Pas de Barkley cette année pour les Français, mais le Défi du Cauchemar

Alexandre Ricaud
Les Français n'ont pas pu faire le déplacement dans le Tennessee pour participer à la Barkley - Photo : courtoisie

MISE À JOUR – Peter James a terminé, vendredi 19 mars, la boucle du Défi du Cauchemar hors délai pour pouvoir repartir sur un deuxième tour. Le coureur britannique a parcouru les 32 km et 4500 m de dénivelé positif en 13 h 32 min. Il améliore quand même de 3 h l’ancien record détenu par Louis-Pierre Piludu. Ce dernier devrait tenter lui aussi sa chance au cours des prochaines semaines.

Alexandre Ricaud, qui est à l’origine de ce parcours dans les Pyrénées, a abandonné après le neuvième point de passage sur les 16 que comporte la boucle. Dans un message sur sa page Facebook, il explique qu’il a eu « trop froid » et être « trop cuit » pour poursuivre au-delà. « J’ai encore une grosse marge de progression et j’ai encore appris aujourd’hui », a-t-il reconnu.

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Les deux hommes s’étaient élancés symboliquement sur ce défi en même temps que les participants de la Barkley 2021.


L’envoûtante Barkley, cet ultra-trail hors sentier sans balisage de 160 km et 20 400 m D+ officiellement, qui se court à la boussole, dans le lugubre parc de Frozen Head dans l’État du Tennessee, sera une course « locale » en cette année 2021, au grand dam de Lazarus Lake, son fondateur. La pandémie et les contraintes sanitaires des différents pays font qu’il n’y aura, à deux exceptions près, que des Américains devant la barrière jaune, la « Yellow Gate », qui symbolise la ligne de départ et d’arrivée. Mais une course se déroulera, comme un clin d’œil, en simultanée en France, sur le parcours du Défi du Cauchemar, dans les Pyrénées, sous la houlette d’Alexandre Ricaud, un fan absolu de la Barkley.

L’événement avait dû être annulé au dernier moment l’an dernier, mais sauf surprise de dernière minute, le départ sera donné dans les prochaines heures ou les prochains jours. 

Seulement 36 coureurs (au lieu de 40 habituellement), dont neuf femmes, prendront le départ lorsque celui que tout le monde surnomme « Laz » aura décidé d’allumer sa cigarette.

Aussi fascinante et médiatique soit-elle, la Barkley est d’ordinaire déjà très intime, mais cette édition 2021 le sera encore plus puisque les coureurs ont été invités à venir sans assistance.

Un Tchèque et un Argentin auront toutefois le privilège de se mêler aux coureurs des États-Unis en dépit des circonstances. « Ils sont arrivés il y a plusieurs semaines et ont respecté une quarantaine et présenté des tests négatifs, ce qui nous a permis de les inclure dans le groupe » a justifié Gary Cantrell, le vrai nom de Lazarus Lake, dans une entrevue accordée au quotidien Ouest-France. Il a également confié au journal que l’absence des Européens lui « crevait le cœur ».

Déception pour les Français

Alexandre Ricaud Barkley
Lazarus Lake et Alexandre Ricaud – Photo : courtoisie

Alexandre Ricaud était l’un des Français qui avaient été retenus pour participer à la Barkley (ils étaient apparemment sept au total en comptant ceux sur la liste d’attente, croit Alexandre, sans vouloir en dire davantage). Il lui a fallu digérer une deuxième année de suite le regret de ne pas faire le voyage comme prévu pour tenter l’impossible (seulement 15 finisseurs depuis 1986). « Je l’ai pris avec beaucoup de déception, a-t-il dit à Distances+. Mais j’avais été davantage déçu en 2020 parce que l’annulation avait eu lieu vraiment juste avant le départ. Ça avait été assez brutal. Cette année, on s’était inscrits, mais on savait qu’il y a avait des doutes sur la tenue de la course. »

Alexandre a découvert la Barkley en 2016 lorsqu’il avait accompagné le Français Rémy Jegard, qui participait à l’événement cette année-là, pour filmer sa course. « J’ai pu éclaircir un peu le mystère de la Barkley, le lieu, l’environnement et puis j’ai pu rencontrer Lazarus Lake », raconte le traileur.

Il est retourné à Frozen Head en 2018 pour accompagner Benoît Laval, un autre champion français amoureux de la Barkley. Entre-temps, il avait tenté d’être sélectionné pour l’édition 2017, en vain. En 2019, il avait été retenu sur la liste principale, mais s’était blessé juste avant la course. En 2020 et 2021, c’est la pandémie qui aura eu raison de son rêve. « Je pense avoir le triste record du nombre d’abandons », a-t-il plaisanté en annonçant la mauvaise nouvelle sur sa page Facebook.

