Guillaume Barry a compris pourquoi il court pendant la pandémie

Guillaume Barry
Guillaume Barry - Photo : courtoisie
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La pandémie a chamboulé nos vies. Les athlètes ont dû s’adapter à l’annulation ou au report de la plupart des compétitions de trail dans le monde. Ils ont dû réviser leurs objectifs et adapter leur entraînement. En ce début d’année 2021, Distances+ a demandé à plusieurs coureurs inspirants de raconter comment ils vivent cette période inédite.

Dix ans après son premier marathon, à Paris, et son départ de France en famille pour la Belle Province, Guillaume Barry a débarqué en fanfare dans les compétitions de trail à l’été 2018 sur les sentiers du Québec, avec un podium au 50 km du Trans Vallée (3e). Sans grande préparation de son propre aveu. Il a remporté dans la foulée les trois courses auxquelles il a participé l’année suivante, dont le 80 km du Québec Méga Trail et le 125 km de l’Ultra-Trail Harricana du Canada.

Ambassadeur de La Clinique du Coureur, Guillaume est devenu un adepte de la course à pied comme mode de transport. Il est aussi l’un des membres éminents des C.U.T.E* – les « Coureurs utilitaires transpirant l’espresso » – de la ville de Québec, un groupe qui lui correspond bien puisque les sorties sont organisées, pour celles et ceux qui le peuvent, la veille pour le lendemain matin très tôt, se déroulent à bonne allure, mais sans que ce soit un entraînement structuré comme dans un club, dans un esprit bon enfant. Guillaume Barry aime se pousser, mais sans trop se prendre au sérieux et ces séances soutenues mais joviales, qui se terminent conceptuellement par un bon café expresso, lui conviennent bien et s’adaptent parfaitement à sa vie rythmée de chef d’entreprise.

Ce chef cuisinier pyrénéen, qui a fondé la compagnie Un chef à Québec en 2011 pour proposer des services de cuisine personnalisés haut de gamme, à domicile ou en entreprise, et qui a développé au cours des dernières années ses activités comme traiteur événementiel, a subi de plein fouet les conséquences de la pandémie. Mais, comme il l’explique en détail dans cette interview à Distances+, il a su s’adapter positivement à la situation, en conciliant sa vie de famille, sa vie d’entrepreneur et sa vie de sportif de haut niveau.

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Guillaume Barry a remporté l’Ultra-Trail Harricana du Canada 2019 – Photo : Sébastien Durocher / UTHC

Distances+ : Avec du recul, comment as-tu vécu ton année 2020?

Guillaume Barry : J’essaie toujours d’appréhender la vie de façon positive. Il y a eu des déceptions, comme l’annulation du marathon d’Ottawa prévu entre potes, l’annulation de l’ultra-trail Val d’Aran by UTMB dans les Pyrénées en Espagne en solo et Capes 100 prévu en famille en Nouvelle-Écosse, mais je me suis créé des défis personnels pour remplacer les compétitions. J’ai notamment fait le tour de la ville de Québec, un 115 km pour 2500 m de D+. J’ai tracé moi-même le parcours en tentant d’éviter le plus possible l’asphalte, avec deux points de ravitaillement organisés par ma conjointe. J’ai terminé les 15 derniers kilomètres avec des amis coureurs.

J’ai également réalisé un défi de dénivelé en arrière de notre chalet entre minuit et 9 h du matin. J’ai monté plus de 4000 m, mais pour la petite histoire, j’avais prévu de passer 12 heures de montagne et en voyant ma famille se prélasser et les croissants sur la table j’ai décidé de raccourcir le projet! C’est aussi un des avantages des défis perso : ils sont modifiables.

Mon dernier défi a été de me lancer dans un marathon solo juste avant la neige dont je suis assez fier pour avoir battu mon précédent temps de plus de 6 minutes en courant en 2 h 44 au bord de la rivière Saint-Charles.

C’était une façon très constructive de mieux comprendre pourquoi je cours. Se retrouver seul dans les moments difficiles, sans d’autres coureurs, nous pousse à répondre à cette fameuse question : qu’est-ce que je fais là?

La pandémie m’a permis de travailler, dans mon travail ou à l’entraînement, sur des choses auxquelles je n’avais pas de temps à consacrer avant. En ce qui concerne mon métier de chef de cuisine à l’Espace Artevino, mon entreprise de service de traiteur événementiel, ça a été de développer des repas adaptés aux particuliers et proposer une offre que je désirai créer depuis un bon moment. Pour la course à pied, cela a été de travailler sur mes points faibles et il y en a pas mal :

– La vitesse, le fractionné court notamment, comme les fameux 10 x 400 m, que je détestais. Maintenant ça va mieux!- Les descentes, pour deux choses : la peur de me blesser et mes fibres musculaires qui me semblent très fragiles.

– Le renforcement musculaire avec des exercices précis, ce que je ne faisais absolument pas auparavant.

– Dormir plus, avec le confinement et mes horaires beaucoup plus légers, j’arrive facilement à augmenter mon temps de repos, je dors quasiment 8 heures par nuit, et j’en ressens les bienfaits sur mes entraînements et ma récupération.

