Journée exceptionnelle pour Leboeuf et Champagne sur le Québec Méga Trail

Maxime Leboeuf interviewé par les médias à l’arrivée – Photo : Vincent Champagne

DISTANCES+ AU MONT SAINTE-ANNE – Ils étaient tous les deux dans une forme exceptionnelle, et dans une journée comme il y en a peu. Anne Champagne et Maxime Leboeuf, devenus samedi les champions canadiens d’ultra-trail 2019, ont profité d’une fenêtre de beau temps physique et mental hors de l’ordinaire pour remporter le 110 km du Québec Méga Trail, la plus longue distance que tous les deux aient jamais parcourue.

À son arrivée sur le fil d’arrivée, après 11 h 21 de course, Maxime Leboeuf a serré son petit garçon dans ses bras, et franchi le portillon avec fébrilité. « Super émotif », a-t-il dit, avouant avoir « eu envie de pleurer à la fin. »

« J’ai eu des sensations qu’en ultra-trail, tu peux pratiquement juste en rêver, a-t-il dit. Je n’ai pas eu de gros moments de faiblesse. À la fin, j’étais capable d’attaquer les montées comme si c’était mon premier 20 km. »

Au dernier point de ravitaillement, à dix kilomètres de l’arrivée, alors qu’il en avait déjà 100 dans les pattes, nous l’avons vu, tout sourire, roulant comme s’il était effectivement en début de course.

Maxime Leboeuf toujours souriant après 100 km de course - Photo : Vincent Champagne
Maxime Leboeuf toujours souriant après 100 km de course – Photo : Vincent Champagne

« Je n’ai aucune idée d’où c’est venu [cette énergie là] », dit-il, évoquant le fait qu’il a couru à presque 5 minutes du kilomètre en fin de parcours. « C’est un faux plat descendant jusqu’à la fin, et j’étais avec mon bon ami qui me ‘’pacait’’, ça avançait tout seul. »

La course a été belle comme ça presque tout au long pour Maxime Leboeuf, sauf dans la première montée du mont Sainte-Anne où, plein soleil, et après huit heures d’effort, il a ressenti une certaine faiblesse pendant une quinzaine de minutes. « J’avais soif, j’étais étourdi un peu. La chaleur, ça ne me fait pas du tout. J’ai monté vite et il était temps que ça finisse. »

« C’est une course parfaite, a lancé Maxime. Il n’y a rien que je ferais différemment. Je n’aurais pas pu aller plus vite. »


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Parti à 5 h du matin depuis le quai de Petite-Rivière-Saint-François, à proximité du Massif, et sous une petite pluie (voir vidéo), l’athlète de Gatineau, 32 ans, a mené la course en deuxième moitié de parcours, après avoir couru longtemps avec son rival amical de toujours, Mathieu Blanchard.

Mathieu Blanchard à son arrivée - Photo : Vincent Champagne
Mathieu Blanchard à son arrivée – Photo : Vincent Champagne

Le Montréalais d’origine française, qui n’aurait pu obtenir le titre de champion canadien s’il avait gagné, parce qu’il n’est pas encore citoyen canadien, partait favori sur la ligne de départ, mais a perdu une partie de son énergie en cours de route, pour terminer second.

« C’est ça l’ultra, il y a des up et des down, et aujourd’hui, il y a eu des gros down », a lancé Mathieu Blanchard à l’arrivée, après 11 h 39 de course, l’air un peu hagard, très fatigué. « Il y a surtout eu un Max vraiment solide. Il n’a pas lâché, il a gardé un rythme constant. Il a été vraiment fort. »

Ce n’est pas la première fois que les deux athlètes combattent dans les sentiers, rejouant une partition pratiquée quelques fois, notamment au Trail de la Clinique du Coureur début juin, tout comme l’an dernier, ainsi que sur le même parcours du Québec Méga Trail il y a un an.

