Les Français Blandine L’hirondel et Frédéric Tranchand ont brillé au Golden Trail Championship

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Blandine L'hirondel, Rachel Drake et Maude Mathys dans l'ascension du volcan de l'île de Faial - Photo : Jordi Saragossa / Golden Trail Series / Azores Trail Run

Le Polonais Bartlomiej Przedwojewski et la Suissesse Maude Mathys ont triomphé à l’issue du Golden Trail Championship (GTC) sur l’île volcanique de Faial, aux Açores (Portugal), début novembre. Ce championnat mondial inédit a vu s’affronter pendant cinq jours des dizaines de traileurs de très haut calibre sur des sentiers techniques et usants dans des conditions météo peu clémentes. Les Français Frédéric Tranchand, Blandine L’Hirondel, Iris Pessey et Théo Détienne se sont tout particulièrement distingués.

Le GTC avait été imaginé par l’équipementier Salomon, promoteur de la série Golden Trail, durant le premier confinement en raison de l’annulation de la plupart des épreuves du circuit. L’idée était de monter un championnat par étapes très relevé avec des courses de 25-30 km et 1000-2500 m de dénivelé positif et négatif. Mais aussi de dynamiser la compétition en instaurant, comme sur les grands tours cyclistes, des classements spécifiques avec chaque jour un segment chronométré de montée (dossard rouge), de descente (dossard bleu), et de vitesse (dossard vert).

La course (115 km et 5172 m D+ au total) a été passionnante du début à la fin avec un gros combat de favoris. Chez les hommes, Bart Przedwojewski, la vedette américaine Jim Walmsley, le Norvégien Stian Angermund, le Marocain Elhousine Elazzaoui et le Français Frédéric Tranchand se sont chaque jour retrouvés aux avant-postes. Chez les filles, la Suissesse Maude Mathys, la Suédoise Tove Alexandersson, l’Américaine Rachel Drake et la Française championne du monde de trail Blandine L’hirondel ont tout donné pour tenter de l’emporter ou monter sur le podium.

Bart Przedwojewski magistral

Bart Przedwojewski
Bart Przedwojewski à l’issue de la 4e étape du GTC – Photo : Martina Valmassoi / Golden Trail Championship / Azores Trail Run

Bart Przedwojewski est le grand vainqueur de cette première édition. Il s’était préparé spécifiquement à cette épreuve et a été impérial en parvenant à enchaîner deux victoires et deux deuxièmes places. Il a devancé au général Jim Walmsley qui est monté chaque jour en puissance jusqu’à s’adjuger la dernière étape, plus roulante et adaptée à ses qualités de vitesse. Sept minutes séparent les deux champions après les quatre courses.

Frédéric Tranchand, la confirmation

Frédéric Tranchand
Frédéric Tranchand – Photo : Martina Valmassoi / Golden Trail Championship / Azores Trail Run

Quant à Frédéric Tranchand, il termine sur la troisième marche du podium, lui qui avait surpris le monde du trail après son chrono de folie à la Sierre-Zinal 2020, à seulement 30 secondes du maître Kilian Jornet. L’orienteur, même « débutant » dans le trail pur et dur, ne savait pas à quoi s’attendre avant de s’élancer sur ce que plusieurs athlètes ont qualifié de « chantier », mais il a confirmé qu’il fait partie des meilleurs coureurs au monde. Il a d’ailleurs remporté la première étape du GTC et a su gérer l’enchaînement des courses ensuite et rester au contact des hommes les plus en forme malgré des « bâtons à la place des jambes ». Il a confié à Distances+ qu’il avait aimé son expérience, « franchement super content d’arriver à ce niveau face à la compétition très costaude » et trouvé les autres athlètes « bien sympas et abordables ».

Frédéric retiendra de son passage sur l’île « les parties techniques où il fallait se battre avec la forêt, les fortes pentes et les parties roulantes où les jambes souffraient vraiment. Maintenant, un peu de repos ne fera pas de mal », se réjouit-il, satisfait.

Les observateurs se demandent maintenant s’il a l’intention de se mettre « vraiment » à la course de trail. « C’est sûr que j’ai bien envie d’en refaire l’année prochaine, en essayant de faire accorder les calendriers, avec en particulier les championnats du monde de course d’orientation en République Tchèque début juillet », répond-il à Distances+. Il faut donc s’attendre à le revoir dès 2021 avec, cette fois, une étiquette de favori.