Le Défi du Cauchemar inspiré de la Barkley

Alors à défaut de pouvoir aller se perdre dans la forêt et la brume de Frozen Head, il participera en parallèle à une course en off en simultanée, sur le parcours du Défi du Cauchemar qu’il a lui-même tracé en 2016, justement à son retour de la Barkley, complètement séduit par l’expérience qu’il venait de vivre.

« Vu mon profil de coureur, je m’étais dit que [si je déposais ma candidature pour participer à la Barkley] je ne serais pas pris sur la liste principale, mais je voulais quand même connaître la sensation d’évoluer sur ce type de boucle », raconte Alexandre Ricaud. Pour cela, il a tracé une boucle dans les Pyrénées, ressemblant à celle de la Barkley, de 32 km et environ 4500 m de dénivelé positif.

Pour coller le plus possible à la réalité du terrain, il s’est appuyé sur la carte qu’il avait pu consulter lors de l’édition 2016. « Je me suis rendu compte que ça ressemblait beaucoup au Piémont pyrénéen, où j’ai vécu pendant assez longtemps. Ce qui m’a frappé, c’est que sur un relief presque banal, on peut tracer quelque chose de monstrueux », s’enthousiasme-t-il.

Contrairement à la Barkley, en revanche, il n’y a pas de pages de livres à arracher. Il faut toutefois toucher des points caractéristiques avec la main, comme la porte d’une église. Et à l’inverse de la course américaine, il n’y aura pas de contrôle. « Je pense que quand on vient sur ce genre d’épreuve, on sait pourquoi on vient et on joue le jeu », estime Alexandre Ricaud.

Ils ne seront que… deux au départ

Alexandre Ricaud
Comme la Barkley, le parcours Défi du Cauchemar passe souvent hors-sentier – Photo : courtoisie

Grâce à un contact sur place à Frozen Head, qui l’avisera quand Laz soufflera dans la conque, annonçant le départ une heure plus tard, il s’est organisé pour s’élancer en même temps que les 36 concurrents de l’autre côté de l’Atlantique.

Il devait être accompagné par deux autres coureurs, Peter James, un Britannique, spécialiste des raids multisports, et Louis-Pierre Piludu, le « moins mauvais sur le Défi du Cauchemar », comme le qualifie Alexandre Ricaud en précisant que son ami détient le record du premier tour de la boucle pyrénéenne en 16 h 30 min. Malheureusement, ce dernier, qui visait un premier tour en 12 h, a finalement décliné au dernier moment en raison d’un impératif professionnel.

« Sportivement, c’est important de continuer à vivre, assurait Louis-Pierre Piludu lors d’une entrevue avec Distances+ avant de renoncer à courir. C’est rare dans l’histoire de la Barkley qu’il n’y ait pas eu d’Européens en course. C’est primordial de montrer que les Européens sont toujours là et qu’ils gardent le lien avec les États-Unis. »

« Je referai le Défi du Cauchemar en solo dans l’année, assure le kinésithérapeute entre deux rendez-vous. Il faut toujours se challenger pour avancer. »

Un entraînement pour la vraie Barkley

Alexandre Ricaud et Peter James devraient s’élancer avec comme objectif de terminer la première boucle dans les temps, soit 13 h 20 min.

Peter James estime pour sa part qu’avec son expérience des raids multisports, il peut viser les trois tours, synonyme de « Fun Run » s’il termine en moins de 40 heures (la Barkley compte 5 tours à boucler en 60 h, la Fun Run 3 tours à courir en 40 heures).

Mais les deux traileurs redoutent que la météo vienne leur compliquer la tâche. Au moment d’écrire ces lignes, les prévisionnistes annonçaient quelques averses, mais surtout du vent avec des rafales à 30 km/h, sans compter les giboulées de mars.

Ils prennent cette aventure comme un entraînement grandeur nature en vue d’une future participation à la Barkley, la vraie. Ils ambitionnent d’y participer dans les années à venir et de peut-être ajouter leur nom à la liste des 15 finisseurs de la course. Personne n’a réussi à terminer l’épreuve depuis John Kelly en 2017.

Traditionnellement, le départ de la course est donné un samedi, vraisemblablement ce 20 mars, mais Alexandre Ricaud se tient prêt à se lancer avant cela, car « il pourrait y avoir des surprises cette année ». C’est aussi ça la magie de la Barkley, l’inconnu.



 

 

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