L’édition toute spéciale de l’Ultra-Trail Harricana a réservé des surprises

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Sur le parcours de l'Ultra-Trail Harricana - Photo : Vincent Champagne

Distances+ dans Charlevoix – L’Ultra-Trail Harricana aurait pu être annulé à la dernière minute, révèle sa directrice générale, mais l’organisation a maintenu le cap et prouvé ce week-end qu’un grand événement sportif peut se tenir en temps de pandémie. Même si une éclosion de Covid-19 ne pourra être tout à fait être exclue que dans quelques jours, les souvenirs de cette 9e édition sont déjà mémorables.

Il y avait quelque chose d’un peu contre nature pour un événement qui se veut festif à entendre les animatrices de foule inviter les gens, masqués, à quitter les lieux le plus rapidement possible après leur arrivée, toute la journée de samedi. Cette mesure n’était que l’une des nombreuses actions sanitaires mises en place pour éviter une propagation du virus.

De l’ambiance, il y en avait malgré tout au pied du mont Grand-Fonds, dans la région de Charlevoix, au fur et à mesure qu’arrivaient les quelque 650 participants des ultras de 65, 80 et 125 km, les trois seules distances a avoir été maintenues. Les plus petites courses ont toute été annulées. Avec une météo plus-que-parfaite, très ensoleillée, température fraîche, la journée s’est avérée agréable pour les participants qui ont couru la première compétition de trail de l’année au Québec.

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Jean-François Cauchon au ravito – Photo : Vincent Champagne

L’ultra-trail est un sport fascinant en ce sens que le scénario n’est jamais écrit d’avance, et l’UTHC en a encore fait la preuve. L’un des coureurs les plus en vue, Jean-François Cauchon, double champion du 125 km (4220 m D+), élu par Distances+ athlète masculin 2019 et donc légitimement présenté comme l’un des favoris, a par exemple fait une performance en dessous de ce à quoi il nous avait habitué.

« Considérant l’entraînement de cet été, je suis quand même content, a-t-il confié à Distances+ au fil d’arrivée, en 8e position, après 16 h 28 de course. Je suis parti sur mes temps de 2018 [où il avait gagné en 13 h 47], mais clairement je ne vaux pas ça cet été. »

Depuis juin, l’ingénieur travaille 14 jours d’affilée, à raison de 12 heures par jour, sur un chantier dans le Grand Nord, où il ne peut pas faire de longues sorties. Il revient sept jours sur 35 à la maison. « Je ne me suis pas entraîné comme les autres étés. Je suis parti bien trop vite, a-t-il commenté. J’ai commencé à avoir les ischios vraiment lourds. Mais je suis quand même content, parce que j’ai persévéré. »


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Le champion de l’an dernier, Guillaume Barry, était l’autre homme attendu avant l’épreuve. Il est arrivé à La Malbaie quelques heures avant le départ de la course après avoir passé la journée en cuisine dans son restaurant de Québec. En forme, rien ne s’est pourtant passé comme prévu. Des pépins au niveau de l’estomac l’ont ralenti, en plus d’un détour de trois kilomètres après s’être perdu sur le parcours. Ébranlé, il a pris la décision de poursuivre malgré tout, mais lentement. il a passé l’arche d’arrivée en 21e position, soit presque cinq heures de plus que l’an dernier pour terminer l’épreuve du circuit de l’Ultra-Trail World Tour.

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David Savard-Gagnon, gagnant du 125 km de l’Ultra-Trail Harricana 2020 – Photo : Vincent Champagne

La combinaison de ces facteurs, entre autres, a permis au très en forme et très rapide David Savard-Gagnon, résident de Baie-Saint-Paul, de s’affirmer et d’aller enfin chercher la première position de cette course qui se joue dans sa région, en 13 h 58 m 57 s.

L’ex champion du marathon de Montréal (2013) en était à sa quatrième tentative sur le parcours. S’il avait fait une 3e place en 2018, il avait dû abandonner en 2017 et 2019. L’UTHC était l’un de ses grands objectifs. Sa plus grande victoire en trail.

