Les anti-inflammatoires et le coureur : controverse et options

La chronique du Doc Benoit

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Photo : Converging Photos

Nous avons vu dans un premier article que l’épisode douloureux associé à une blessure est fréquemment traité par des anti-inflammatoires non stéroïdiens (AINS) en médecine du sport. Deux aspects sont visés par les AINS : le traitement de la douleur et le traitement de la blessure comme telle.

Tentons toutefois de comprendre l’impact et l’efficacité des AINS sur la guérison des blessures en les séparant en quatre catégories.

Blessure ligamentaire :

La fameuse entorse, communément nommée « foulure ». La plupart des études portent sur la cheville, qui représente l’endroit où la blessure ligamentaire est la plus commune chez le coureur. Les lésions ligamentaires « fraîches » pourraient bénéficier de l’utilisation « courte » d’AINS pendant la phase inflammatoire de la blessure, donc au maximum quelques jours. Les AINS accélèrent la phase initiale de guérison en réduisant l’enflure et la douleur plus rapidement que le placebo. Cependant, certaines études démontrent qu’après six mois, la laxité ligamentaire serait augmentée, les amplitudes articulaires, réduites, et le taux de récidive serait plus élevé chez les utilisateurs d’AINS. La cause serait-elle le retour trop précoce à l’activité ou l’utilisation d’AINS? Le doute persiste.

Blessure tendineuse :

Les tendinopathies par surcharge (tendinopathie d’Achille, rotulienne, syndrome fémoropatellaire, syndrome de la bandelette iliotibiale, etc.) ne sont pas des pathologies inflammatoires. C’est pourquoi l’appellation « tendinite » laisse maintenant place à « tendinopathie », qui représente mieux le phénomène de surmenage non inflammatoire réellement en place. Il y a donc peu de bénéfices à traiter ces pathologies non inflammatoires à l’aide d’AINS. L’effet analgésique procuré par les AINS pourrait toutefois permettre une rééducation plus précoce, selon certains. Notons que ce potentiel bienfait est controversé.

Blessure musculaire :

Les études relatives à ce type de blessure, mieux connue sous le nom de « claquage », ne démontrent pas d’intérêt significatif pour le traitement des courbatures et des lésions musculaires par l’utilisation d’AINS, outre un certain soulagement de la douleur.

Blessure osseuse :

Il est maintenant bien établi que les AINS ralentissent la guérison des fractures en altérant les prostaglandines, des hormones. Leur utilisation est donc à proscrire, entre autres, pour les fractures de stress, bien connues chez le coureur.

Masquer la douleur : pourquoi?

Plusieurs coureurs consomment des AINS de façon routinière pour atténuer les inconforts liés à l’entraînement. On note en effet une multitude de microdéchirures responsables des courbatures à la suite d’un entraînement rigoureux. Doit-on vraiment tenter de masquer ces dernières par l’utilisation d’AINS?

Il semble que l’effort physique provoque la libération de cellules spécialisées qui produisent des prostaglandines, responsables de la formation du nouveau tissu musculaire. Certaines études suggèrent que les utilisateurs réguliers d’AINS démontrent un ralentissement de ce processus qui pourrait affecter les effets bénéfiques de l’entraînement. Plus d’études seront toutefois nécessaires pour confirmer cela hors de tout doute. Une chose est certaine, une période d’échauffement et un bon « cool down » sont garants d’une réduction du risque de blessures et d’inconforts liés à l’entraînement.

À la lumière de tout ceci, soulignons que l’effet analgésique des AINS semble plus pertinent que son effet anti-inflammatoire dans une majorité de contextes. Les études démontrent que l’acétaminophène (Tylenol) présente une efficacité analgésique similaire à celle des AINS et un profil d’effets secondaires nettement moins nocif lorsqu’une posologie maximale de 4 g/24 h est respectée.

Si une prise d’AINS est vraiment requise, l’addition d’une protection gastrique de type IPP (Pantoloc, Dexilant, Nexium) ou anti-H2 (Zantac) réduit considérablement (de plus de 50 %) le risque d’effets secondaires gastriques. Finalement, les formulations en gel (Voltaren Emulgel) seraient une option intéressante pour réduire les effets secondaires systémiques des AINS sans en réduire l’efficacité.

De façon générale, jouer à l’autruche en tentant de masquer à tout prix la douleur pour devancer un retour à l’entraînement est rarement « payant » pour un athlète. Mieux vaut prendre le temps nécessaire pour guérir complètement et effectuer un bon retour progressif en consultant un professionnel spécialisé et compétent.

Si l’utilisation des AINS est envisagée, elle devrait être limitée au stade initial inflammatoire d’une blessure pour une courte durée, soit quelques jours, et devrait prendre en considération les facteurs de risque individuels du coureur traité.


Simon Benoit est médecin de soins critiques en urgence, en plus de tenir une pratique de bureau axée sur la médecine sportive. Il est membre de  l’Association  québécoise  des  médecins du sport. Il est également diplômé en physiothérapie et en chiropratique et est ambassadeur de La Clinique du Coureur. Lisez tous ses textes !