Courir un ultramarathon malgré la sclérose en plaques

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Ronald Beirouti sur le parcours de l'Ultra-Trail Harricana - Photo : Nicolas Mithieux

Atteint de la sclérose en plaques, Ronald Beirouti a bouclé les 125 km de l’Ultra-Trail Harricana (UTHC) le 10 septembre dernier, malgré une préparation perturbée par la maladie.

Jamais cet homme de 44 ans n’avait pensé accomplir un tel exploit, lui qui a commencé la course à pied au début de la vingtaine. Il en garde un souvenir très précis : « C’était un 1er décembre! »

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Ce chef d’équipe en développement informatique chez Ubisoft a depuis toujours su maintenir un rythme d’entraînement régulier. Finissant de plusieurs triathlons, demi-marathons et marathon, il a également participé aux parcours de 28 et de
65 km de l’UTHC en 2014 et en 2015.

Lorsqu’il a appris qu’il était malade, il y a bientôt trois ans, il s’est dit que « ça pourrait être bien pire ». Cette capacité à relativiser et à faire ressortir le positif de toute situation le suit partout, y compris dans sa pratique sportive. Celle-ci l’aide d’ailleurs beaucoup dans la gestion de sa maladie, contribuant à en atténuer les effets.

Pas sûr d’être au départ

Maladie auto-immune, la sclérose en plaques perturbe l’émission du flux nerveux vers les muscles, conduisant à la mort progressive des cellules nerveuses.

Pour Ronald, cela se traduit notamment par des périodes de fatigue intense, des problèmes de coordination et des troubles de la vision. Ce sont autant d’obstacles supplémentaires à gérer lors d’une course en sentier, par défaut déjà semée d’obstacles. Quand un épisode plus intense de la maladie s’est manifesté chez lui quelques temps avant l’événement de 125 km, cela n’a pas facilité sa préparation.

Finalement présent au départ de la course, ce père de famille n’avait pour seul objectif que de rallier l’arrivée. « On verra bien », s’est-il dit. Plusieurs de ses amis participaient également à l’UTHC, dont Olivier, membre du même club de triathlon que lui, avec qui il a finalement fait toute la course. « Il a été comme un troisième œil pour moi, d’une grande aide pour repérer tous les reliefs du terrain », précise Ronald. D’autant plus que c’était sa première course de nuit.

La difficulté des descentes

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Sur la ligne de départ du parcours de 125 km – Photo : Ultra-Trail Harricana/Jérôme Kearney

Ronald courait également pour la première fois avec des bâtons. « L’année passée, j’étais tombé six fois lors du 65 km. Je m’attendais donc à tomber au moins
douze fois sur le 125 km. À l’arrivée, aucune chute, les bâtons m’ayant beaucoup aidé à m’équilibrer, surtout dans les descentes, lorsque les sensations étaient moins bonnes ».

Car il faut savoir que lorsque la chaleur corporelle augmente durant les montées. Les symptômes de la maladie se font alors plus sentir, rendant les descentes plus délicates le temps que corps retrouve sa température. Lorsque celles-ci le permettent…

Après le mont des Morios, « mystique », et La Noyer, où il se faisait constamment dépasser en descente par des coureurs aux appuis plus sûrs, Ronald a accueilli avec soulagement la fin de la première partie de course lors de son arrivée au ravitaillement des Hautes-Gorges, où sa femme et sa fille l’attendaient. Il en est reparti l’esprit serein, ayant toutefois à l’œil la barrière horaire, une heure derrière lui.

Une deuxième partie de course, qu’il connaissait bien en raison de son expérience des deux dernières années. Alors entré dans la gestion de l’effort de longue distance et l’inquiétude de la barrière horaire écartée à l’entame du dernier tiers de course – « plus qu’un marathon! », Ronald s’est efforcé d’effacer les ravitaillements de son esprit, se concentrant sur le moment présent et prenant des repères de plus en plus rapprochés le long du sentier au fur et à mesure des kilomètres.

« Le plat au milieu de la montagne Noire ne semblait jamais arriver ». Ont suivi les « vingt derniers kilomètres les plus longs de ma vie », dit Ronald. La marche prenait de plus en plus le pas sur la course, les douleurs musculaires étant très présentes. Après le dernier ravitaillement, il a trouvé la force d’accélérer le rythme. « J’avais hâte d’arriver! »

Ronald, qui dit avoir « passé par toutes sortes d’émotions », a finalement franchi la ligne d’arrivée avec Olivier après minuit, sa famille et ses amis en guise de comité d’accueil.

Prochain objectif? La gestion de sa maladie, puis viendra la question du prochain défi sportif. Avec toujours cette même résilience qui le fait avancer pas à pas.

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