Pour faire partie du circuit UTMB World Series, les courses devront se vendre à l’UTMB ou à The Ironman

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Départ de l'UTMB 2019 à Chamonix - Photo : Christophe Pallot

Texte mis à jour le 16 mai 2021

La nouvelle a fait grand bruit dans le milieu du trail la semaine dernière : l’UTMB Group et l’entreprise américaine The Ironman Group s’unissent pour créer un nouveau circuit mondial de trail, l’UTMB World Series (UWS), en même temps qu’ils sabordent l’Ultra-Trail World Tour. Ce qui n’a pas été annoncé, et que Distances+ a compris en posant de nombreuses questions, c’est que, pour en faire partie, les organisations de trail devront devenir la propriété de l’une ou l’autre des deux corporations. Au moins un grand événement français de trail running, le Festival des Templiers, a déjà dit non.

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L’Ultra-Trail World Tour (UTWT), qui existait depuis 2014, et dont les droits appartenaient depuis deux ans au groupe UTMB, n’existera plus à la fin de la saison 2021. L’UTMB Group affirme avoir invité toutes les courses du calendrier (25 au total si l’on exclut la CCC, la TDS et l’UTMB) à intégrer l’UWS, qui débutera en janvier 2022.

« Les courses devront être à 100 % affiliées à l’UTMB », a indiqué Hugo Joyeux, de l’équipe des communications de l’UTMB. « Oui, c’est une logique d’acquisition », a confirmé Marie Sammons, la directrice de l’Ultra-Trail World Tour, qui travaille sur la transition entre l’ancien et le nouveau circuit.

« Rien ne changera sur l’organisation de la course à proprement parler, assure Marie Sammons. Les organisateurs continueront de gérer ça comme ils savent le faire avec leurs bénévoles et en gardant des équipes locales ultra impliquées. Nous, on va apporter des guide lines (lignes directrices, NDLR) à respecter obligatoirement pour que toutes les courses aient les mêmes standards que ceux de l’Ultra-Trail du Mont-Blanc, notamment en matière de sécurité. »

Même si les courses conserveront leur nom et leur identité visuelle, elles devront ajouter la mention « by UTMB » au bout de leur nom, à l’instar de quatre courses qui étaient déjà sous ce label, à savoir Val d’Aran by UTMB en Espagne, Thailand by UTMB, Panda Trail by UTMB et Gaoligong by UTMB, en Chine, qui intègrent d’office le nouveau circuit UWS.

À noter que les courses Ushuaia by UTMB et Oman by UTMB ne figurent pas dans la liste préliminaire des courses de l’UWS et n’apparaissent plus sur le site web d’UTMB World.

Qui, d’Ironman ou de l’UTMB, acquerra quelle course? « Avec Ironman, en gros, on s’est partagé le monde, explique Marie Sammons. Ironman va s’approcher des courses sur le continent américain, en Asie (mis à part la Chine et Hong Kong) et en Océanie. L’UTMB, ce sera tout le reste. »

Sur le plan des communications, il est prévu qu’une plateforme web unique rallie les courses membres, avec des pages dédiées qu’elles pourront gérer directement, explique encore Marie Sammons. Il y a l’idée de mutualiser des ressources, sachant que toutes les courses ne gèrent pas leurs communautés numériques de manière homogène. Certaines sont très dynamiques et suscitent beaucoup d’interactions, d’autres moins. Pour le suivi des courses, c’est l’application LiveTrail qui devrait être commune à tous.

« On a six mois pour construire le circuit », précise Hugo Joyeux. Car même si le projet est ficelé sur le plan marketing, il est encore au stade du chantier : toutes les courses approchées par le groupe UTMB n’ont pas confirmé leur participation au circuit. Le calendrier complet sera annoncé à l’automne. Il faut savoir que seules les courses membres du circuit (les courses Events et Majors) permettront d’accéder aux courses de l’Ultra-Trail du Mont-Blanc, qui constitueront les « finales ».


Lire notre autre texte : Ce qu’il faut retenir des nouveautés annoncées par l’UTMB, point par point


Réactions mitigées

Parmi les courses de l’actuel Ultra-Trail World Tour, les organisateurs de la mozart 100, en Autriche, avaient déjà annoncé l’automne dernier le rachat de leur événement par Ironman. Elle fera ainsi partie de l’UWS.