« Aujourd’hui, tout a été parfait, je ne pensais pas que ça se passerait aussi bien », a-t-il dit au fil d’arrivée, heureux, après avoir enlacé ses enfants. « Mes enfants, ça m’a motivé. Avoir des enfants, ça te donne plus de courage », laissant savoir que son fils avait répété toute la semaine que papa allait gagner.

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David Savard-Gagnon enlace son fils à l’arrivée – Photo : Vincent Champagne

Parti avec le groupe de tête, il a pris la première position dès le départ de la course, talonné de près par Elliot Cardin, qui a pris la deuxième position au final (14 h 14 m 15 s). « Les ˝single tracks˝ étaient très boueuses, a souligné David. Toutes les ˝single tracks˝, c’est très difficile pour moi, je n’en fais pas assez, parce que je fais surtout de la route. C’est quand ça redevient roulant que c’est bon pour moi ». Et c’est ce qui lui a permis de garder Elliot à distance, et d’enfoncer le clou sur la toute fin de parcours, dépourvue, de son point de vue, de difficultés techniques majeures.

« Harricana, ce n’est pas une course dans ma spécialité, mais c’est tellement un bel événement », s’est enthousiasmé David Savard-Gagnon, qui s’est quand même bien entraîné sur les sentiers de Charlevoix cet été. Il a notamment fait quatre fois le parcours du 28 km dans le cadre du « Loup solitaire Harricana », ou encore le Défi des 5 sommets de Charlevoix.

Le podium des hommes a été complété par le Français Benoit Gaillard (15 h 26 m 25 s), qui est arrivé au Québec en début d’année et que l’on découvre. Il s’est dit surpris par cette performance « inattendue », estimant humblement qu’elle était le résultat des défaillances successives des élites. « Ils ont quasiment tous eu des difficultés, a-t-il ajouté. J’ai croisé Jeff (Cauchon), Mike (Néron) et Guillaume (Barry) sur la course alors qu’ils avaient des soucis, c’est toujours malheureux quand ça se produit. »

Une autre des grandes vérités de l’ultra-trail, c’est que toutes les lumières doivent être au vert pour que les astres s’alignent et que la compétition débouche sur un résultat. Parlez-en à Alicia Woodside, arrivée la veille de Colombie-Britannique, et qui n’a eu le temps de se reposer. Alors que, sur papier, cette championne de compétitions dans l’ouest du continent aurait pu arriver première, elle a abandonné à 20 km de la fin, parce qu’elle était incapable de s’alimenter depuis plusieurs heures et n’avait plus d’énergie.

La surprise est donc venue de la part de Catherine Lemire, une jeune coureuse qui est une habituée des top 10 et qui nous rappelle que nous avons des athlètes incroyables, mais dont on ne parle pas souvent. Elle a pris la première marche du podium après 20 h 10 m de course, avec deux heures d’avance sur sa poursuivante, l’entraîneure Renée Hamel (22 h 12 m). Le podium est complété par Sylvie Ménard (23 h 30 m). Rappelons toutefois que l’an dernier, la Zimbabwéenne Emily Hawgood avait remporté l’épreuve en un peu plus de deux heures de moins que la gagnante 2020 (17 h 53).

Dix femmes ont complété l’épreuve de 125 km, sur les 18 qui avaient pris le départ.

L’attrait de l’ultra-trail sur les triathlètes

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Antoine Jolicoeur-Desroches, champion du 80 km – Photo : Vincent Champagne

Une des belles surprises de cette édition toute particulière de l’UTHC est la présence de plusieurs athlètes élites venus du triathlon. Puisqu’aucune compétition de cette discipline n’est à l’agenda cette année, toutes annulées en raison de la pandémie, certains se sont rabattus sur le trail pour se mettre au défi.

