125 km de l’UTHC : les records de Jean-François Cauchon et Sarah Verguet Moniz peuvent-ils être battus?

Ultra-Trail Harricana du Canada 2019

Dans l'ascension du mont des Morios sur le parcours du 125 km de l'UTHC - Photo David Beland
Dans l’ascension du mont des Morios sur le parcours du 125 km de l’UTHC – Photo David Beland

La cinquième édition du 125 km de l’Ultra-Trail Harricana du Canada, une épreuve du circuit Ultra-Trail World Tour qui emprunte le sentier sauvage de la Traversée de Charlevoix, offre cette année encore un plateau de coureurs élites très relevé. Distances+ vous propose un tour d’horizon des champions qui devraient animer la course ce samedi.

Le tracé de l’UTHC parcourt la forêt boréale québécoise parsemée de lacs. Il fera grimper les coureurs au sommet du mont du Lac-à-l’Empêche, du mont des Morios, de La Noyée et de la montagne Noire avant l’arrivée au pied du mont Grand-Fonds, la station de ski de La Malbaie pour un dénivelé cumulé de 4220 mètres.

En 2018, la nouvelle version du 125 km, plus technique, avait été remportée par le Québécois Jean-François Cauchon en 13 h 47 chez les hommes, et par la Franco-Portugaise Sarah Verguet-Moniz en 16 h 14 chez les femmes.

Aurélien Collet, France (cote ITRA 862)

Sur le papier, c’est le grand favori de l’épreuve. Il a un palmarès impressionnant avec notamment une victoire à l’épreuve de 100 km des Templiers, une deuxième place à la Transgrancanaria l’année dernière, juste derrière Pau Capell qui vient de remporter l’UTMB, et une troisième place à la Diagonale des fous et à l’Ultra-Trail Australia. Il s’est classé 6e du championnat de France de trail en août dans les Alpes. Une course qu’il avait décidé de faire un peu à la dernière minute dans le cadre de sa préparation en montagne sur des sentiers très techniques.

Il est arrivé au Québec en forme après avoir fait beaucoup de vélo pour garder l’envie de courir, mais avec des craintes aussi, comme celle de rencontrer un ours sur le parcours, mais surtout par « toute la gestion de course qui peut vite tourner au vinaigre, notamment au niveau de la nutrition, assure-t-il. J’ai toujours un peu peur de me perdre également, quand je cours je pense à énormément de choses en oubliant un peu de rester concentré sur le balisage. »

Aurélien Collet reconnaît appréhender la distance, qu’il n’a plus couru depuis la Transgrancanaria en février 2018, mais demeure ambitieux. « Je serais vraiment content et fier de battre le record de l’année dernière, mais je ne sais pas du tout à quoi m’attendre au niveau du terrain et j’ai beaucoup de mal à me projeter sur un chrono. Ce qui compte, c’est d’arriver au bout de ces 125 km en ayant eu du plaisir et le sentiment d’avoir fait au mieux. »

Elliot Cardin, Québec (cote ITRA 788)

Après avoir remporté le 65 km, dont il détient d’ailleurs le record, l’an dernier, Elliot Cardin a décidé de passer à l’étape supérieure.

« C’est la première fois que je vais prendre le départ d’une course de plus de 100 km. Honnêtement, ça fait quand même peur, mais c’est excitant, dit-il. J’ai fait de bon training et je crois être prêt. Le but sera de pousser et de passer bien du temps en nature. Je vais faire de mon mieux, le reste importe peu. Je connais la fin du parcours (le 65 km qu’il a gagné en 2018), donc je sais à quoi m’attendre. »

Elliot a dû soigner des blessures en début d’année, mais la santé est bonne, assure-t-il.

En juin, dans un mauvais jour, il avait été contraint à l’abandon sur le 110 km du Québec Méga Trail.

David Savard-Gagnon, Québec (cote ITRA 772)

David était monté sur la troisième place du podium l’an dernier. Celui qui a terminé 5e du QMT cet été, dans la douleur, est en terrain connu. Il mise sur sa constance.

