Stéphane Girard et Guy Brouillette sont allés au bout du Tahoe 200 miles

Stéphane Girard a parcouru 330 km et 12 250 m de D+ - Photo courtoisie
Stéphane Girard a parcouru 330 km et 12 250 m de D+ – Photo courtoisie

Tandis que de nombreux coureurs en sentier québécois participaient, début septembre, à l’Ultra-Trail Harricana dans la région de Charlevoix, plusieurs autres avaient choisi le Tahoe 200 Endurance dans l’ouest des États-Unis. Il s’agit d’une course de 330 kilomètres et 12 250 m de dénivelé autour du lac Tahoe, situé dans les montagnes, à près de 2000 m d’altitude à la frontière de la Californie et du Nevada.

Distances+ s’est entretenu avec deux d’entre eux, Stéphane Girard et Guy Brouillette, qui ont bouclé l’épreuve en respectivement près de 83 h et un peu plus de 98 h.

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Le Tahoe 200 a été remporté par Kyle Curtin en 49 h 27, à moins d’une demi-heure de la première femme, Courtney Dauwalter (49 h 54). Tous les deux vivent au Colorado.

Guy Brouillette est un vétéran des longues distances. Ce Québécois qui a l’habitude de courir en kilt a pris le départ de 18 ultras, sur des distances de 100 miles et plus.

« De toutes mes tentatives, j’ai vécu ici une expérience unique et authentique, s’enthousiasme-t-il. Plus la distance devenait longue, plus je performais, et ce, de façon dont je ne pensais même pas être capable. Lorsque la symbiose s’installe entre le cerveau – le mental – et les jambes – le physique -, c’est là que la magie s’installe. J’ai terminé la course le sourire aux lèvres », se souvient-il.

Guy Brouillette lors du Tahoe 200 2018 - Photo Facebook
Guy Brouillette lors du Tahoe 200 2018 – Photo Facebook

Stéphane Girard s’élançait sur sa plus longue distance à vie. Il n’avait qu’un seul 100 miles (160 km) à son actif. Il a terminé sa course avec un sentiment de fierté, mais aussi de soulagement.

« Ça demande beaucoup d’effort, car le parcours est vraiment difficile, assure-t-il. Ce qui m’a surpris, par rapport à un 100 miles, c’est qu’on prend vraiment le temps de s’arrêter dans les ravitos, pour se nourrir et se reposer un peu. Je me suis rendu compte qu’à ce rythme-là, j’aurais encore pu continuer. »

L’implication de sa conjointe a été déterminante, a-t-il raconté. « Ma blonde, c’était à la fois mon crew et mon pacer. À chaque ravito où elle pouvait être présente, elle venait me retrouver à 5 km de la fin pour courir avec moi. C’était la meilleure des motivations. »

L’omniprésence de la poussière

Si l’immense parcours autour du lac Tahoe se fait majoritairement sur des sentiers étroits, une bonne portion de l’itinéraire emprunte des pistes de 4 x 4. « Les roches sont polies par le passage des véhicules et il y a une poussière très fine sur plusieurs centimètres d’épaisseur, on a l’impression qu’on marche dans l’eau, raconte Stéphane. Psychologiquement, c’est difficile parce que ça n’avance pas vite. »

La poussière et la sécheresse de l’air, en plus de températures avoisinant 28 degrés le jour et le point de congélation la nuit, ont posé des problèmes à beaucoup de coureurs dont Guy Brouillette. « J’ai eu des difficultés respiratoires les deux premiers jours avec cette satanée poussière volcanique », se souvient-il.

Ravitos espacés et « montées infernales »

La grande distance entre les points de ravitaillement a été un autre défi logistique.

