Tout sur l’utilisation pertinente et ciblée des orthèses

La chronique du Doc Benoit

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Photo : courtoisie

La popularité des orthèses plantaires est grandissante. Elles sont prescrites par plusieurs professionnels dont le niveau de formation varie grandement. Cela va du podologue (diplôme en soins de pieds de 180 heures), à l’orthésiste (formation professionnelle collégiale), et jusqu’au podiatre (formation universitaire de doctorat de premier cycle en médecine podiatrique).

Les coûts associés à leur prescription  sont également très variables. Ils vont d’une dizaine de dollars pour une orthèse préfabriquée vendue en pharmacie, mais peuvent atteindre plusieurs centaines de dollars pour orthèse souple moulée par un professionnel.

Le port d’orthèses plantaires est-il vraiment utile pour traiter les blessures des coureurs? Est-ce qu’une orthèse plantaire peut vraiment prévenir une blessure chez le coureur dont l’alignement des hanches, des genoux ou des arches plantaires dévie de la norme? Avant de passer à la caisse, révisons un peu le sujet.

À chacun sa biomécanique

La faible quantité et qualité des études disponibles sur le sujet ne nous permet malheureusement pas de répondre de façon unilatérale et convaincante à toutes ces questions.

Il semble toutefois faire consensus que certaines blessures comme des métatarsalgies, des tendinopathies d’Achille ou des fractures de stress peuvent bénéficier d’une modification de chaussure afin de réduire la quantité de stress induite sur la région blessée.

Il est intéressant de noter que la littérature scientifique ne fait ressortir aucune différence d’efficacité entre les résultats obtenus par des orthèses préfabriquées achetées en pharmacie et celles moulées par des professionnels.

D’une façon ou d’un autre, est-il souhaitable de poursuivre avec les orthèses une fois la pathologie résolue? Est-ce que le port d’orthèses plantaires peut vraiment avoir une visée préventive?

Premier constat, en réadaptation, la tendance a longtemps été de corriger les « défauts d’alignement ». Si les genoux pointent vers l’intérieur ou si l’arche plantaire est affaissée, il est de mise de redresser le tout pour prévenir d’éventuelles blessures. La réalité est tout autre. Nous savons aujourd’hui qu’il y a peu de corrélations entre les fasciites plantaires et l’affaissement de l’arche plantaire ou encore entre les « genoux valgum » qui pointent vers l’intérieur et les syndromes fémoro-patellaires.

D’ailleurs, un nombre important d’athlètes élites présentent des « défauts posturaux » significatifs qui ne semblent aucunement affecter leurs performances ou leur incidence de blessures. L’industrie a simplement choisi à tort un standard de normalité sur lequel tout le monde devrait se calquer. De plus, les études n’ont pas à ce jour su démontrer clairement l’impact réel qu’ont les orthèses plantaires sur la cinétique du pied, du genou et de la hanche.

L’alignement parfait ou idéal des segments hanche-genou-cheville est donc un concept dépassé. Chaque individu possède sa propre biomécanique et est adapté à son propre alignement des structures.

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Ces pieds plats sont faits pour courir. / Photo : courtoisie

Le bon soulier et le bon entraînement

C’est pourquoi, « à la base », il est préférable d’opter pour une chaussure qui interfère le moins possible avec sa biomécanique naturelle individuelle. La prévention des blessures passe par le développement d’un pied fort via une chaussure à indice minimaliste élevé. Rappelons qu’une progression très lente (quatre semaines par tranche de 10 à 20 % d’indice de minimalisme) doit être respectée pour permettre au pied de s’adapter au surplus de stress sans développer d’autres pathologies.

La prévention des blessures du pied passe par une bonne technique de course ainsi que par une bonne planification de la progression d’entraînement et par un laçage adéquat permettant un bon confort et contrôle du pied dans la chaussure. Le rôle des orthèses plantaires « en prévention des blessures » va contre le respect de la biomécanique naturelle du coureur et est, quant à moi, très mitigé.

Une revue systématique de Collins publiée dans Foot & Ankle International en 2007 est fréquemment citée pour promouvoir les bénéfices préventifs des orthèses. Cette revue a pourtant été fortement critiquée et, en l’analysant en détails, on constate même qu’on a omis de mentionner dans les conclusions qu’un nombre significatif des sujets de l’étude ont vu leur symptomatologie s’accroître suite à une prescription d’orthèses.

Elles doivent donc, si elles sont prescrites, l’être de façon judicieuse par des professionnels compétents spécialisés en course à pieds qui offriront un suivi approprié afin de s’assurer qu’aucun effet délétère ne s’installe.

Une analyse dynamique de la foulée d’un coureur constitue une étape d’évaluation incontournable à la compréhension des mécanismes de la majorité des blessures. La prescription temporaire de taping ou d’orthèses sera à considérer dans l’arsenal thérapeutique au même titre que la correction des défauts de foulée (cadence, longueur de foulée, niveau de bruit, etc), la prescription d’exercices spécifiques et de thérapies actives de la part d’un professionnel en réadaptation.


Simon Benoit est médecin de soins critiques en urgence, en plus de tenir une pratique de bureau axée sur la médecine sportive. Il est membre de l’Association québécoise des médecins du sport. Il est également diplômé en physiothérapie et en chiropratique et est ambassadeur de La Clinique du Coureur. Lisez tous ses textes!