« J’aimerais être plus rapide que l’an dernier, prévient-il. La première partie, plus technique et de nuit, sera à faire attention. »

Parmi ses longues sorties estivales à la course, il a fait la Traversée de Charlevoix sur deux jours en guise de préparation. « J’ai même fait la rencontre d’une maman ourse et de ses petits entre le mont des Morios et la Noyée, a-t-il raconté. J’aurai ma cloche à ours samedi! »

Guillaume Barry, Québec (cote ITRA 753)

Guillaume a remporté les deux courses auxquelles il a participé, le 33 km du Trail du coureur des bois, mais surtout le 80 km du Québec Méga Trail au début de l’été. Il va découvrir la longue distance, mais il a de gros atouts pour créer la surprise.

Johan Trimaille, Québec (cote ITRA 757)

Johan n’a pas une grande expérience de l’ultra-trail, il en a couru trois à date, mais il est d’une efficacité redoutable, terminant toujours dans le top 5. Il avait remporté l’Ultra-Trail du Mont-Albert en 2017. Il ne vient pas pour gagner, plus pour se tester, mais attention quand même!

« J’aborde l’UTHC comme une préparation pour la Diagonale des fous, souligne-t-il. Cela va me permettre de tester mon niveau de forme, mon matériel, ma nutrition et mon hydratation. Je pense que je suis en forme. J’ai vraiment fait du gros volume ces derniers temps. Pas de semaine à moins de 150 km depuis un mois et demi et des semaines à 200 km et plus. Et comparer aux autres années j’ai fait du dénivelé. Je m’attends à être dans le top 10 être et dans top 5 serait super. Le but est aussi de sortir de là pas trop fatigué pour refaire un gros bloc d’entraînement avant la Diagonale. »

Kanoa King, USA (cote ITRA 753)

C’est le coureur américain le plus à même de tirer son épingle du jeu sur le papier, après les forfaits de deux sérieux candidats à la victoire, Michael Bailey et Zac Marion. Il est souvent très bien placé sur les trails de 50 et 100 km, tous courus aux États-Unis, mais il n’est jamais monté sur la plus haute marche.

« Je me sens plutôt bien et en bonne santé, se félicitait Kanoa à la veille du départ. J’espérais faire un plus gros bloc d’entraînement, mais j’ai dû composer avec des petites blessures, donc je n’ai pas eu autant de temps que je l’espérais, mais je préfère participer à une course en étant mal entraîné et en bonne santé que trop entraîné et blessé. »

Selon son plan de match, s’il réussit à faire sa course sans se préoccuper des autres, il s’attend « à courir le 125 km entre 14 ou 15 heures, mais ça, c’est l’idéal, parce qu’il peut se passer beaucoup de choses sur un ultra », prévient-il.

David Jeker, Québec (cote ITRA 724)

David Jeker a battu son record du kilomètre vertical cet été dans les Montagnes Blanches (42 min 28) - Photo courtoisie
David Jeker a battu son record du kilomètre vertical cet été dans les Montagnes Blanches (42 min 28) – Photo courtoisie

David est de retour cette année en excellente forme. Il a battu son record du kilomètre vertical durant l’été et réussi à faire un gros volume d’entraînement.

Ces dernières semaines, il a cumulé 2670 km et 24 000 m D+ en vélo et 880 km et 32 500 m D+ à la course.

Et il est arrivé à La Malbaie… en vélo!

« Je suis parti de Sherbrooke ce mercredi pour me rendre à Charlevoix en deux étapes. L’objectif est d’obtenir un bon résultat malgré tous les kilomètres de vélo. Je ne suis pas trop certain de ce qui me suffirait. Sous les 15 heures peut-être ? Je vais partir fort comme d’habitude », prévient-il.

Rappelons que David avait remporté la première édition du 125 km de l’UTHC

Pierre-Michel Arcand, Québec (cote ITRA 724)

Pierre-Michel a terminé 2e du 50 km du Québec Méga Trail en juin et du 100 miles de Capes 100 miles en Nouvelle-Écosse à la mi-août. Le Verdunois cultive sa déception de ne pas avoir remporté cette dernière course qui se déroulait à la perfection avant de faire des petites erreurs qui lui ont fait perdre une bonne heure. Il a donc décidé d’enchaîner, même s’il n’est pas sûr que ce soit très intelligent.

