Stéphane Ricard réalise un temps de référence sur le GR du Vieux Chaillol

GR du Vieux Chaillol
Stéphane Ricard a réalisé le temps de référence du GR du Vieux Chaillol - Photo : courtoisie

C’est une idée qui trottait depuis un certain temps dans la tête du traileur Stéphane Ricard : parcourir d’une traite le sentier de grande randonnée (GR) du Vieux Chaillol, dans le parc national des Écrins, dans les Alpes. Le coureur de 37 ans, qui vit à Gap, a parcouru la boucle des 96 km et les 4400 m de dénivelé le week-end dernier, avec l’objectif de réaliser « un temps de référence » et non pas un record, mais surtout de partager ce moment avec des amis pour en apprendre plus sur la longue distance.

Le moment était propice, selon ce sociétaire du club Gap Hautes Alpes Athlétisme, pour se lancer dans ce défi, pour lequel aucune marque de temps officielle n’avait été établie jusqu’à présent. En raison de l’annulation des compétitions pour cause de pandémie, cette course en « off » a été l’occasion d’un partage avec ses amis, pour la plupart des athlètes qu’il entraîne. Ses protégés se sont transformés en meneur d’allure, certains n’effectuant qu’une partie du parcours et d’autres la totalité.

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Stéphane Ricard est un spécialiste des trails plutôt courts, entre 30 et 60 km. Vainqueur de la Trans’Écrins (57 km, 3300 m D+) la saison dernière, il a aussi, notamment, terminé deux fois 2e du Marathon des Causses (37,50 km, 1630 m D+) lors du Festival des Templiers, en 2012 et 2016. Celui qui exerce en tant que professeur des écoles a également remporté le Trail Ubaye (42 km, 2560 m D+) en 2012 et en 2013, la Trans’Baume (62,30 km, 3240 m D+) en 2018 et décroché une belle 18e place sur le Marathon du Mont-Blanc (42,50 km, 2780 m D+) en 2017.

À présent, il entame une transition vers des courses plus longues comme le montre sa participation à la CCC (98,40 km, 6150m D+) lors de l’Ultra-Trail du Mont-Blanc, l’année dernière. Ce défi représentait seulement sa deuxième tentative sur 100 km.

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Manque d’expérience sur le long

Stéphane Ricard s’est élancé samedi à 6 h du matin sur la première partie de la boucle, qui est plutôt roulante. Il a avalé cette section de 45 km et 1300 m D+ au rythme de 12 km/hr, ou 5 min du km. Stéphane, qui a déjà fait 31 min 5 s sur 10 km de route, a admis après la course que c’était une erreur d’aller aussi vite.

« Au début, tu as l’impression que ça va. Le problème, c’est que derrière, il reste 60 bornes. Tant que tu ne le vis pas, tu ne t’en rends pas compte. Il faut beaucoup mieux gérer ça, mais c’est l’expérience qui rentre. »

Cette première partie a fait mal à Kévin Raymond, qui l’a accompagné du début à la fin, l’obligeant à ralentir sur la fin de ce passage roulant. « J’ai eu un coup de moins bien entre le 35e et le 45e, où je les ai laissé partir. Je me suis accroché et je les ai récupéré un peu plus loin à un ravitaillement », dit le coureur de La Ciotat.

Entre amis 

La deuxième partie de l’aventure était plus exigeante avec 3100 m de dénivelé, répartis sur 51 km. Plus nombreux à courir sur ce tronçon, le défi est devenu un peu plus une aventure et un moment de partage entre amis. 

« La compétition, c’est vraiment individualisée et plus centrée sur l’égo, alors que là on partage des souvenirs, on prend des photos, on partage tous la même aventure. D’un côté c’est mieux, on en garde des meilleurs souvenirs », analyse Elias Kadi, vainqueur de l’Edelweiss (61,40 km, 3110 m D+) sur la Gapen’cimes 2019, qui était aussi de l’aventure.

Les coureurs ont pu profiter de beaux paysages lors d’un ravitaillement au sommet du col de Vallonpierre, le point culminant du GR, à 2607 m. Kévin retient surtout la beauté de la nature. « Il n’y avait rien ni personne, juste le silence et deux ou trois cris de marmottes, c’est ressourçant. » Cette pause était aussi le moment de prendre un ravitaillement sans « être trop regardant sur ce qu’on mange. C’était des ravitos plaisir, plutôt qu’utile » poursuit-il.

« Comme des enfants dans un parc à jouet »

La fin de parcours s’est avérée plus compliquée pour Stéphane qui a ressenti « une douleur dans la jambe gauche au niveau du péroné. » Un problème dû à une mauvaise posture, selon lui. « C’est quelque chose qu’on ne connaît pas quand on vient du court. C’est fou parce qu’on se dit : ˝ce n’est pas possible! Comment je peux avoir mal là alors que je ne vais pas très vite?˝ Mais le nombre de répétitions est tellement important au bout d’un moment, et la foulée est tellement linéaire, que forcément il y a des douleurs qui arrivent. Je trouve ça terrible », affirme-t-il à Distances+.

La tâche n’a pas été facilitée par le terrain, puisque les athlètes ont dû passer des névés à plusieurs reprises. Ils ont même effectué une partie de la descente du col du Viallet à coup de « glissades sur les fesses, sur les genoux et sur les dents, lâche Kévin en rigolant. On s’est amusé comme des enfants dans un parc à jouet. »

La pandémie, et le confinement exigé des citoyens, a eu des impacts sur le GR, puisque ses sentiers ont été laissés à l’abandon pendant quelques semaines. La végétation a repris ses droits. Sur la fin, « on s’est fait fouetter par des orties et des ronces. Il fallait limite la machette pour pouvoir progresser », s’en amuse Kévin.

Une expérience pour la suite

Névés
Certaines ascensions ont été rendues difficiles par des névés – Photo : courtoisie

Au final, Stéphane Ricard et ses amis ont complété la boucle en 10 h 23 m 15 s. C’est une performance qu’il dit « largement améliorable » par un coureur qui serait plus expérimenté. Il estime pouvoir effectuer ce même parcours avec 45 minutes de moins une fois l’expérience acquise.

Il a notamment pu se rendre compte de l’importance des ravitaillements. « Il n’y a rien qui était cadré. Je mangeais un peu au hasard, mais ça ne marche pas, tu ne manges pas assez, admet-il. Si je veux faire du long, il faut vraiment progresser, sinon au bout de quelques heures tu mets le clignotant. »

« On n’a pas trop besoin des compétitions »

« Je me rends compte que le long, c’est vraiment pas mal, lance Stéphane. On apprend beaucoup sur soi. C’est une bataille contre soi-même. Voir autant de paysage en si peu de temps, c’est vraiment intéressant. Mais je pense qu’il faut en faire beaucoup, avoir une vraie expérience et vraiment se connaître. Il faut gérer au mieux les ravitaillements et avoir un plan de match », dit-il.

Stéphane espère aussi inspirer d’autres personnes. « Il faut donner envie aux gens de faire des défis comme ça. Je trouve qu’on n’a pas trop besoin des compétitions. Je suis beaucoup sur la création de projet. Je trouve que ça fait avancer la société, qui est de plus en plus individualiste. Ces défis permettent de faire l’inverse, avec des moments de partage », philosophe-t-il.

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