Hélène Dumais nous raconte son exploit sur l’Infinitus

Entrevue exclusive

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Hélène Dumais à son arrivée finale lors de la Infinitus – Photo : Daniel Mongeau
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C’est un exploit hors du commun que vient tout juste de compléter l’athlète et aventurière Hélène Dumais. Elle est devenue dimanche la première femme et la quatrième athlète à vaincre l’Infinitus, une course en boucle de 888 km qui doit être complétée en 10 jours. Distances+ lui a parlé 48 heures après la fin de l’épreuve.

Après deux tentatives infructueuses, Hélène Dumais, 37 ans, semble littéralement baigner dans le bonheur. « J’ai attendu ce moment depuis si longtemps, je l’ai tellement visualisé que le vivre, le voir et le ressentir est extraordinaire. Je suis vraiment très satisfaite », s’exclame-t-elle.


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Pendant dix jours, elle a littéralement vécu hors du temps et parcouru, plus de 20 fois, la même boucle en forme de 8 d’une longueur de 43 km. « Au début de la course, ma réalité a basculé. La vie devient un chronomètre à calculer le temps restant dans la boucle actuelle. Je ne savais plus ni quelle heure ni quel jour j’étais », explique Hélène.

Des 16 coureurs à prendre le départ, Hélène Dumais et Greg Salveson ont été les deux seuls à compléter l’événement dans les Green Mountains au Vermont. « Compte tenu des distances, tu es seule la plupart du temps, dit Hélène. J’ai croisé des coureurs deux fois seulement ».

Photo : Daniel Mongeau
Photo : Daniel Mongeau

Suivre le plan

Accompagnée du plan détaillé de sa course et de Caroline Laforest, une athlète qu’elle entraîne, la vie d’Hélène est devenue une chorégraphie minutée de courses, de sommeil et de repas. Un plan qu’elle est parvenue à respecter jusqu’à la toute fin.

« Samedi matin, 24 heures avant la fin, le directeur de course s’approche en panique de ma tente parce que je ne suis pas en train de courir. Caroline a pu lui répondre : “Pas d’inquiétude, selon le plan, il lui reste encore 26 minutes de sommeil” », raconte Hélène.

Elle est parvenue à demeurer très constante dans ses temps de parcours. « Au début, j’ai été un peu plus vite, ce qui m’a permis de mettre du temps en banque et d’allonger certaines périodes de sommeil de 10 minutes. Chaque minute compte dans ce type d’événement », reconnaît-elle.

Photo : Daniel Mongeau
Photo : Daniel Mongeau

Gérer le stress et les besoins primaires

La seule période où son moral a été mis à l’épreuve est à la fin du parcours. « À 36 heures de la fin de la course, j’ai commencé à ressentir une douleur au tibia gauche. Je me suis dit : “Il ne va pas m’arriver quelque chose si près de la fin. Je n’ai pas de marge pour ralentir”. J’ai poussé sur cette douleur jusqu’à la fin et j’ai dû gérer mon stress. »

« Le corps est constamment sollicité physiquement par l’épreuve. Il ne faut pas ajouter le stress par-dessus tout ça. Il faut savoir rester calme, dit Hélène. Dans mon cas, mon parcours de massothérapeute, entraîneure et athlète me permet de rationaliser les inconforts que je peux ressentir. »

Sa capacité à être à l’écoute d’elle-même pour ses besoins physiologiques de base comme l’alimentation et le sommeil sont pour beaucoup dans sa réussite. « Plusieurs fois j’ai perçu que je n’avais pas assez mangé, je disais alors à mon donneur de rythme : “prends de l’avance et demande qu’on me prépare quelque chose”, raconte-t-elle. C’était de la vraie bouffe santé et calorique, comme une soupe aux courges avec du quinoa, des patates et du beurre. »

Avec un bloc de sommeil de quatre heures par jour, elle se considérait beaucoup plus reposée que lors de ses deux autres participations. « J’avais un bon matelas confortable. À mon réveil je me sentais reposé et à certaines occasions, je me suis même réveillée par moi-même. »

Les cinq premières journées ont été les plus difficiles, puisque la fatigue et les courbatures augmentent de jour en jour. « Il faut avoir confiance que ça va changer, qu’un second souffle va se manifester, affirme Hélène Dumais. Ça va beaucoup mieux à partir de la sixième journée, c’est le temps que prend le corps à s’adapter à cette nouvelle réalité. À partir des jours 8 et 9, j’avais même envie de courir vite, je n’avais plus mal aux muscles. »

Photo : Daniel Mongeau
Photo : Daniel Mongeau

La fée Caroline

Hélène juge l’accompagnement de Karoline Laforest comme l’élément déterminant de sa victoire. « C’est elle qui s’assurait que le plan soit respecté, qui faisait les ajustements et le calcul des transitions. Quand j’arrivais à ma tente, je n’étais plus capable de bouger et je m’écrasais. Caroline préparait et m’apportait mes repas, s’occupait du contenu de mon sac et mille autres petits détails », dit-elle.

Caroline a tellement fait d’aller-retour entre la tente d’Hélène et le chalet de l’organisation que son podomètre indiquait 23 000 pas par jour. « Toutes les personnes qui se sont pointées ici ont vécu leur propre Infinitus tellement c’est une expérience qui te transforme », affirme Helene Dumais.

Elle a également bénéficié d’une équipe de donneurs de rythme pour les cinq dernières nuits. « Des gars et des filles du Québec, des coureurs d’expérience, certains sont des clients que j’entraîne, précise-t-elle. Ça m’a permis de mieux les connaître et de raconter nos vies pour rester éveillé. »

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Photo : Daniel Mongeau

Tourner la page

« La belle surprise pour moi c’est à quel point la course a été fluide et que mon plan a fonctionné. Durant ma course, je me disais “je me sens bien, je suis lucide, just another day at work. », se souvient-elle.

Étrangement, elle observe que sa plus grande perte de poids n’est pas pendant l’épreuve, mais immédiatement après la course. « Je ne fais que manger et dormir durant cette période et je perds environ cinq livres. Je me réveille et je suis plus maigre que je l’étais avec de dormir, c’est fou, s’exclame-t-elle. Le corps dépense énormément d’énergie à se reconstruire : “Let’s go, on rebâti la patente“. »

Pour Hélène, la page est maintenant tournée sur l’Infinitus. « Je ne refais jamais ce que j’ai déjà complété. C’est tellement gros, tellement immense, que c’est déjà fou de le faire une seule fois. Mon prochain défi ne sera pas nécessairement une course encore plus longue. »

On pourra voir Hélène Dumais au lancement officiel du film Facing Infinitus, qui sera présenté le 30 juin prochain dans le cadre du Québec Méga Trail.

En août, elle prendra le départ, si tout va comme c’est prévu, de la Petite trotte à Léon, une épreuve de 300 km dans les Alpes. Il s’agit de l’une des courses de l’Ultra-Trail du Mont-Blanc.

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