Maude Mathys confirme son rang

Maude Mathys
Maude Mathys – Photo : Martina Valmassoi / Golden Trail Championship / Azores Trail Run

La Suissesse, meilleure traileuse au monde au classement international de l’ITRA, était favorite et elle n’a pas déçu avec, elle aussi, deux victoires et deux deuxièmes places qu’elle est allée chercher avec les dents tant elle avait de l’adversité. Tove Alexandersson, 10 fois championne du monde de course d’orientation, lui a par exemple tenu la dragée haute en remportant avec autorité la première étape, avant de craquer un peu physiquement devant l’enchaînement des courses (4e au final). Maude Mathys a bataillé chaque jour avec l’Américaine Rachel Drake, qui semblait un peu plus forte à chaque course, jusqu’à remporter l’ultime étape dimanche (9 minutes les séparent au classement général), et avec Blandine L’hirondel, parfaite de régularité, qui est montée quatre fois sur la troisième place sur le podium.

Blandine L’hirondel, le « podium inespéré »

Blandine L'hirondel
Blandine L’hirondel – Photo : Jordi Saragossa / Golden Trail Series / Azores Trail Run

La championne du monde, qui n’est pas une athlète professionnelle puisqu’elle est médecin obstétricienne dans la vie, assure qu’elle ne s’attendait pas à ce podium. Quelques jours avant le début de la compétition, blessée, elle avait sérieusement songé à ne pas participer.

« Je savoure ce podium plus qu’inespéré, s’est enthousiasmée Blandine dimanche soir. Il y a une semaine, je ne savais même pas si je prendrais le départ. Après, mon objectif était un top 10. Au fil des courses, je voyais se dessiner un top 5, mais alors, un podium, je n’y croyais pas! »

Blandine L’hirondel dit avoir adoré l’expérience de la course à étapes. « J’étais curieuse de savoir comment mon corps allait réagir, et je suis plutôt satisfaite de voir qu’il a très bien tenu le coup. Par contre, chaque étape a été éprouvante. Tant sur la technicité du parcours qu’en raison des conditions météorologiques, mais c’est ce qui donne encore plus de saveur au passage de la ligne d’arrivée. »

Elle retiendra de ce séjour aux Açores « une incroyable expérience physique et humaine », mais aussi « les moments de partage hors course et la simplicité des autres athlètes ».

Stian Angermund et Elhousine Elazzaoui inséparables

Stian Angermund et Elhousine Elazzaoui
Stian Angermund et Elhousine Elazzaoui – Photo : Martina Valmassoi / Golden Trail Championship / Azores Trail Run

C’est l’une des histoires de ce GTC. Le Norvégien et le Marocain se sont « tiré la bourre » de A à Z, course après course. Ils ont semblé ne jamais se lâcher, passant la ligne d’arrivée presque systématiquement ensemble.

Lors de la deuxième étape, Elhousine a même porté secours à Stian après une mauvaise chute plutôt que d’en profiter pour semer son adversaire. Le Norvégien avait qualifié son adversaire de « héros ».

Les deux hommes ont terminé 4e et 5e, avec moins de 20 secondes d’écart.

Le dossard rouge pour Iris Pessey

Iris Pessey
Iris Pessey – Photo : Martina Valmassoi / Golden Trail Championship / Azores Trail Run

La Française Iris Pessey, spécialiste de l’épreuve du kilomètre vertical (KV), avait annoncé qu’elle était aux Açores pour se concentrer sur le dossard rouge de la meilleure grimpeuse, ce qu’elle a confirmé après avoir réalisé le meilleur temps de la montée du prologue du championnat. Elle réussit une sacrée performance en terminant devant Rachel Drake, Blandine L’hirondel et Tove Alexandersson. Toutefois, elle termine derrière Maude Mathys au classement. Mais comme la Suissesse avait déjà le dossard jaune après sa victoire au général, elle doit laisser le dossard rouge à sa dauphine. Le règlement prévoit en effet qu’un athlète ne peut pas cumuler les dossards.

