La mythique SaintéLyon en France : l’ultra où l’on brave le froid, le neige et la nuit

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Les 17 000 participants de la SaintéLyon 2017 ont dû faire face à des conditions hivernales exceptionnelles - Photo : Gilles Reboisson

DÉCEMBRE 2017 – Doyenne des grandes courses en sentier en France, la SaintéLyon, qui traverse les monts du Lyonnais entre les villes de Saint-Étienne et Lyon, est LA classique de fin de saison. Elle se déroule en nocturne, parcourt 73 km pour 2000 mètres de dénivelé positif et est généralement marquée par des conditions hivernales difficiles. La 64e édition qui vient de s’achever n’a pas dérogé à la règle en offrant aux 17 000 participants un froid polaire, un vent de nord soufflant en rafales en altitude, d’épaisses couches de neige et des descentes verglacées.

Sept formules de courses distinctes étaient proposées, à savoir le 73 km en solo ou en relais (à 2, 3 ou 4 coureurs), la SaintExpress de 44 km, la SaintéSprint de 22 km et la SaintéTic de 12 km. Ces trois dernières courses s’élancent des trois derniers ravitos du grand tracé.

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Peu avant 23 h 30, samedi soir dernier, massés serrés comme une gang de manchots derrière la ligne avant le départ, les participants grelottent et sautillent pour tenter de se réchauffer. « Qu’est-ce que je fous là? C’est débile, je vais mourir de froid », s’exclame une coureuse dans un ultime moment de frayeur, puis l’animateur libère la foule. « Allez, allumez vos frontales! » exhorte-t-il, en souhaitant à tous une bonne nuit.

Les sept premiers kilomètres se parcourent sur le bitume, brillant par endroit, jusqu’aux sentiers de Sorbiers où pointent les premières « vraies » montées, marquant le début d’une longue alternance de côtes et de descentes plus ou moins techniques. Rapidement, en se retournant, on profite de l’image saisissante et scintillante de l’interminable ruban lumineux. Non sans quelques frissons, d’autant qu’au froid s’ajoute un certain silence dans le peloton. L’ambiance est étonnante. Zen et feutrée.

Neige, verglas et patatra

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Le fameux ruban de frontales – Photo : Gilles Reboisson

Le parcours de la SaintéLyon est plutôt roulant, mais la neige au sol a tendance à alourdir l’allure générale. Au sommet de presque chaque ascension, des groupes de supporteurs sont rassemblés auprès d’un feu de bois. Ils hurlent leurs encouragements. Ce soutien est un supplément d’âme au coeur de la nuit.

Quant aux portions descendantes, elles se révèlent presque systématiquement glissantes. La section la plus ardue, d’une vingtaine de kilomètres, entre Sainte-Catherine et Soucieu-en-Jarrest, a été le théâtre de chutes en continu dans les descentes. En cause, la glace noire invisible qui a causé bien du stress aux participants agacés de se retrouver les fesses au sol. Cela jurait dans tous les sens. À l’arrivée, nous avons croisé une victime dans la zone récupération de la Halle Tony Garnier à Lyon. « Je suis parti en grand écart, j’ai tout de suite senti la déchirure dans ma cuisse, raconte-t-il, fataliste. Je suis bon pour une grosse pause hivernale. »

Aux ravitaillements, dans le « ventre moue » de la course, c’est la cohue. On note une certaine indiscipline. Ça joue du coude. C’est un peu au plus fort la soupe, le bout de fromage et le morceau de saucisson, même si la quantité de bouffe et la diversité de produits sont assez hallucinants. « Ah, ça, on sait vivre nous mon gars! » plaisante l’un des nombreux bénévoles.

L’ennui, avec les ravitaillements installés en extérieur, c’est le refroidissement immédiat lorsqu’on s’arrête. Prendre le risque de prendre son temps, dans ces conditions météorologiques, c’est de toute évidence une erreur. Plusieurs coureurs ont dû sortir leur couverture de survie pour combattre un début d’hypothermie. « Je pensais être bien équipée, mais il n’y a pas moyen, je n’arrive pas à me réchauffer », déplorait une coureuse d’un certain âge, dépitée de devoir abandonner. À ses côtés, ils étaient une dizaine dans la même situation, à rester muet, la tête basse.

L’une des règles, lorsque l’on court en conditions hivernales, c’est de ne pas s’arrêter trop longtemps, pour ne pas se refroidir. Alors les ravitaillements en intérieur, comme à Soucieu et Chaponost, apparaissent comme providentiels. « Là, je peux prendre le temps de me poser un peu, de manger, de boire une bonne soupe, de m’allonger un moment, sans craindre de me geler les c****. Si je veux finir la course, c’est indispensable », explique un coureur qui marchait depuis un bon moment avant d’être en mesure de reprendre des forces et de se réchauffer.

Si le tracé de la SaintéLyon a semble-t-il été revu et corrigé au cours des dernières années, intégrant davantage de chemins, il emprunte encore de nombreuses sections de route. « Pour moi, ce n’est pas une course de trail », bougonne un jeune athlète qui a fini l’épreuve. « C’est sûr que comparée aux autres ultras, il y a une vraie différence, mais il faut arrêter de se prendre la tête, on s’en fout, a rétorqué son ami qu’il a retrouvé un peu après la ligne d’arrivée. Il est quand même bien sympa cet ultra, et moi j’en ai chi***, je suis très fier d’être allé au bout »

Victoire de Meyssat et Chaverot

Caroline Chaverot
Caroline Chaverot a remporté la 64e édition de la SaintéLyon – Photo : Gilles Reboisson

C’est le coureur local Emmanuel Meyssat, champion de France de course en montagne et de trail court en titre, qui a remporté la 67e édition de la SaintéLyon, pour la seconde année consécutive en 5 h 18 min. Il a devancé de près d’un quart d’heure deux autres français, Jérémy Pignard et Benoit Cori, vainqueur en 2013 et 2015.

Chez les femmes, c’est Caroline Chaverot, championne du monde de trail et victorieuse cette année du Lavaredo Ultra Trail en Italie et de la Hardrock aux États-Unis, qui l’a emporté. Elle a bouclé les 73 km en 6 h 37. C’est « une belle surprise pour terminer l’année », a sobrement commenté l’athlète de 41 ans. Jennifer Lemoine et Aline Coquard ont pris les places d’honneur, après avoir bouclé leur périple respectivement en 6 h 56 et 6 h 59.