Anne-Lise Rousset-Séguret : « mon prochain objectif, c’est de retrouver la liberté de courir en montagne »

Elle est la meilleure performeuse française au classement ITRA sur les trails de catégorie L - Photo : Cyrille Quintard
Elle est la meilleure performeuse française au classement ITRA sur les trails de catégorie L - Photo : Cyrille Quintard
L’attribut alt de cette image est vide, son nom de fichier est D_LeConfinementRaconteParLesTraileursElites-_728x90_v1.jpg.


Écrit avec la collaboration de Yohan Malliard

Le confinement obligatoire instauré en France pour endiguer le coronavirus ainsi que l’annulation ou le report de toutes les compétitions, a mis la saison de tous les athlètes européens sur pause. Comment ont-ils vécu cette période complètement inédite? Distances+ a posé la question à plusieurs des meilleurs traileurs français. Ces entrevues ont été réalisées en avril.

C’est au tour d’Anne-Lise Rousset-Séguret, qui compétitionne depuis près de 8 ans sur le circuit mondial du trail et de la course en montagne, de nous raconter son confinement.

Anne-Lise Rousset-Séguret a récemment intégré l'équipe Scott
Anne-Lise Rousset-Séguret a récemment intégré l’équipe Scott – Photo : Cyrille Quintard

À 32 ans, Anne-Lise possède un palmarès long comme le bras. Elle s’est notamment imposée sur la CCC (101 km, 6100 m D+) de l’Ultra-Trail du Mont-Blanc en 2014, sur le Grand Parcours (67 km, 5360 m D+) du High Trail Vanoise en 2016, sur le Marathon des Causses (36 km, 1640 m D+) du Festival des Templiers en 2017, ou encore lors de la Skyrace (21,70 km, 1520 m D+) du MT Awa Race, au Japon, en décembre dernier.

Elle fait aussi la collection des places d’honneurs sur les plus grandes courses, notamment à la Transvulcania, où elle a terminé 2e à trois reprises (2016, 2017, 2019). Elle a également fini 4e de la CCC (101 km, 6100 m D+) et du Marathon du Mont-Blanc (42 km, 2780 m D+) en 2018.

L’athlète de l’équipe Scott réalise également quelques sorties sur la route avec de belles références. Lors du championnat de France de semi-marathon à Bourg-en-Bresse, elle a réalisé un chrono de 1 h 15 min et 50 s, lui permettant d’aller chercher la médaille de bronze.

facebook distances+

Distances+ : Parle-nous de l’impact que le confinement a eu sur ta motivation.

Anne-Lise Rousset-Séguret : Je suis passée par tous les états. Nous nous attendions à un confinement mi-mars vu les décisions prises par nos voisins italiens et espagnols. Au début, c’était une situation tellement inédite, inconnue, qu’une certaine « découverte » du confinement s’est mise en place. Mon coach de mari (Adrien Séguret) est très imaginatif et il a adapté mon entraînement en fonction.

Mon premier objectif, le MIUT (Ultra-Trail de l’île de Madère) a été rapidement annulé, mais j’ai gardé l’espoir du maintien du 90 km du Marathon du Mont-Blanc (NDLR : annulé finalement) et ça m’a motivée. J’ai continué à m’entraîner presque normalement.

Nous étions tenus de rester dans un rayon de 1 km autour de notre domicile, alors je me suis adaptée et j’ai continué avec envie. Des chaises, des élastiques, des pneus, des bâtons, des plots… tous ces accessoires ont agrémenté mes entraînements de PPG. J’ai continué à faire du fractionné en côte et sur le plat à côté de la maison et des sorties de footing autour de chez moi. Je suis parti explorer les moindres recoins de sentiers et de routes qui nous entourent. J’ai aussi découvert ZWIFT et les joies du home trainer virtuel.

Mais le temps est passé plus lentement que d’habitude. Les annulations de courses se sont succédé et mon moral a sombré rapidement, à partir de la troisième semaine. Je n’avais plus d’objectifs, il était impossible de gambader dans nos belles montagnes qui nous narguaient tout juste sous nos yeux, le confinement a été prolongé. Ma motivation a plongé drastiquement.