Pourtant, avant le départ, ce n’était pas gagné pour l’athlète de 28 ans. « J’ai passé un été compliqué au niveau de l’entraînement parce que je bossais 60 heures par semaine à Genève, a-t-elle raconté à Distances+. Pourtant, au printemps, j’avais vraiment fait du bon boulot, mais je ne tenais plus la distance en course, même si j’avais toujours la caisse et que j’arrivais à me faire mal sur des durées assez courtes. Sachant que le KV est ma spécialité, ça m’a semblé judicieux de me concentrer sur les montées sur ce championnat. »

Iris est donc « super heureuse » de sa performance, d’autant qu’elle avait des appréhensions. « J’avais un peu le trac d’être mise face à la réalité et de me prendre une grande claque pour être honnête, confie-t-elle. Alors ce résultat me motive pour la saison prochaine, même si je ne sais pas trop à quoi ma vie va ressembler d’ici là. »

Iris Pessey envisage de participer à des courses de la série Golden Trail, « notamment les courses avec des parcours qui sont assez cassants, genre Zegama et Dolomyths Run, dit-elle. Les courses roulantes, ça ne m’intéresse pas trop pour le moment. J’ai vraiment du mal avec les plats montants et les descentes sur les gros chemins pas trop raides parce que je souffre au niveau articulaire et je ne me fais pas plaisir du tout. En plus, je n’ai vraiment pas une bonne foulée pour ce genre de profils. Je préfère être à quatre pattes dans les couloirs. »

Le dossard vert pour Théo Détienne

Théo Détienne
Théo Détienne – Photo : Philipp Reiter / Golden Trail Championship / Azores Trail Run

Le Français Théo Détienne s’est lui battu comme un lion pour finir avec le dossard vert de meilleur sprinteur, notamment contre l’Espagnol Andreu Blanes Reig, un autre orienteur.

Lors de la dernière étape, 8 secondes séparaient les deux hommes. Théo Détienne est parti dans la première vague avec les meilleurs au classement général, mais il a attendu que son adversaire le rattrape pour jouer le sprint ensemble. « Je trouvais ça plus fun, comme ça on pouvait vraiment se tirer la bourre », a-t-il expliqué à l’arrivée. C’est l’Espagnol qui s’est imposé sur le segment de 1,7 km avec 2 secondes d’avance sur le Français, mais ce n’était pas suffisant pour lui enlever le dossard vert.

« C’était une expérience exceptionnelle pour terminer cette « saison » si particulière, a dit Théo Détienne à Distances+. C’était un événement magique avec des parcours en pleine nature qui nous ont tous réservé bien des surprises. Pour ma part, j’avais d’entrée de jeu comme objectif le maillot vert de meilleur sprinteur et j’ai donc tout adapté autour de cela tout au long des quatre étapes. Ç’a été une grosse bagarre pour le ramener. Je réussis à gagner le classement général du maillot vert avec 6 secondes d’avance, ce qui est peu. Je me suis donné à 1000 %. »

Les Français au rendez-vous

Nicolas Martin
Nicolas Martin, 9e et 2e Français au classement du GTC 2020 – Photo : Philipp Reiter / Golden Trail Championship / Azores Trail Run

Les athlètes français, hommes et femmes, sont parvenus à placer dans le top 10 trois filles (Blandine L’hirondel 3e, Camille Bruyas 6e et Audrey Tanguy 10e) et trois garçons (Frédéric Tranchand 3e, Nicolas Martin 9e et Thibaut Baronian 10e).

« C’était globalement un grand bol d’air pour tous les athlètes », a commenté Nicolas Martin, qui a vécu « une expérience vraiment géniale autant sur le plan sportif que sur le plan humain. C’est agréable pour tous après cette saison sportive compliquée », a-t-il dit à Distances+.

« Le championnat a été une franche réussite sur le plan sportif avec un excellent niveau et des formats très intéressants, a-t-il souligné. L’ajout des classements annexes offre une plus grande diversité et une plus forte attractivité pour les athlètes. Les parcours ont été à la hauteur de l’événement avec une réelle variété, même si le mauvais temps nous a privés de l’ascension du Pico qui était l’étape reine. »

En grand connaisseur des rendez-vous internationaux, Nicolas Martin va retenir « le niveau incroyable des quatre étapes et toutes les émotions qui en découlent. J’ai pris un énorme plaisir, malgré un inconfort physique réel vu l’engagement nécessaire. Sportivement, j’ai terminé à ma place en ayant terminé 9e sur trois étapes pour terminer 9e au général. »

Quant à Thibaut Baronian, il était bien content « de rentrer dans ce top10 après deux journées vraiment compliquées ». « Le corps nous surprend tous les jours, et aujourd’hui (dimanche), j’ai trouvé de bonnes ressources pour faire une course offensive (8e) », a-t-il expliqué sur sa page Facebook.

Les autres Français au classement général : Johann Baujard (11e), Arnaud Bonin (13e), Damien Humbert (18e), Ludovic Pommeret (27e), Anthony Boucard (54e), Théo Détienne (117e) et Benjamin Dubois (156e).