« Il fallait souvent compter entre 25 et 30 km pour se rendre jusqu’au prochain ravito, a souligné Stéphane Girard. Il fallait donc être automne entre les deux. C’était commun de manquer d’eau et on devait puiser dans les ruisseaux qui longeaient le parcours. »

Guy Brouillette se souviendra pour sa part de longues montées. « Les montées infernales du sentier de 4 x 4, le Rubicon trail, je l’ai attaqué de plein fouet, tout en étant nerveux, car j’étais seul en pleine nuit. En plus, la plupart des indications étaient manquantes, j’ai dû utiliser la navigation avec mon téléphone. »

Guy Brouillette, fier de sa médaille après avoir terminé la Tahoe 200 - Photo courtoisie
Guy Brouillette, fier de sa boucle de ceinture après avoir terminé la Tahoe 200 – Photo courtoisie

Se préparer au pire

Courir en continu plus de 330 kilomètres ne s’improvise pas. Chacun d’eux avait sa propre stratégie pour maximiser sa préparation physique et mentale.

En mai 2017, Guy Brouillette était parvenu à parcourir 241 km au Sulphur Spring 200 en Ontario, avant d’être contraint à l’abandon. « En entraînement, trois semaines avant la course, j’ai tiré un pneu derrière moi sur 160 km, sur le P’tit Train du Nord », raconte-t-il.

Il s’est également préparé pour l’altitude. « Le parcours du Tahao 200 est entre 6300 pieds et 10 000 pieds d’altitude, note-t-il. Une semaine avant la course, j’ai fait de la rando-course au mont Charleston, près de Las Vegas, à 12 000 pieds d’altitude », précise Guy Brouillette.

Stéphane Girard a eu plus de mal à trouver du dénivelé. Il a dû user de stratégie pour introduire plus de D+ dans ses entraînements. « Je demeure à Chicoutimi, tout ce que je pouvais faire en côte je le faisais, dit-il. J’utilisais aussi le tapis roulant à 20 % de pente en alternant marche et course pendant une heure. Il y a un dicton qui dit vaut mieux souffrir avant qu’après. Et j’aime mieux souffrir avant. »

Histoires à dormir debout

Les participants avaient 100 heures pour compléter le parcours. Un temps qui est loin d’être excessif pour un défi de cette taille.

« Ce qui m’a le plus surpris, c’est le niveau d’intensité requis pour réussir cette épreuve, affirme Stéphane Girard. Dans les vidéos, on voit les gens qui marchent et qui sont relax, mais ce n’est pas du tout ça. Je marchais le plus vite que je pouvais, entre 5 et 6 km/h, accoté au fond. Il faut tout le temps pousser parce que le cut-off (la barrière horaire) est toujours en arrière de toi. »

La gestion du sommeil devient alors un élément clé de la réussite. « Dans mon premier 200 miles, j’avais pris trop de pauses repos, environ 11 heures. Cette fois-ci, je me suis limité à quatre ou cinq heures, histoire de récupérer sans trop perdre de temps », précise Guy Brouillette.

Stéphane Girard s’est également contenté de quatre heures de repos durant sa course, ce qui lui causé quelques désagréments. « J’ai eu des périodes d’hallucination. Même si j’étais à 5 km du ravito, je voyais et j’entendais les gens du ravito, c’était vraiment intense », se remémore-t-il.

Retour vers le futur

Quelques jours après leur odyssée, la forme était déjà de retour pour les deux coureurs.

Désormais, Stéphane Girard compte bien compléter le BigFoot 200 puis le Moab 240 Endurance Run, deux courses qui font partie de la même série que le Tahoe Endurance Run. Quant à Guy Brouillette, après un 100 miles très plat dans seulement un mois, le Ghost Train Trail Race, son grand objectif de 2019 sera sans doute le Tor des Géants.

Marie-Josée Hotte sur le podium du 100 km

À noter que Xavier Berruel, de Montréal, et Kathy Adams, de Chelsea, étaient également de la partie. Xavier a pris la 5e place au classement général après 67 h 18 min, tandis que Kathy a terminé 7e femme en 79 h 06 min.

Martin Barrette, Martin Lachance et Marie-Josée Hotte ont bouclé de leur bord le 100 km. Cette dernière s’est d’ailleurs illustrée puisqu’elle a terminé sur la troisième marche du podium féminin (12e au classement général).

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