Casquette Verte : « Je peux faire les courses que je veux et avoir une hygiène de vie déplorable à côté »

Casquette Verte
Casquette Verte a remporté l'Ultra 01 en 2021 - Photo Ultra 01

Casquette Verte, alias Alexandre Boucheix, a fait parler de lui ces dernières années en enchaînant les compétitions d’ultra distance avec réussite malgré une approche singulière : pas de plan d’entraînement et une hygiène de vie assez éloignée des standards des athlètes de haut niveau. Si le coureur parisien est populaire dans le petit monde du trail français, c’est grâce à son emblématique casquette bien sûr, mais peut-être aussi parce que c’est un gars normal, à la fois sympathique et « grande gueule ». Alexandre s’est longuement confié à Distances+ quelques jours avant sa participation comme tête d’affiche au 80 km de l’ÉcoTrail de Paris (ce samedi 19 mars) qui marquera le lancement de son ambitieuse saison 2022. 

Comment Alexandre Boucheix est devenu Casquette verte 

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Alexandre Boucheix et sa casquette verte vissée sur la tête – Photo : Aguillou Photographie

Dans la rue, on lui donnerait 18 ans, mais il en a 30. Bon vivant, fumeur, Alexandre Boucheix s’est pris de passion pour la course à pied en 2015, juste après ses études. Il voulait « se remettre en forme ». « J’ai vécu 23 ans sans savoir que ça existait », s’amuse-t-il. Il n’avait jamais fait d’athlétisme ni de gammes, ni de cross, ni de courtes distances.

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Il a tout de suite porté l’une des casquettes vertes avec lesquelles il était revenu d’un week-end d’intégration étudiant, et il a eu l’idée de photographier cette casquette à chaque fois qu’il partait courir.

Lors de sa première année de pratique, il a couru — tout ça pour la première fois de sa vie — un 10 km, un marathon et le 73 km de la SaintéLyon. Pris d’une passion dévorante pour le trail, il a participé au Festival des Templiers en 2016 et s’est inscrit au Grand Raid de la Réunion 2017 « en rentrant de boîte de nuit ». Deux ans après avoir commencé la course à pied, il a donc traversé l’île de La Réunion et s’est offert une très honorable 82e place au classement général. « Je me suis pris 33 h dans la gueule à passer par tous les états possibles », résume-t-il son expérience à sa façon. C’est cette performance qui l’a révélé au grand jour sur les réseaux sociaux.


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Après quelques années à porter son éternelle casquette verte dans les pelotons de trail, il joue maintenant aux avant-postes des compétitions auxquelles il prend le départ, notamment des 100 miles qu’il affectionne particulièrement. Sa saison 2021 en témoigne d’ailleurs, avec quatre victoires sur l’Ultra 01, la Diagonale des Yvelines, le 78 km de l’Ultra-Trail des Monts du Jura et la LyonSaintéLyon, une 3e place sur l’UT4M, une 18e place à la Diagonale des fous et un respectable top 50 sur l’UTMB. Tout cela entre juin et novembre. Il a parcouru presque 10 000 km pour 177 000 mètres de dénivelé à raison de 863 heures passées à courir l’an dernier.

Cette « démesure » dans sa pratique de la course à pied a contribué à sa réputation, mais a aussi suscité des critiques, qui ne l’atteignent plus parce qu’il est, dit-il, en accord avec lui-même, et qu’il a trouvé son équilibre, notamment entre le travail et sa vie personnelle.

Une vie avant le trail et un travail à plein-temps

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Casquette Verte à l’arrivée de la LyonSaintéLyon 2019 – Photo : SaintéLyon

Dans le monde de la course à pied et du trail, peu d’athlètes vivent de leur sport. Alexandre Boucheix n’échappe pas à la règle. En dépit du temps fou qu’il passe à gambader, il travaille à temps plein pour une grande entreprise de publicité urbaine à Neuilly. Chef de projet le jour, ce n’est qu’à 18 h qu’il chausse ses baskets et met sa casquette verte. Une deuxième journée commence alors avec au programme 20 à 25 kilomètres dans Paris jusqu’à chez lui, en faisant parfois un arrêt pour boire un verre entre amis, avant de repartir. 

C’est d’ailleurs au travail que sa nouvelle vie a commencé il y a maintenant 7 ans, sous l’influence d’un collègue qui préparait l’ÉcoTrail de Paris.

« Je me disais que c’était lunaire », confie Alexandre, pensant que le marathon n’avait pas d’égal en distance. Mais lui qui n’avait encore jamais couru s’est mis en tête de préparer ses premières courses, et il a très vite dépassé son mentor. « Il m’a proposé de m’amener courir au bois de Vincennes […], je me suis fait attraper par la chose, se souvient-il. C’est aussi grâce à lui que j’ai fait mon premier Festival des Templiers. » Désormais, c’est son collègue qui le prend pour un doux dingue. « Il a l’impression d’avoir créé un monstre », souligne-t-il avec humour. 


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Si Casquette Verte enchaîne les ultras avec une apparente facilité, sa vie d’urbain l’avait d’abord entraîné sur d’autres chemins. Sa jeunesse a été « festive » et il a fait durant sa vie étudiante « tout ce qu’il ne faut pas faire », estime-t-il. Désormais sportif aguerri, sa vie d’athlète surprend encore ses proches qui ont été témoins de sa vie d’avant. « Pour mes amis, c’est encore impensable que le mec qu’ils ont connu il y a quelques années soit devenu athlète et qu’il gagne des courses. Ce n’est pas la même personne », raconte Alexandre.

Ceci dit, son approche de l’ultra détonne dans le monde du trail. Il a par exemple continué de fumer sans cacher son plaisir de griller quelques cigarettes avant ou après une course. Il a arrêté il y a quatre mois, en se mettant au défi publiquement sur les réseaux sociaux.

