On accorde trop d’importance au VO2max et on ne devrait pas

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Photo : Michael Scott

Le coureur de sentier ne devrait pas se soucier de son Volume d’Oxygène Maximum (VO2max). Il ne reçoit pas une médaille pour avoir le meilleur VO2max, mais pour avoir franchi la ligne d’arrivée en premier. Pour être rapide, ce qui importe c’est la vitesse pendant l’effort. Et pour s’améliorer, il faut réduire cet effort en devenant plus efficace.

La légitimité du VO2max comme mesure pratique du système cardio-respiratoire est remise en question par de nombreux scientifiques et entraîneurs. Certains, s’opposant à ce paramètre physiologique, croient plutôt que c’est le cerveau qui gère différents paramètres psycho-physiologiques pour prévenir le manque d’oxygène au muscle cardiaque. 

Autrement dit, c’est le cerveau qui régularise le recrutement musculaire et qui limite le flot sanguin à la périphérie, c’est-à-dire aux membres, pour protéger le coeur. Le VO2max serait donc le reflet de cette régulation. 

C’est donc dire que le corps ne serait pas limité par le VO2max, mais plutôt par son régulateur, le cerveau. 

Plusieurs phénomènes supportent cette idée. Comme, par exemple le fait de générer un effort maximal durant un événement d’endurance et de réussir à terminer la course avec un sprint. C’est comme si le cerveau permettait de passer à la vitesse grand V lorsqu’il aperçoit la ligne d’arrivée et qu’il n’y a plus de risque pour le cœur.

Les termes « VO2max » et « endurance » ne sont pas des synonymes

Il faut faire attention à la sémantique. Les termes « VO2max » et « endurance » ne sont pas des synonymes. 

  • Le VO2 max est le débit maximal d’oxygène ou consommation maximale d’oxygène. Il s’exprime en millilitres par minute par kilo (ml/min/kg) pour être comparable d’un sujet à l’autre. La valeur de VO2max ne mesure ni la vitesse ou la puissance, ni l’efficacité de course. Le VO2max est la quantité maximale d’oxygène qu’un sujet peut prélever au niveau pulmonaire, transporter au niveau cardio-vasculaire et consommer au niveau musculaire.
  • L’endurance est l’aptitude à maintenir une intensité faible à modérée sur un effort constant. Plus l’épreuve est longue, plus l’intensité que l’on peut maintenir est basse. Mais cette diminution n’est pas la même chez tous les coureurs. L’intensité diminue rapidement chez les personnes qui ont une endurance faible, alors qu’elle diminue lentement chez celle qui a une endurance élevée. L’endurance est une qualité physique différente et indépendante du VO2max. Il n’y a aucune corrélation entre l’endurance et le VO2max.

Une question de motivation

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Sarah Bergeron-Larouche en compétition – Photo : courtoisie

Par ailleurs, on pointe le fait que le VO2max est obtenu lorsqu’on arrive à un plateau, qui n’est pas un réel plateau, mais plutôt une diminution de l’augmentation du VO2max.  Et dans la majorité des tests de VO2max, le plateau n’est pas atteint. Serait-ce lié au niveau de motivation des athlètes? 

De plus, le fait de connaître la durée du test affecte de façon significative les paramètres physiologiques. C’est-à-dire que les athlètes arrivent à se pousser davantage lorsqu’ils connaissent le temps restant du test.  

Bref, certains athlètes n’arrivent pas à un réel plateau et d’autres obtiennent des valeurs de VO2max différentes dépendamment du protocole et du niveau de motivation personnelle. 

Pour toutes ces raisons, l’utilisation du test de VO2max comme mesure maximale du système cardio-respiratoire est remise en question. 

Le VO2max ne s’entraîne pas tant que ça

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Sarah Bergeron-Larouche a remporté de nombreuses courses, dont le Trail de la Clinique du Coureur – Photo : La Clinique du Coureur

Le concept du VO2max est relativement nouveau et beaucoup d’études récentes mettent l’accent sur ce paramètre. Ainsi, son niveau importance a escaladé dans le domaine de la science de l’exercice. Si bien qu’aujourd’hui, c’est comme si les principes de l’entraînement sont bâtis à partir du VO2max. 

Certains croient que les entraînements à intensité VO2max sont les meilleurs pour améliorer les performances d’endurance. Pourtant, on sait pertinemment que le VO2max ne s’améliore pas chez les individus bien entraînés. 

En effet, plusieurs études ont montré que le VO2max ne change pas chez les athlètes, même si l’on remarque une amélioration de la performance. Par exemple, une étude faite sur des coureurs élites (33) a suivi les changements de VO2max sur trois ans et a montré une amélioration de la performance sans changement de VO2max (Legaz Arrese et al., 2005). 

Par ailleurs, une étude sur l’ancienne détentrice du record du monde sur marathon Paula Radcliffe a révélé que son VO2max est demeuré stable de 1993 à 2003 avec une augmentation de sa charge d’entraînement et de ses performances (Jones 2006). 

Améliorer les habiletés plutôt que le VO2max

La beauté du corps humain c’est qu’il est plus complexe qu’une simple mesure. Il est certainement opportun de s’entraîner à VO2max en faisant des intervalles sur le plat ou dans des montées. En s’entraînant à cet effort, on tend à augmenter son économie de course. 

Parallèlement, on remarque une amélioration de la vitesse et/ou de la puissance. Mais, ce n’est pas le VO2max qu’on essaie d’augmenter en faisant des intervalles, ce sont les habilités et les capacités à cet effort pour devenir plus rapide.  

Connaître son chiffre de VO2max n’aide pas à passer à travers une épreuve de trail. Pour devenir un meilleur coureur, il faut apprendre à se connaître à plusieurs vitesses et sur plusieurs terrains. Pour arriver prêt le jour de compétition, il faut avoir expérimenté un effort similaire à l’entraînement et les intervalles servent à apprendre à calibrer son effort. 

Le meilleur truc qu’un entraîneur puisse donner à son athlète est la pratique elle-même. Parce qu’après tout, on entraîne aussi le cerveau. C’est lui qui gère toutes les données.


Sarah est chiropraticienne, athlète de course en sentier et entraîneure avec Unis pour le Sport. En plus d’être membre du conseil chiropratique des sciences et du sport du Québec, elle poursuit ses études de deuxième cycle en chiropratique sportive. On peut la suivre en visitant son site web.

À lire aussi :


Bibliographie

  • Jones AM (2006). The physiology of the world record holder for the women’s marathon. Int J Sports Sci Coaching 1,101–116.
  • Legaz Arrese, A., Serrano Ostáriz, E., Jcasajús Mallén, J. A., & Munguía Izquierdo, D. (2005). The changes in running performance and maximal oxygen uptake after long-term training in elite athletes. J Sports Med Phys Fitness, 45(4), 435–40.

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