Les autres Français au classement général : Mathilde Sagnes (11e), Myriam Guillot-Boisset (13e), Lucille Germain (16e), Iris Pessey (26e), Candice Fertin (36e), Kathleen Leguin (38e) et Magali Alquier (41e).

La « grosse hypo » d’Anaïs Sabrié

Anaïs Sabrié
Anaïs Sabrié s’est écroulée à l’issue de l’étape 2, victime d’une hypoglycémie – Photo : Golden Trail Championship / Azores Trail Run

Anaïs Sabrié, championne de France de trail 2019, faisait partie des favorites et elle a tenu son rang, mais elle s’est littéralement écroulée à l’arrivée de la deuxième étape et a dû être prise en charge par les secours. « J’ai fait une très très grosse hypo, a-t-elle raconté à Distances+. Je n’ai pas fait de malaise, mais j’étais exténuée. J’avais un taux de glucose tellement bas qu’une personne normalement constituée aurait depuis longtemps fait un vrai malaise. Du coup, j’ai eu une injection d’électrolytes et de glucose pour que je puisse au plus vite remonter à un taux normal. Sans ça, j’aurais sûrement été beaucoup plus cassée. »

Anaïs a voulu retourner au combat, mais elle n’a pas eu le choix de ne pas prendre le départ samedi matin. « En tant que sportive bien sûr je voulais repartir, même si ce n’était pas forcément recommandé d’un point de vue médical. Mais juste avant le départ, j’ai appris que la perfusion était contraire au règlement du programme (antidopage) Quartz, car c’est considéré comme une “aide”. Au final, c’est un mal pour un bien, car après réflexion c’était un gros signal que mon corps m’a envoyé et ça aurait été stupide de courir. C’est la dure loi du sport. Il y a souvent plus de mauvais moments que de bons… » a-t-elle conclu.

Les Canadiens s’en sortent honorablement

Quatre coureurs canadiens étaient également présents aux Açores, dont Ryan Atkins et Lindsay Webster, qui avait réalisé le meilleur temps qualificatif sur le segment tracé au Mont-Tremblant. Le niveau était trop élevé pour jouer les premières place, mais tous s’en sont sortis honorablement, notamment Lindsay qui termine au porte du top 20 (23e). Ryan se classe 32e au général. Vincent Pagot a pris la 78e place et Martin Casaubon la 153e.

Les meilleurs par spécialité

Rémi Bonnet
Le Suisse Rémi Bonnet et le Français Théo Détienne ont respectivement remporté le dossard rouge de meilleur grimpeur et vert de meilleur sprinteur du GTC 2020 – Photo : Philipp Reiter / Golden Trail Championship / Azores Trail Run

Le dossard jaune des vainqueurs au classement général revient à Bart Przedwojewski et Maude Mathys.

Le dossard rouge des meilleurs grimpeurs a été remporté par le Suisse Rémi Bonnet et la Française Iris Pessey.

Le dossard bleu des meilleurs descendeurs a été accroché par le Norvégien Anders Kjaerevik et la Slovène Ana Cufer.

Le dossard vert des meilleurs sprinteurs a été gagné par le Français Théo Détienne et l’Espagnole Gisela Carrion.

Une enveloppe de 100 000 euros de primes a été partagée par les athlètes du top 10, les vainqueurs des quatre dossards et les meilleurs coureurs au classement de chaque étape.

Retour du Golden Championship en 2021?

Faial
Montée du volcan de l’île de Faial aux Açores – Photo : Pedro Silva / Golden Trail Championship / Azores Trail Run

Le Golden Trail Championship sera-t-il de nouveau organisé l’an prochain? Il est trop tôt pour le dire.

« Il faut déjà voir ce que va donner la crise sanitaire, précise Greg Vollet, le patron de la série Golden Trail chez Salomon, dans un communiqué. Elle va peut-être nous obliger à nous adapter encore la saison prochaine. Après, effectivement, au vu du plébiscite auprès des athlètes, on réfléchit. On voudrait, dans l’idéal, poursuivre les Golden Trail Series sur le format que l’on connaît : un circuit réunissant parmi les plus belles courses de trail du monde. Mais on envisage aussi de revenir sur un GTC une année sur deux, sur ce format de course à étapes, ce qui permettrait aux meilleurs athlètes de se retrouver durant une semaine de course. »

Jim Walmsley
Jim Walmsley a bataillé sur ces GTC – Photo : Philipp Reiter / Golden Trail Championship / Azores Trail Run

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