C’est Antoine Jolicoeur-Desroches, un des meilleurs triathlètes canadiens, qui a pris, à la surprise générale, le dessus sur le 80 km (7 h 6 m 40 s), alors qu’il participait à sa toute première compétition d’ultra-trail à vie. « La course à pied, c’est ma faiblesse en triathlon, alors je voulais faire tout un été pour me concentrer sur la course », a-t-il expliqué au fil d’arrivée. Il voulait à l’origine faire le 65 km, mais il s’est buté au manque de dossards, tous vendus, et il a eu le cran de s’inscrire au 80, en prenant la dernière place disponible.

« Tout au long de la course, j’utilisais la même stratégie que pour faire un Ironman, au sujet des ravitaillements, a-t-il confié. Je voulais partir conservateur, mais je voulais en même temps faire un bon temps. À la fin, j’essayais juste de survivre. »

Jolicoeur-Desroches n’exclut pas de participer, « peut-être », l’an prochain, au 125 km, mais il aimerait déjà retourner sur les sentiers à l’automne, probablement au Bromont Ultra en octobre, a-t-il laissé entendre.

Derrière lui, 15 minutes plus tard, c’est le coureur Johan Trimaille qui a terminé second (7 h 21 m 01 s). Rencontré sur le site après la course, l’athlète de Québec, qui a remporté cet hiver l’Ultra-Traces de Guadeloupe ex aequo avec le Montréalais Pierre-Michel Arcand, était un peu déçu du résultat, lui qui partait dans l’idée de gagner l’épreuve. Il a reconnu avoir peut-être été un peu trop confiant au départ. Il a d’ailleurs laissé partir Antoine Jolicoeur-Desroches, ne sachant pas à qui il avait affaire, mais il n’est jamais parvenu à le rattraper, ce qui a affecté son moral en fin de course.

C’est le Belge François Simon qui a pris la 3e place, devant trois athlètes québécois qui jouaient le podium, Matthieu Pelletier, Éric Lévesque et Olivier Gagnon.

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Claudine Soucis – Photo : Vincent Champagne

Sans réelle surprise, c’est la franco-ontarienne Claudine Soucie qui l’a emporté chez les femmes avec un temps de 8 h 02 m 21 s. Celle qui a remporté la Mascareignes (66 km ) lors du Grand Raid de La Réunion en octobre dernier, était toute seule de son niveau sur l’épreuve. Elle a même terminé 7e au classement général.

Sur sa plus longue distance à vie, elle a fait le pari de partir vite – «  c’est ma force, vu que je viens de la route », dit-elle -, mais a dû ralentir plus tard. « J’ai eu un ptit crash », a-t-elle avoué.

« Je savais qu’Harricana c’était une bonne place pour essayer un 80, parce qu’il est moins technique et il partage le sentier avec le 65 », qu’elle connaissait pour y avoir fait une 2e position en 2018.

« Cet été, je n’ai pas fait autant de ˝long run˝, mais j’ai fait beaucoup de volume entre la course et le vélo, et je pense que mentalement aussi j’étais excitée de pouvoir courser, vu qu’on n’a pas eu de compétition de tout l’été. »

Bergeron-Larouche indétrônable

Qui s’étonnera de voir encore une fois Sarah Bergeron-Larouche prendre la première marche d’un podium? La chiropraticienne s’est même offert un record de parcours sur le tracé qu’elle avait déjà remporté en 2018, complétant l’épreuve en 6 h 04 m 36 s.

Chez les hommes, le coureur de la Rive-Nord Martin Dagenais, que l’on avait vu poindre sur notre radar l’an dernier avec des victoires sur des courtes distances, s’est imposé (5 h 32 m 52 s), après une bataille dans les sentiers très roulants contre Alexandre Sauvageau, qui a terminé troisième. C’est un autre champion de triathlon et spécialiste de la course sur route, Victor Larocque, sans aucune référence en trail, qui a créé la surprise en arrivant 2e de cette épreuve de 80 km.

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