On sait maintenant qu’il y a de plus en plus de femmes dans l’ultra

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La Zimbabwéenne Emily Hawgood a remporté l'Ultra-Trail Harricana 2019 - Photo : Vincent Champagne

Tous ceux qui participent à des ultras le savent : il y a généralement beaucoup moins de femmes que d’hommes au départ des longues distances. Mais le nombre de femmes qui s’alignent sur des ultras croit, et rapidement, comme le démontre une nouvelle étude statistique. On y apprend aussi que l’écart de performance entre les femmes et les hommes est de plus en plus petit.

En janvier dernier, Paul Ronto, directeur de contenu chez RunRepeat, en collaboration avec Vania Nikolova, experte en analyses mathématiques, et l’International Association of Ultrarunners, publiait une étude sur l’état des ultramarathons. Ils ont analysé ce type de courses au cours des 23 dernières années.

Plus de 5 millions de résultats, issus de plus de 15 000 événements organisés entre 1996 et 2018 ont été intégrés dans une vaste base de données. Ils permettent de tracer un portrait révélateur de la participation et de la performance des femmes à ces événements.

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Sans surprises, la participation des femmes aux ultramarathons a bondi au cours des deux dernières décennies. La proportion de femmes dans ce type de courses est passée de 14 % en 1996 à 23 % en 2018, soit une augmentation de 64 %. 

Le Canada fait bonne figure à ce chapitre, arrivant au deuxième rang, derrière l’Australie et devant les États-Unis, pour la proportion de femmes participant à ces courses de longue durée.

Participation relative des femmes (rouge) et des hommes (noir) aux ultramarathons par pays.

Les femmes, presque aussi rapides que les hommes

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La Guyanaise Carine Loyer a remporté la TransMartinique 2018 – Photo : Vincent Champagne

Les nations les plus rapides sont les mêmes, peu importe le sexe des coureurs, soit l’Afrique du Sud, la Suède et l’Allemagne. 

Le Canada, qui figure au 12e rang pour le nombre de coureurs participant à des ultramarathons, prend le 10e rang chez les femmes et le 9e rang chez les hommes pour la vitesse moyenne de ses coureurs.

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Alors que les femmes étaient beaucoup plus lentes que les hommes jusqu’à il y a une dizaine d’années, elles sont à présent presque aussi rapides que les hommes, en moyenne, dans les ultramarathons. 

L’explication est la suivante : pendant que, avec la croissance en popularité des courses de longue durée, les hommes ralentissaient à un rythme de 17 % entre 1996 et aujourd’hui, les femmes ont seulement ralentit de 8 %. 

L’étude montre aussi clairement ce qui a été maintes fois démontré dans différentes disciplines : plus l’épreuve est longue, plus l’écart entre les hommes et les femmes rétrécit. Et dans les distances les plus extrêmes (plus de 195 miles), ce sont même les femmes qui deviennent en moyenne plus rapides que les hommes.

Écart entre la vitesse de course des hommes et des femmes selon la distance

Des différences biologiques

Pour comprendre comment cela est possible, examinons d’abord les différences physiologiques qui expliquent pourquoi les femmes sont moins performantes que les hommes dans les épreuves d’endurance.

Facteurs favorisant les hommes 

Les principaux déterminants de la performance en endurance sont le VO2max (consommation maximale d’oxygène), l’endurance (la capacité à maintenir un pourcentage élevé de son VO2max pour une longue période de temps) et l’efficacité gestuelle (la dépense énergétique requise pour courir à une vitesse donnée).  

Le VO2max des athlètes féminines élite est généralement d’environ 10 % inférieur à celui des athlètes masculins de même niveau, principalement à cause d’une combinaison d’une plus grande masse adipeuse et d’une plus petite quantité de globules rouges pour un même poids corporel chez les femmes.  

L’endurance dépend principalement de la fonction mitochondriale, c’est-à-dire du nombre et de l’activité des mitochondries, ces petites usines de production d’énergie dans les muscles. Rien ne suggère que les femmes aient une fonction mitochondriale réduite par rapport aux hommes et on mesure donc des niveaux d’endurance similaires entre les hommes et les femmes de même niveau. 

L’efficacité gestuelle est complexe et multifactorielle, mais il n’y a généralement pas de différence entre les sexes pour cette qualité. 

Facteurs favorisant les femmes

Certains déterminants de la performance en endurance, et particulièrement en ultra-endurance favorisent les femmes. Plusieurs études suggèrent que les femmes sont meilleures pour gérer leur allure durant une course de longue durée comme un marathon, ralentissant moins que les hommes dans la deuxième moitié de la course. 

Physiologiquement, dans des efforts d’intensité moyenne, comme c’est le cas dans un ultramarathon, les femmes utilisent davantage de lipides et moins de glucides que les hommes, permettant ainsi d’épargner les stocks limités de glycogène musculaire et hépatique, un avantage certain dans les courses de longue durée. 

Ainsi, plus l’épreuve est longue, moins le VO2max a d’importance et plus l’endurance, les stratégies de gestion d’allure et la capacité d’oxyder des lipides deviennent importantes, expliquant la réduction, voire l’inversement, de l’écart de performance entre les hommes et les femmes. 

Pourtant, selon l’étude de Paul Ronto, alors que les femmes représentent 61 % des coureurs sur 5 km, plus la distance augmente, plus la proportion de femmes diminue (elle est de 34 % au marathon, de 23 % aux ultramarathons de moins de 50 miles et de 16 % dans les courses de plus de 50 miles). 

Ainsi, on peut penser que des facteurs sociaux et comportementaux jouent également un rôle dans les différences de performance. Il serait donc intéressant de s’intéresser au niveau d’entraînement et à la qualité de la préparation des hommes et des femmes participant aux plus longues distances.

Références :

  • Ronto, P. The State of Ultra Running 2020, 12 février 2020. 
  • Joyner, M. Physiolgical limits to endurance exercise performance: influence of sex. J Physiol 595.9 (2017) pp 2949–2954.
  • Devries, M.C. Sex-based differences in endurance exercise muscle metabolism: impact on exercise and nutritional strategies to optimize health and performance in women. Exp Physiol 101.2 (2016) pp 243–249.

Myriam est kinésiologue et doctorante en physiologie de l’exercice. Comme physiologiste de l’exercice à l’Institut national du sport du Québec, elle conseille notamment les équipes nationales de paranatation, de canoë-kayak et de paracyclisme. Elle est aussi formatrice pour le diplôme avancé en entraînement, chargée de cours à l’Université Laval et, bien sûr, skieuse de fond et coureuse en sentiers dans ses temps libres! On peut la rejoindre sur sa page Facebook.

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