Apprendre à vivre avec ses limites… et réapprendre à courir

coureuse hiver
Jacynthe Néron et son chien - Photo : Louis Simard

DossierVeillir_Bannière_NonStandard

Avec l’âge survient parfois la douleur, surtout après un accident ou une opération. À la suite de notre texte sur l’approche de la douleur, nous vous présentons le témoignage d’une coureuse qui a surmonté les maux qui l’assaillent afin de se remettre à sa passion : la course à pied.

Jacynthe Néron, 56 ans, se souvient très bien de son opération au dos, en neurochirurgie, à l’Hôpital de Chicoutimi, voilà maintenant quatre ans. Ce jour-là, après plus de trois heures sur la table d’opération, sa vie sportive a basculé.

« Je me revois pendant plusieurs semaines avec ma marchette, à essayer de me déplacer avec difficulté. J’étais presque paralysée, et seule la médication pouvait atténuer les douleurs qui m’envahissaient et m’invalidaient totalement », explique-t-elle.

Une longue période de convalescence s’est amorcée dans les pleurs, les doutes et la certitude de ne plus pouvoir courir ou faire quelque exercice que ce soit. Après 20 ans de course en sentier, c’était tout un deuil à faire… Pour elle, penser à courir de nouveau était impensable, surtout à son âge.

La douleur se gère et se maîtrise

Puis, un jour, une discussion avec Jean-Luc Simard, des cliniques Physiotech de Montréal, a tout changé. « Lui, il m’a parlé des vraies affaires. Il m’a confirmé que j’allais avoir mal comme jamais en recommençant à faire de l’exercice, mais que la douleur, ça se gère et se maîtrise. »

Jacynthe a réalisé que Jean-Luc allait à contre-courant de ce que la majorité des gens aurait fait. Il lui disait de bouger, alors qu’elle serait naturellement restée à ne rien faire. « Il fallait que je progresse, mais très, très lentement. Il me disait que les gens de plus de 50 ans peuvent se rétablir, mais que la convalescence est beaucoup plus longue. Il m’a recommandé le bouquin intitulé La vérité à propos de la douleur, et rien de plus!, du docteur Bahram Jam. Ce livre a été vraiment significatif pour mon rétablissement et il m’a aidée à mieux comprendre les mécanismes de ma douleur. »

Aux dires de Jacynthe, Jean-Luc Simard était d’une compétence exceptionnelle et sensible aux schèmes de pensée du sportif et aux enjeux physiologiques lorsqu’on a plus de 50 ans. « Et moi, j’étais disciplinée, le match parfait! » Elle a appris que si elle angoissait en sentant revenir la douleur, si elle donnait de l’importance à cette douleur, alors elle aurait encore plus mal.

« Avec le temps, la douleur chronique fait en sorte que notre cerveau nous joue des tours. Dès que j’ai un inconfort, on dirait qu’il se rappelle ma lésion et envoie des influx tout comme dans le temps, alors que c’est guéri. »

La gestion de la douleur

Ces fausses alarmes, Jean-Luc lui a appris à ne pas en tenir compte et à se concentrer sur autre chose. « De plus, j’ai dû apprendre à apprécier chacun de mes petits succès, à ne pas me mettre d’attentes élevées, à être réaliste et à varier mes sports en attendant de revenir à la course en sentier. »

Jacynthe a appris que la gestion de la douleur chronique doit nécessairement passer par l’angle du relationnel. « Pour une sportive, une douleur qui invalide pendant plusieurs mois, c’est difficile pour un couple et une famille. Il faut le réaliser et prendre soin les uns des autres », explique celle qui s’est entourée de gens importants pour l’aider à traverser cette épreuve. 

La gestion de la douleur n’est pas l’apanage d’un seul professionnel de la santé. « Mon médecin traitant, la docteure Josée Brassard, a utilisé une approche multidisciplinaire afin de m’aider à me rétablir de façon durable », dit Jacynthe. Physiothérapeute, thérapeute en réadaptation physique, ergothérapeute, ostéopathe, pharmacien, chirurgien, radiologiste, et encore d’autres professionnels de la santé ont joué un rôle majeur dans son rétablissement. « La docteure Brassard a fait un travail remarquable de chef d’orchestre, tout en gardant le cap sur ce que je voulais comme sportive, soit revenir à la course dans mes sentiers. Elle m’a soutenu dans mon désir de rester en mouvement, malgré mon âge. »

Des résultats encourageants

Il faut voir maintenant Jacynthe jogger avec confort, même en raquettes, dans ses sentiers autour du lac avec son magnifique Braque bleu d’Auvergne. « Mon chien est une zoothérapie vraiment efficace! Certes, j’ai encore de la douleur, et j’en aurai toujours, mais je la vois plus comme un inconfort. Je peux maintenant courir dans un environnement naturel, me sentir bien avec une paix intérieure. Je cours dans le bois pour cette raison et je rêve de revivre le nirvana du coureur. Un jour, certainement! »

Elle ajoute que si son témoignage peut permettre, ne serait-ce qu’à une seule personne, de se remettre à courir, elle en serait heureuse. « Je suis vraiment fière de moi d’être revenue à la course même à 56 ans, bientôt 57 dans un mois, et de pouvoir suivre de plus en plus mon conjoint. On fera possiblement l’Ultra-Trail Harricana en septembre prochain. Cela nous permettra de partager de beaux instants de plaisir et de bonheur. Vivre avec ses limites ne veut pas dire qu’on est malheureux pour autant. Au contraire! Je me sens plus vivante que jamais! »

Distances+ inspire ses lecteurs à mettre le sport dans leur vie, afin qu’ils connaissent une amélioration de leur santé globale, physique et mentale. Notre magazine oeuvre à une société plus saine. Vous pouvez faire une différence pour nous permettre de poursuivre notre mission en devenant un contributeur régulier. Nos articles ne sont pas gratuits : un journaliste a travaillé pour l’écrire. L’information n’est pas produite par magie : nous avons besoin de votre appui pour continuer. Vous lisez Distances+ ? Merci!