« Grâce à l’Ultra-Trail World Tour, la mozart 100 est devenue la plus grande course de trail en Autriche avec des participants de plus de 70 pays, affirment-ils. Nous sommes fiers de façonner l’avenir de notre merveilleux ˝projet de vie˝ avec un événement solide, professionnel et mondial. »

Deux autres courses de l’UTWT, déjà rachetées par Ironman, feront aussi partie du circuit. Il s’agit de le Tarawera Ultramarathon by UTMB, en Nouvelle-Zélande, et de l’Ultra-Trail Australia by UTMB.

Peu après la publication de cet article, le directeur de l’Ultra-Trail Cape Town, en Afrique du Sud, Stuart McConnachie, a fait savoir à Distances+ que l’UTCT, qui est selon lui « une grosse course aux yeux des élites du monde entier », pourrait bien intégrer lui aussi l’UWS en 2022. Il croit que ce projet peut contribuer à « développer le trail running » et qu’il « ne faut pas avoir peur des changements ». « Le changement est toujours une source d’incertitude, mais ce sera positif pour tout le monde », estime Stuart McConnachie. Il est toutefois encore un peu tôt pour officialiser la présence de l’UTCT au calendrier du futur circuit, a-t-il souligné.

L’Ultra-Trail Harricana du Canada, au Québec, a pour sa part exprimé publiquement des doutes, expliquant sur Facebook que l’organisation « regarderait attentivement ce que l’UTMB World Series souhaite proposer, mais que ses valeurs organisationnelles ne sont pas alignées en ce moment pour joindre un circuit privé de ce genre ». 

En Espagne, les organisateurs de la Penyagolosa Trails ont répondu à Distances+ que les discussions avec l’UTMB étaient toutes récentes (deux semaines seulement) et qu’elles n’étaient pas terminées. « Nous avons besoin de les écouter encore pour nous faire un avis complet », ont-ils indiqué.

Plusieurs autres courses de l’UTWT sont pour le moment restées muettes quant à leur position. On ne trouve d’ailleurs aucune publication au sujet de l’UTMB World Series sur les réseaux sociaux ou sur les sites web de la Western States, de la Hong Kong 100 ou encore de l’Ultra-Trail du Mt Fuji, par exemple.


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Les Templiers, c’est non!

Même si elle n’a pas voulu être précise sur la question, Marie Sammons ne cache pas que plusieurs courses françaises sont également dans la mire de l’UTMB Group, afin que les traileurs de l’Hexagone bénéficient d’un vrai choix si leur objectif est de courir l’UTMB. Le groupe espère les convaincre d’embarquer dans son projet avec entre autres arguments d’être l’une des rares courses en France à offrir un accès aux prestigieuses courses chamoniardes.

Plusieurs organisations contactées par Distances+ ont confirmé avoir été approchées, mais n’ont pas voulu être mentionnées tant que les négociations étaient en cours, et ce, même si leur décision est déjà prise.

Le célèbre Festival des Templiers, qui ne fait pas partie de l’Ultra-Trail World Tour ni d’aucun autre circuit, a également été approché par le Groupe UTMB, mais l’événement, qui réunit chaque année plus de 10 000 participants, préfère demeurer indépendant.

« Je suis dans un autre courant de pensée », a commenté calmement Gilles Bertrand, le président fondateur du Festival des Templiers depuis plus de 25 ans. Il a confié en exclusivité à Distances+ avoir envoyé en ce début de semaine une lettre de refus officiel à l’UTMB.

Gilles Bertrand aime le côté populaire et « accessible à tous » du trail et souhaite « cultiver une communication positive » avec sa communauté en continuant de gérer ses courses avec Odile Baudrier, sa conjointe. « L’UTMB joue la carte de la globalisation et de la modélisation, observe-t-il. Je dis cela sans animosité, mais on ne se reconnaît pas dans un tel système, c’est pourquoi nous préférons garder notre indépendance et en rester là. »

Mettant fin aux rumeurs, le directeur de la Maxi-Race, Stéphane Agnoli, a répondu à Distances+ que, lui, n’avait pas été approché par l’UTMB et que si cela avait été le cas, la réponse aurait été « non », sans pour autant dénigrer ce concurrent. « L’UTMB étant l’événement international de référence dans le domaine du trail running, il paraît logique qu’ils accroissent leur développement international par la création de leur propre challenge avec leur propre mode de qualification. Ce sont, à mon sens, les seuls ou presque qui peuvent faire ça sur la planète trail », analyse d’ailleurs Stéphane Agnoli.