Dans la dernière partie du sentier Metsashibo, Maxime cavalait seul en tête, ne sachant pas où se trouvait Mathieu. Nous avons compté un bon 14 minutes avant de le voir apparaître dans le sentier étroit plein de boue.

« C’est arrivé d’un coup, du moment où je suis rentré dans la Metsashibo », nous a expliqué Mathieu. « J’ai eu un gros coup de mou. »

Et ce n’était pas la fin de ses difficultés. Après le passage au camp de base du mont Sainte-Anne, il est reparti sur le sentier des Crètes, qui escalade la montagne, et dit avoir « pris un méchant down ». « J’ai dû me coucher par terre tellement que j’étais dans le dur » a-t-il dit.

C’est la vue du troisième concurrent, Jean-François Cauchon, qui l’a remis sur ses pattes et encouragé à reprendre les foulées pour garder sa position.

« Mathieu est meilleur que moi, dit Maxime. Je suis capable de tirer mon épingle du jeu parce que j’ai un calendrier plus léger. Je vais m’entraîner pour une seule chose, cette course-ci. Quand les astres s’alignent, je suis capable de rivaliser avec lui, mais la différence, c’est que moi, il faut que je sois au sommet de ma forme. »

Anne Champagne, solide jusqu’au bout

Anne Champagne s'est retrouvée devant dans le sentier de la Metsashibo, et n'a plus quitté la tête - Photo : Vincent Champagne
Anne Champagne s’est retrouvée devant dans le sentier de la Metsashibo, et n’a plus quitté la tête – Photo : Vincent Champagne

Un duel s’est aussi joué sur la compétition féminine, assez comparable en termes d’histoire avec ce qui s’est passé chez les hommes.

La plus dominante sur la première moitié du parcours, l’Albertaine Ailsa McDonald, s’est en effet fait dépasser par Anne Champagne, à l’instar de Mathieu Blanchard, passé second derrière Maxime Leboeuf.

C’est une jeune coureuse presque survoltée qui est arrivée sous l’arche après 13 h 08 de course. « Les sensations dans les jambes, c’est comme si je n’avais pas fait grand-chose », a dit Anne. « Demain, ça va peut-être être différent par contre! »

« Du début à la fin, je me suis senti vraiment bien, mentalement et physiquement «, a-t-elle ajouté. Avec cette forme, elle a réussi à creuser un écart de 22 minutes sur sa poursuivante au final.

« J’imagine que des fois, on a des bons jours et d’autres fois des mauvais jours, et là, c’est un bon jour », a-t-elle lancé.

L’athlète lanaudoise de 25 ans en est à sa première vraie saison complète de trail, et déjà, elle domine largement, avec entre autres une victoire sur le 50 km du Trail de la Clinique du Coureur début juin, puis ce titre de championne canadienne.

« Je me laisse du temps, parce que je ne suis pas vieille, et de la longue distance comme ça, on voit que le peak [de performance] vient plus tard, alors je me laisse du temps », dit-elle. C’est pour ça que cette année, je fais du trail au Québec, parce que je veux voir où je suis. Je vois que ça donne des bons résultats, alors l’année prochaine peut-être que j’essaierai d’aller un peu plus à l’international si je peux me le permettre. »

À ce sujet, Anne a maintenant une invitation pour la Diagonale des fous, à l’île de la Réunion, en octobre, à la suite de l’entente conclue entre et le Québec Méga Trail et l’organisation réunionnaise, qui permet aux gagnants de chaque course de participer à l’autre toutes dépenses de voyage payées.

Or, il n’est pas certain qu’elle puisse y participer, n’ayant pas obtenu tous les points demandés pour s’inscrire. Une négociation pourrait avoir lieu avec les organisateurs du Grand Raid pour l’inscrire conditionnellement à l’obtention de ses points d’ici l’événement.

Il est déjà acquis que Maxime Leboeuf n’ira pas à la Réunion, sa conjointe devant accoucher de leur deuxième enfant dans la même période.

Distances+ remercie Mouvement Mont Sainte-Anne pour l’accueil.

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