« Je me sens vraiment bien, fort et dans la shape de ma vie, dit-il. Par contre, j’ai un immense stress sur le petit inconfort à mon genou que j’ai eu la semaine passée. Même si je suis passé chez le mécanicien et que tout est en ordre. Le stress est encore là. »

« Ce qui m’excite le plus, c’est l’idée de revenir dans Charlevoix après avoir fait mes débuts en trail là-bas il y a trois ans. Mais cette fois-ci, sur la course pour adulte », ajoute le trublion qui ne peut pas s’empêcher de plaisanter.

« L’enchaînement de deux grosses courses comme ça est une première pour moi, reconnaît PMA. C’est la première fois que je sors d’un 100 miles, mon troisième, et que physiquement, comme à Bromont, ou mentalement, comme au Massanutten, je me sens aussi peu démoli. À vrai dire, je me sens tellement bien que c’est un peu une sorte de revanche qui m’anime par rapport à moi-même devant ma mini-micro-nano-déception de ma deuxième place pas encore tout à fait digérée de Capes 100 qui me motive et me poussera vers le fil de départ en fin de semaine. »

Luis Tomas Lopez Villagran (cote ITRA 719)

Ce n’est pas la plus grosse cote des favoris, mais Luis Tomas a terminé déjà deux fois sur le podium du 125 km. D’autant qu’il se sent bien et qu’il aime être sur les sentiers de Charlevoix.

« Ce serait mal me connaître de penser que je m’engage dans une course pour la gagner, relativise-t-il. Je suis là par curiosité de tester mes capacités physiques et mentales, pour le plaisir de passer une journée entière à courir dans les sentiers de Charlevoix, pour partager une belle expérience avec les amis traileurs et les nombreux bénévoles qui se rassemblent pour ce bel événement, pour en apprendre un peu plus sur moi-même… et pour bien d’autres raisons. Le résultat final, c’est la cerise sur le gâteau! »

Sage et serein, mais attention à lui!

Jean-Philippe Thibodeau, Québec (cote ITRA 709)

Jean-Philippe est encore peu connu du milieu de la course en sentier, mais il a le potentiel à devenir un très gros joueur, riche de son expérience professionnelle en triathlon. Qui plus est, dans Charlevoix, il est chez lui.

« Je suis dans une forme particulièrement bonne, probablement ma meilleure jusqu’à ce jour, dit-il. Par contre, ayant fait principalement de la course depuis le début de la saison, je gère des petits bobos «normaux» mais dont je n’avais jamais eu à me soucier. »

S’il rêve de gagner, il sait qu’il devra peut-être attendre l’année prochaine. « Jamais je n’aurais pensé voilà quelques années courir plus de la distance entre Québec et Baie-Saint-Paul à la course. Avec mes amis, qui sont plus habitués des longues distances, on a convenu que je devais faire ma course, et oublié les autres compétiteurs, ce qui sera difficile. Le principal objectif est que j’aie une belle expérience sur l’ultra-trail et que je revienne plus fort l’an prochain dans le but de performer sur cette distance. Mais je vais donner mon 110 % comme à l’habitude. »

« À chaque fois que je prends le départ d’une course, je rêve de la victoire, mais samedi je serai dans l’inconnu, souligne-t-il. Ma course la plus longue à vie a duré huit heures, et à vélo. Donc, lorsque je repartirai du ravito de mi-parcours, au parc de Hautes-Gorges, je débuterai quelque chose de nouveau et c’est pour cette raison que je ne pense pas vraiment à la victoire, même si dans un scénario de rêve je traverse la ligne d’arrivé premier en terrain local. »

Belle lutte en perspective chez les femmes

Anne Champagne, Québec (cote ITRA 724)

Le palmarès et l’attitude conquérante d’Anne Champagne ces derniers mois sur les courses en sentier laissent penser qu’elle sera très dure à battre sur cette édition de l’Ultra-Trail Harricana, qu’elle a coché comme son principal objectif de l’année.

Du haut de ses 25 ans, Anne a gagné toutes les courses auxquelles elle a participé (à l’exception de Bear Mountain où elle a été disqualifiée parce qu’elle s’est trompée de parcours) et elle rivalise souvent avec les meilleurs athlètes masculins. Elle a notamment brillé au Québec Méga Trail où elle est devenue championne canadienne de trail.