Mais mon coach est plein d’imagination pour trouver de nouveaux entraînements et puis ce besoin de courir, de me dépenser, de dépenser cette énergie quotidienne, m’a finalement redonné de l’entrain. C’est bien dans ces situations délicates, inconnues, que nous nous rendons compte à quel point c’est par plaisir, par passion de courir tout simplement, que nous faisons ce sport. Du coup, j’ai continué, j’ai couru tous les jours, j’ai roulé dans mon salon, j’ai sauté sur mes pneus et tracté mes élastiques, en prenant du plaisir!

Aujourd’hui, nous apercevons le bout du tunnel (NDLR : l’entrevue a eu lieu avant le déconfinement de ce lundi 11 mai). J’ai retrouvé une vraie envie et une grande motivation pour poursuivre mon entraînement avec comme ligne de mire une sortie longue en montagne le 11 mai! Je pense que je vais y rester 6 h. Mais qu’est-ce qu’elle sera belle!

NDLR : Anne-Lise a finalement fait une sortie de 20 km et 1000 m D+ sur le Semnoz ce lundi, « sous l’orage et la pluie », puis 26 km et 1700 m D+ mardi sur le Parmelan, « avec un soleil radieux au sommet et une magnifique vue sur le Mont-Blanc et les Aravis. Le tout, autour d’Annecy, où j’habite. À cause de la météo et du travail (elle est vétérinaire), je n’ai pu faire encore une journée complète en montagne. J’attends ce week-end avec impatience », a-t-elle confié à Distances+ ce mercredi.

Anne-Lise Rousset-Séguret a remporté son seul trail de 2020 - Photo Cyrille Quintard
Anne-Lise Rousset-Séguret a remporté son seul trail de 2020, le Bélier Blanc – Photo Cyrille Quintard

As-tu fait une croix sur ta saison? Sur quoi te concentres-tu désormais?

J’avais trois gros objectifs cette année : le MIUT à Madère fin avril, le 90 km du Marathon du Mont-Blanc et la TDS. Pour l’instant, seule la TDS n’est pas officiellement annulée, mais l’incertitude persiste. Nous ne savons vraiment pas quelles seront les modalités de reprise des compétitions après le confinement, surtout sur des courses internationales. Nous attendons les décisions des organisateurs. Je ne peux pas vraiment me focaliser sur un objectif précis, tout est flou aujourd’hui.

Mais peu importe finalement. En fait, je m’en doutais déjà, mais je cours avant tout parce que j’aime courir. Mon prochain objectif, c’est déjà de retrouver la liberté de courir en montagne. La compétition viendra en second temps.

Quel enseignement tires-tu de ce que nous sommes en train de vivre?

Notre liberté est si précieuse. Cette situation est, je pense, très difficile à vivre parce qu’elle nous prive d’un droit primaire, notre liberté. Liberté de se déplacer, de profiter de nos proches. La distanciation sociale et l’isolement sont vraiment difficiles à vivre. Mais, il faut garder espoir en toute circonstance.

Et plus personnellement, une chose est sûre, j’aime courir tout simplement, peu importent les obstacles rencontrés.

Quel message souhaites-tu faire passer à la communauté de traileurs et aux sportifs en règle générale en cette période difficile?

Gardez le moral! C’est une période éphémère. Il faut penser à l’après et garder la motivation est essentiel. En pratique, il est vraiment très important de varier nos entraînements, les rendre ludiques, originaux, créatifs. Prendre du plaisir en toutes circonstances.

L'athlète de l'ASPTT Annecy fait partie du top 5 français au classement ITRA - Photo : Cyrille Quintard
L’athlète de l’ASPTT Annecy fait partie du top 5 français au classement ITRA – Photo : Cyrille Quintard

À lire aussi :

Distances+ inspire ses lecteurs à mettre le sport dans leur vie, afin qu’ils connaissent une amélioration de leur santé globale, physique et mentale. Notre magazine oeuvre à une société plus saine. Vous pouvez faire une différence pour nous permettre de poursuivre notre mission en devenant un contributeur régulier. Nos articles ne sont pas gratuits : un journaliste a travaillé pour l’écrire. L’information n’est pas produite par magie : nous avons besoin de votre appui pour continuer. Vous lisez Distances+ ? Merci!