Travailler ces points faibles me procure une grande satisfaction personnelle, car cela développe ma motivation profonde et cela me fait sortir de ma zone de confort. Et quel plaisir après chaque dépassement! C’est développer son présent pour construire son avenir.

Avec le recul, donc, je prends cette année 2020 comme une façon de me recentrer sur ce que je veux, mes convictions et mes envies. Je suis assez heureux de cette année. Pour la première fois de ma vie, je me fais aider par un ami qui me guide et je trouve ça extrêmement formateur et motivant.

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Mal en point sur l’Ultra-Trail Harricana 2020, Guillaume Barry n’a pas voulu abandonné. Il a attendu un ami pour finir avec lui – Photo : Richard McDonald / UTHC

Quels enseignements as-tu tirés de cette période insolite?

C’est une période remplie de doutes, de choix imposés et de revirement de situation. C’est difficile à accepter, un peu comme peut l’être une blessure. Il faut prendre du recul et réussir à se trouver des objectifs, des projets. Cette année 2020 m’a permis de mieux me connaître et d’en apprendre un peu plus sur mes aspirations.

La seule compétition que j’ai eu la chance de faire, le 125 km de l’Ultra-Trail Harricana en septembre [où il défendait son titre de 2019, NDLR], je l’ai ratée. Mes attentes trop élevées m’ont perturbé et malgré le fait que j’étais plus fort physiquement par rapport à l’année précédente, le moindre petit grain de sable, comme un malheureux détour, a enrayé mon mécanisme et m’a mis à terre. Au sens propre comme au sens figuré, d’ailleurs puisque je suis resté 2 h 30 à un ravito! Je retire de cette expérience que le physique est important, mais que la motivation et le plaisir doit rester le principal moteur pour avancer et se dépasser.

Cette période délicate m’a fait réaliser également que l’on peut trouver d’autres motivations hormis les courses et les compétitions standards.

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Guillaume Barry est l’un des membres actifs des C.U.T.E
(Coureurs utilitaires transpirant l’espresso) de Québec – Photo : C.U.T.E

Qu’est-ce que la pandémie et ses conséquences ont eu comme impact sur ta « carrière » de coureur de haut niveau? Quelle est ta vision d’avenir à court ou long terme sur ta vie sportive?

« Ma carrière de haut niveau », je ne dirais pas ça… Je vois la course comme un plaisir avant tout. Tant que j’y trouve du plaisir, je continuerai d’essayer de progresser et de me dépasser.

Après, j’ai un côté compétitif, c’est vrai. Les compétitions viennent assouvir ce besoin de me dépasser. Mais si l’avenir ne me le permet pas, je ne m’inquiète pas sur mes capacités à trouver d’autres défis et d’autres projets personnels.

J’essaie, pendant mes moments de doutes, de relativiser et de patienter. S’en suivent généralement des idées de projets et des défis qui me font rebondir et avancer, un peu comme les hauts et les bas dans un ultra.

Je n’ai pas d’attentes. Pour l’avenir, « ma vie sportive » s’adaptera et qu’elle soit de haut ou de bas niveau, tant que le plaisir et la satisfaction seront là, je serai le plus heureux.

Guillaume Barry et Emily Hawgood
Les vainqueurs du 125 km de l’Ultra-Trail Harricana du Canada 2019, Guillaume Barry et Emily Hawgood – Photo : Nicolas Fréret

Comment appréhendes-tu cette saison 2021? À quoi, au moment où l’on se parle, devrait-elle ressembler?

Je me suis réinscrit au Val d’Aran pour le 9 juillet 2021, je suis en réflexion pour le Capes 100 en Nouvelle-Écosse et les 10 ans de l’UTHC, ça ne serait pas mal non plus! On croise les doigts pour que les événements puissent avoir lieu!

Si les choses changent, je me tournerai peut-être sur des défis inconnus, peut-être du fastpacking et des projets différents par rapport à l’année dernière qui me feront vibrer.

Je pars sans appréhension, je me fixe des projets, je sais qu’ils ne seront peut-être pas les mêmes, mais il y aura des défis, c’est sûr! Voilà ce qui me motive à chaque entraînement.

Quel message souhaites-tu faire passer à la communauté de traileurs et aux sportifs en règle générale en cette période difficile?

Ne vous fixez pas des rêves, mais des projets. Les rêves sont inaccessibles, pas les projets. Et les projets peuvent être fous.

Laissez-vous l’option de les moduler, soyez patient et mettez-vous des étapes si vous pensez que c’est nécessaire. Sans projet, on n’avance pas et on ne s’épanouit pas. Une seule chose importante, c’est d’y trouver du plaisir et de la fierté personnelle sinon aucun intérêt!

On n’a qu’une vie…

*Le groupe des C.U.T.E avait été fondé par des papas coureurs qui avaient de la difficulté à s’entraîner le soir en raison de la routine des enfants. Ils ont commencé à se rejoindre très tôt le matin à divers endroits sur l’île de Montréal pour courir quelques kilomètres ensemble. Systématiquement, la sortie se terminait par un espresso avant que chacun prenne la direction du travail.

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