Cumuler les kilomètres, avoir du plaisir, et performer

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Alexandre Boucheix alias Casquette Verte lors de l’Ultra-Trail Cape-Town 2018 – Photo : UTCT

Pour comprendre ce qui anime Casquette Verte, il faut aller plus loin que les chiffres affolants de son profil Strava où le coureur parisien partage toutes ses sorties, soit plus ou moins 200 km par semaine. « Je consacre 10 à 15 % de ma vie à courir soit 2-3 heures par jour. Ça mange du temps, mais c’est un choix personnel », dit-il. 

Ce « kiff de vie », Alexandre le doit à un tempérament d’acharné, une persévérance et une pugnacité hérités de l’enfance, grâce au skateboard et au foot.

Plus jeune, il pouvait rester des heures au Bois de Vincennes à s’entraîner après une partie de football entre amis. « 10 lucarnes à droite, 10 lucarnes à gauche », sans quoi il ne rentrait pas chez lui. Derrière ce perfectionnisme, il explique pourtant n’avoir jamais envisagé une carrière de sportif professionnel. Il estime, avec le recul, qu’il était « juste un gamin hyperactif » sans jamais avoir été diagnostiqué ceci dit.

Cet amour du « beau geste » s’est transformé en désir d’accomplissement et de dépassement de soi.

Il court entre cinq et sept ultra-trails par an. Cela fait trois ans qu’il consacre davantage de temps à sa pratique sportive. Après une année 2019 en demi-teinte, marquée par une blessure sur l’UTMB et une renaissance victorieuse sur la première édition de la LyonSaintéLyon (156 km, 4400 m D+), une année 2020 maigre en compétition et une saison 2021 à succès, Alexandre ne cache plus ses envies de performance. Ses objectifs sont d’« accrocher un top 30 sur l’UTMB 2022, un top 10 sur la Diagonale des fous, et gagner la LyonSaintéLyon pour la troisième fois… en trois éditions », prévient-il. Le ton est donné. 

2022, une année charnière?

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Casquette Verte tire généralement la langue sur les photos – Photo : Gilles Reboisson

Alexandre Boucheix fonctionne surtout à l’envie, sans plan de match et sans entraîneur, car il trouve cela trop contraignant. Mais à l’écouter, les choses pourraient changer.

« Aujourd’hui, je peux faire les courses que je veux et avoir une hygiène de vie déplorable à côté, fait-il remarquer à Distances+. Je ne me mets aucune contrainte là-dessus et ce n’est que du plaisir, mais je pense que je ne suis plus très loin du niveau maximum que je peux atteindre avec l’entraînement idiot que j’ai. »

Il envisage donc de faire « le point » après son troisième Grand Raid de la Réunion en octobre prochain. « À voir selon les résultats de l’année si je me fais une année 2023 plus méticuleuse », commence-t-il à se questionner. Cela impliquerait selon lui un entraîneur, des séances cadrées et une vigilance accrue sur son hygiène de vie au quotidien. « Ce serait comme aller en prison, mais le décider soi-même, et j’aurais la clé pour décider à tout moment d’arrêter », ironise-t-il. 


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Après avoir refusé l’encadrement pendant tant d’années, le coureur trentenaire semble planifier davantage les choses, jusqu’à anticiper une possible fin de carrière, un sujet récurrent dans ses prises de parole. « C’est une protection, pour me préparer à l’éventualité d’un arrêt décidé par moi-même ou contraint par la blessure un changement de vie. »

Celles et ceux qui suivent les aventures de Casquette Verte peuvent toutefois se rassurer, il n’est pas prêt à s’arrêter pour autant. Les distances XXL lui font du pied, et il ne serait pas étonnant de le voir s’aligner sur le Tor des Géants dans les années à venir. Il a même un œil sur la célèbre Barkley au Tennessee. « Je sais comment faire la demande et j’ai très envie de la faire, même si je sens que ça va me faire péter un plomb », commente-t-il.

De Strava au Twitch

Sur les réseaux sociaux, Casquette Verte rassemble une communauté de plus de 55 000 personnes, dont 13 000 rien que sur Strava. Il faut dire que les traileurs parisiens qui enchaînent les ultras en montagne comme lui ne courent pas les rues, même si on n’oublie pas un autre athlète éminemment sympathique, son ami Luca Papi, grand spécialiste des très longues distances.

Alexandre assure ne pas avoir cherché plus que ça à devenir populaire, mais il s’attache désormais à entretenir une relation avec sa communauté, un mot qu’il n’aime pas en passant au mettre titre qu’il n’aime pas être considéré comme un influenceur. C’est pourquoi il s’est récemment lancé dans l’univers du streaming en ouvrant une chaîne sur la plateforme Twitch, où il tient une session d’échange chaque dimanche soir.

« J’adore ça, s’enthousiasme-t-il. En tant que consommateur, j’ai tout le temps Twitch qui tourne chez moi. Avant j’aimais bien faire mes récits de course sur des blogues, mais ça me prenait trop de temps. Sur Twitch l’interaction est plus pratique et plus libre. »

Il n’envisage pas utiliser son influence digitale pour vivre de la course à pied et monétiser sa communauté. « Je ne veux rien leur vendre. On me sollicite énormément et je refuse quasi systématiquement », explique-t-il. En revanche, il songe à utiliser sa popularité pour une bonne cause. « J’ai dans l’idée de monter un événement caritatif, confie-t-il. J’aimerais me servir des gens qui me suivent et de l’influence que je peux avoir pour une cause. Ça viendra, je l’espère, mais il ne faut juste que je me disperse pour le moment. »


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