Autre événement emblématique en France, la SaintéLyon ne fera pas non plus partie de l’UWS. « Nous n’avons pas été approchés », a dit son directeur Michel Sorine à Distances+, ajoutant que, de toute façon, « la SaintéLyon n’est pas à vendre ».

« Pour l’instant, je ne sens aucun rejet », affirme Marie Sammons, persuadée que « 99 % de tous les ˝deals˝ seront clôturés en temps et en heure pour annoncer le calendrier en septembre ». « Il y a une vraie envie de ne pas rater le coche », estime quant à lui Hugo Joyeux de l’UTMB.

Pourtant, plusieurs organisateurs à qui Distances+ a parlé estiment ressentir un certain inconfort face à ce nouveau circuit. « On se pose beaucoup de questions », a par exemple confié un directeur d’événement. « On ne comprend pas tout », a dit un autre. « On ne veut pas perdre notre identité », a-t-on aussi plusieurs fois entendu. « Notre ADN est unique et non négociable », a martelé une organisation populaire. « La pression est intense », a résumé encore un directeur de course qui se sent « le cul entre deux chaises ».

Quant à la question de l’acquisition par l’UTMB ou Ironman, les conditions n’étaient pas claires pour tous ceux à qui Distances+ a parlé.

La compétition des circuits mondiaux

Depuis quelques années, l’Ultra-Trail World Tour a connu certains revers, bien qu’il semblait dans une dynamique d’expansion et de développement. Le Grand Raid de la Réunion a quitté le circuit après quelques éditions, tout comme le Marathon des sables. Plus récemment, le Lavaredo Ultra Trail, la Transgrancanaria et le Patagonia Ultra Trail ont quitté le navire pour rejoindre un autre nouveau-né dans le domaine des circuits mondiaux privés de trail, le Spartan Trail World Championship.

À noter que, dans ce dernier cas, l’intention avouée de Spartan est de devenir actionnaire (et non propriétaire à 100 %) des courses qui intègrent son circuit.

Un autre joueur, Salomon, a fondé le circuit mondial Golden Trail Series, avec plusieurs courses partenaires prestigieuses, mais positionnées sur des formats plus courts (distances maratrail et moins).

Le promoteur de courses Xterra a également inauguré cette année son championnat international de trail running avec des courses au format marathon (42 km) : le Xterra Trail Marathon, composé de 10 étapes à travers le monde.

Le point faible de l’Ultra-Trail World Tour, selon Marie Sammons, « c’est que c’est une structure avec des événements indépendants. Donc ça nous limite. On veut faire quelque chose de plus ˝englobé˝ avec un plan marketing commun. On veut une communication globale. C’est ça qui fera la puissance du circuit, affirme-t-elle. Il faut que chaque course sente qu’elle fait partie d’un ensemble. »

« Même si ça s’arrête à la fin de l’année, on va aller au bout de l’histoire et finir cette saison comme il se doit, promet Marie Sammons. Je veux vraiment insister sur le fait que l’UTWT n’est pas un échec. J’ai tissé un lien fort avec les différents organisateurs et nous avons réussi à créer une communauté de courses qui a fait grandir tout le monde. »

« On a aussi aidé des événements dans leur développement, et à être plus connus à l’international, assure la directrice de l’Ultra-Trail World Tour. L’année 2020 a été hyper complexe [en raison de la pandémie, NDLR]. Je suis restée en contact avec des organisateurs désabusés, en plein désarroi, qui se demandaient ce qu’ils allaient devenir. Je dois dire que cela a alimenté notre réflexion. Ça et l’initiative de Spartan, qui est venu chercher des courses de l’UTWT. J’étais personnellement frustrée évidemment, parce que j’avais beaucoup contribué à la relation de confiance avec toutes ces courses. »

Marie Sammons a par ailleurs l’honnêteté de reconnaître que l’objectif de l’UTMB World Series est d’être un « circuit plus dominant ». L’alliance avec Ironman consolidera cette volonté, puisque celui-ci se présente comme le « leader mondial dans l’organisation d’événements d’endurance et d’événements de masse, avec des équipes établies dans 26 pays, sur tous les continents ». Les deux partenaires ne cachent pas leur intention de créer « le plus grand circuit mondial de trail running ». 

Lire notre autre texte : Ce qu’il faut retenir des nouveautés annoncées par l’UTMB, point par point

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