Sur le chemin de l’Ultra-Trail World Tour, Antoine St-Louis attaque la Transgrancanaria

Le coureur québécois Antoine St-Louis, 22 ans, est arrivé aux îles Canaries il y a une semaine. Il prend aujourd’hui le départ de la Transgrancanaria, une course de 125 km, où il vient chercher des points pour espérer participer à l’Ultra-Trail du Mont-Blanc (UTMB) plus tard cette année. 

« C’est ma première course de l’Ultra-Trail World Tour. Je suis vraiment excité, confie-t-il depuis sa chambre. C’est impressionnant. Il y a de grands champions, beaucoup de dénivelés et j’avoue que ça me fait quand même un peu peur. »

« J’ai travaillé fort depuis le mois de décembre, en volume notamment, avec des semaines à 120 km de course pour me préparer au mieux. J’ai l’impression que je ne pouvais pas faire plus que ça, et là, je me sens au top de ma forme. Ça fait quelques jours que je tourne en rond. J’ai hâte d’être sur la ligne de départ! »

Arrivé à l’ultratrail par défi

Antoine St-Louis était promis à un grand avenir en biathlon. Champion d’Amérique du Nord dans la catégorie 16-17 ans, il faisait partie d’Équipe Québec et d’Équipe Canada, et visait les Jeux olympiques de 2018.

Mais à 19 ans, le petit gars de Cowansville s’est blessé sérieusement au dos, ce qui a ruiné ses espoirs de victoire et de gloire. Il a rangé ses skis de fond et sa carabine, et mis un terme prématurément à sa carrière en 2013.

Un soir de joyeuse beuverie, deux amis lui ont lancé un défi : courir un ultratrail.
« J’étais saoul, j’ai dit OK, en pensant que ce serait facile. On était en mai (2014) et le Bromont Ultra (80 km) était en octobre, j’avais le temps. J’ai procrastiné et je me suis finalement présenté à la course sans m’être entraîné. Disons que j’avais un peu trop confiance en moi », raconte-t-il.

Le jeune athlète, qui avait l’habitude de compétitionner au plus haut niveau sur des distances équivalant à un demi-marathon au biathlon, a frappé un énorme mur.

« Je suis arrivé au kilomètre 55 en pleurant. Je ne savais pas ce que je foutais là. Je pensais que ma vie était foutue, dit-il. Je n’aurais jamais imaginé que ça puisse être aussi difficile. L’ultra est incroyablement plus douloureux que n’importe quel autre sport! »

Pourtant, il a su dépasser ses envies d’abandon et se rendre jusqu’à la ligne d’arrivée. Il a terminé 13e, en un peu plus de 12 h. « La sensation était incroyable, je n’avais jamais eu un feeling pareil », se souvient-il.

Ceci étant dit, il pensait bien ne plus jamais courir d’ultra. « L’idée, c’était de réussir le défi, c’est tout. Dans ma tête, ça s’arrêtait là. »

À l’assaut de l’UTMB

Ce n’était en fait que le début. Une semaine plus tard, il regarde sur YouTube le documentaire Curiosity, consacré aux ultratraileurs américains Rory Bosio,
Timothy Olson, et Hal Koerner à l’approche de l’UTMB.

« Les images sont surprenantes. Je me suis dit : OK, je vais faire ça! »

Antoine se penche alors sur les exigences des organisateurs de l’UTMB. Il a en tête de prendre le départ dès l’été 2015, il va donc chercher des points au fin fond du Nicaragua « dans des conditions horribles » (100 km, 6 000 m de D+).

Il est contraint à l’abandon au kilomètre 55. Il s’était entraîné pendant trois mois d’hiver dans le froid pour aller courir dans la chaleur et l’humidité. « Ça a été le choc, mais on m’a expliqué que c’était normal, que ça faisait partie de l’apprentissage. »

Il poursuit son apprentissage de l’ultra avec le 80 km de Bear Mountain (État de New York) et le 100 km du Mount Royal Summit Quest, puis il s’inscrit au 125 km de l’Ultra-Trail Harricana (UTHC).

« J’ai abandonné au kilomètre 78 en raison de problèmes gastriques. J’étais complètement déshydraté, regrette Antoine St-Louis, qui garde quand même un excellent souvenir de l’UTHC. J’ai adoré cette course. Ça allait très bien, je n’étais vraiment pas loin des meilleurs. Je veux absolument la refaire cette année. C’est une coche au-dessus de tout ce j’ai fait jusqu’à présent. »

En revanche, en sportif d’élite qu’il est, il vise plus haut. « C’est sûr que je veux faire partie des grands du Canada. Je veux être reconnu, comme Florent Bouguin ou Jeff Gosselin. Physiologiquement, je ne me vois pas rivaliser avec un gars comme Scott Jurek, par contre, mais c’est certain que je vise le sommet avant d’avoir
30 ans. »

Pour la Transgrancanaria, sa seule ambition est de finir la course. « C’est l’objectif le plus réaliste que je peux me fixer. Si je finis en 23 h, je serai content. »

Il n’a que 22 ans, et une belle fréquence cardiaque de 35 bpm au repos. Il a tout l’avenir devant lui dans le monde de l’ultra.

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