Et en cette fin d’été, Anne Champagne se sent « merveilleusement bien! » Ses grosses séances d’entraînement l’ont mise en confiance et elle s’attend à une belle aventure sur les sentiers de Charlevoix. « Je m’attends à des sentiers typiquement québécois, sauvages, à de magnifiques points de vue, et à passer une belle et longue journée dans les montagnes, s’enthousiasme-t-elle. Je m’attends aussi à avoir des athlètes extras à mes côtés, qui amèneront un challenge supplémentaire, mais j’adore la compétition. C’est la course que j’avais comme point de mire donc je vise une belle performance. Il me restera aussi le Trail de Bourbon au Grand Raid de la Réunion en octobre, mais en début de saison, je ne pensais pas y participer, donc mon focus était davantage sur Harricana. »

Anne ne veut pas se fixer d’objectifs trop précis, mais on peut quand même s’entendre pour dire qu’elle vise la victoire et le record de l’épreuve. « Je pense bien être en mesure d’aller prendre le record de course (de Sarah Verguet Moniz), annonce-t-elle, avant d’insister sur le fait qu’au-delà du résultat, elle est heureuse de venir passer du temps avec la belle communauté de coureurs en sentier dans le cadre d’un événement aussi populaire que l’Harricana.

Emily Hawgood, Zimbabwe (cote ITRA 712)

Anne Champagne devra composer avec l’adversité que devrait lui opposer Emily Hawgood, qui a notamment remporté le 100 km de l’Ultra-Trail de Cape-Town, en Afrique du Sud, en décembre dernier.

« Je suis excitée de courir le 125 km », a commenté la coureuse zimbabwéenne, qui avoue ne pas bien connaître le parcours, même si elle a une idée de ce qui l’attend. « C’est une grande course qui mérite beaucoup de respect pour sa difficulté, sa technicité et le fait qu’elle s court dan la nature sauvage, loin de la civilisation. Je pense que ça va me faire grandir en tant qu’athlète! »

Son objectif est de tout de suite entrer dans la course, en se nourrissant correctement pour mettre le maximum de chances de son côté, « tout en profitant de la beauté de la région et en espérant voir un porc-épic ou un orignal », a-t-elle souligné.

Laura Kline, USA (cote ITRA 677)

L’ancienne triathlète s’épanouit dans l’ultra-trail ces dernières années. Elle brille notamment sur les courses du circuit The North Face Endurance Challenge, avec déjà trois victoires à son actif en Californie, à Washington et en Ontario. C’est la première fois qu’elle vient courir au Québec.

« Je me sens forte, affirme-t-elle. Je ne connais pas bien ce sentier, mais j’ai étudié le profil et le dénivelé pour être aussi bien préparé que possible. Ceci dit, ne pas connaître un parcours le rend plus excitant parce qu’il faut s’adapter au fur et à mesure. »

Et Laura est ambitieuse. « Mon objectif est de monter sur le podium, mais je souhaite avant tout finir en bonne santé et avec le sourire aux lèvres. »

Annie-Claude Vaillancourt, Québec (cote ITRA 561)

À peine de retour du Grand Raid des Pyrénées en France, où elle s’est illustrée avec une belle 7e place au 89 km, Annie-Claude, qui a super bien récupéré, a décidé d’enchaîner avec son premier ultra de plus de 100 km.

« J’avais encore beaucoup d’énergie, mais avec la reprise du travail, je me sens vraiment fatigué cette semaine, a-t-elle confié à Distances+. Les jambes, ça va, mais je prends ça cool pour avoir le plus d’énergie possible samedi. »

Même si elle est de nature très compétitive, elle ne se fixe pas d’objectif trop ambitieux. Elle avisera en temps réel en fonction de ses sensations. « J’espère être capable de bien gérer mon énergie, d’avoir une belle course et de garder mon sourire, dit-elle, raisonnable. Ma course au GRP m’a vraiment encouragé, parce que j’ai fini fort alors que j’avais eu une période plus difficile après 55 km dans les Pyrénées. C’est ça la longue distance et j’espère être capable de dealer encore avec ça cette fois-ci. Il y a moins de dénivelé que dans les Pyrénées, mais ma crainte c’est surtout la très longue distance. Là, je suis dans l’inconnue. »

Comme plusieurs coureurs avec lesquels Distances+ s’est entretenu, Annie-Claude craint un peu le départ à 2 h du matin. Je ne sais pas si je vais être capable de dormir, et je vais avoir hâte de voir le jour se lever. »

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