GR 34 pour vivre les 10 dernières heures de son pari.

Il a su gérer son effort et garder l’allure qu’il s’était imposée, autour de 6 min au kilomètre une bonne partie du tracé, un peu en deçà sur la dernière partie. Toujours avec le sourire, malgré quelques cernes, il a parcouru la Baie de Saint-Brieuc à travers Binic et Étables-sur-mer pour se diriger vers Saint-Quay-Portrieux, point d’orgue de cette performance.

Exténué, mais coiffé de son célèbre Gwenn Ha Du, le drapeau breton, il a fait ses dernières foulées après 34 h d’efforts, presque sans arrêt, sous les applaudissements de ses proches et des quelques promeneurs venus assistés à ce moment dont il pense se souvenir longtemps.

234 km avec vue sur la mer

Jean-Adrien Michel a dû géré son effort pour réussir son défi de 34 h
Jean-Adrien Michel a dû géré son effort pour réussir son défi de 34 h – Photo : Marin Reaubourg

« C’était une aventure sportive, mais surtout humaine », s’est félicité Jean-Adrien quelques heures après la fin de son défi. Quand on réunit plusieurs grains de sable, à la fin, ça fait une plage. Et, aujourd’hui, la plage a pour nom 34 heures sur le GR 34. »

Concernant la collecte de fonds, elle avait atteint 2581 euros au moment d’écrire ces lignes. Le jeune athlète a souhaité laisser ouverte la cagnotte afin de permettre aux gens de continuer à faire des dons pour les Restos du Cœur. « J’aimerais qu’elle atteigne 3434 euros, a-t-il précisé avec son sens du marketing. La boucle serait bouclée! »

L’auteur de ce reportage a participé au défi de Jean-Adrien Michel.

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