Une jeune entreprise française fabrique des vêtements de course à partir de bouteilles en plastique

Bomolet
Nathan Darly (à gauche) et Flavien Thouroude (à droite) sont les deux créateurs de Bomolet - Photo : Alexis Collaudin Digital

40 000 km, c’est la distance parcourue par un t-shirt entre sa production et le moment où il se retrouve sur les épaules d’un consommateur, d’après Novethic. Et chaque année, 100 milliards de vêtements sont vendus sur la planète, selon Greenpeace. Les jeunes entrepreneurs lyonnais Nathan Darly et Flavien Thouroude sont partis de ce constat pour créer Bomolet, une marque de vêtements de course à pied éco-responsables et confectionnés en France à partir de bouteilles en plastique recyclées. Distances+ s’est intéressé à ce projet naissant.

Des produits « co-créés » avec les consommateurs

Pour la production de ses produits, les bouteilles en plastique usagées et mises au recyclage sont collectées par une entreprise spécialisée dans le Piémont en Italie, à 300 km de Lyon, où sont basés Nathan Darly et Flavien Thouroude.

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Cette même entreprise, par l’intermédiaire d’un processus très technique, transforme les bouteilles en un fil ressemblant en tout point à un fil de tissu classique. Celui-ci est envoyé au tricoteur, en banlieue lyonnaise, qui s’occupe de fabriquer la maille, composant de base du vêtement. La durabilité étant un critère non négligeable pour être éco-responsable, ces vêtements sont conçus pour être résistants avec notamment des doubles surpiqûres et un montage en colletage. 

Avec le design réalisé à Villeurbanne, le filage à Turin, le tricotage à Bourgoin-Jallieu (Isère), l’atelier à Bobigny (Seine–Saint-Denis) et les finitions à Saint-Étienne, la marque assure qu’un t-shirt livré à Brest ne parcourt « que » 2500 km. 

Si aujourd’hui, il n’existe qu’un t-shirt sur la boutique en ligne, Bomolet prévoit développer prochainement un vestiaire complet et notamment un short et des chaussettes « pour équiper les coureurs de la tête jusqu’au mollet », plaisante Nathan Darly.

Pour confectionner ces nouveaux produits, une enquête est disponible sur le site de la marque afin de mieux comprendre les attentes des consommateurs. « On prend le temps de co-créer nos produits pour que le produit ne colle pas seulement à nous, mais aussi à nos clients, explique Nathan Darly. Ça permet de faire un produit qui leur correspond en prenant en compte leurs attentes, tant sur le design que sur la technicité. »

Un voyage humanitaire déclencheur

Bomolet
Les t-shirts Bomolet sont confectionnés en France – Photo : Alexis Collaudin Digital

Le premier projet des deux amis, qui ont fait une école de commerce et obtenu leur diplôme en 2020, n’était pas de créer une marque de vêtements. En 2018, ils ont participé à une mission humanitaire aux Philippines organisée par l’organisation non gouvernementale (ONG) Gawad Kalinga. 

« On a vu la réalité qui sévit dans ces pays-là, raconte Nathan Darly. Les personnes, notamment celles qui travaillent dans l’industrie textile, font souvent des horaires de malades, ne travaillent pas toujours dans des conditions hyper clean. Je passe certains détails, mais on a vraiment pris conscience que notre mode de consommation en tant que Français et en tant qu’Européens a un impact chez les autres et pas chez nous. »

Les deux amis, qui sont également passionnés de course à pied, ont questionné leur propre façon de consommer, que ce soit leur alimentation au quotidien ou leur habillement. Ils se sont rendu compte qu’il n’est pas facile d’être éco-responsable quand il s’agit d’équipement sportif.

« On était hyper frustrés de ne pas pouvoir étendre notre démarche sur le textile sportif, a souligné Nathan Darly. Si demain tu as besoin d’un t-shirt de running, globalement tu vas aller chez Nike, Adidas, Décathlon, Intersport et ce genre de boutiques. Mais dans ces boutiques, tu ne trouves pas de produits éco-responsables pour la course à pied, et si jamais tu en trouves, ils sont souvent fabriqués à l’autre bout du monde dans des mauvaises conditions de travail. »

Flavien Thouroude a alors lancé une pétition dans laquelle il proposait d’instaurer un système inspiré du Nutri-Score, qui a pour but d’informer les consommateurs sur la qualité nutritionnelle d’un produit, pour les vêtements. « Cela devait permettre à chaque consommateur de mesurer l’impact environnemental de ses vêtements, raconte le jeune diplômé. On a vu que des marques modifiaient leur recette pour que les consommateurs [déçus par le mauvais score de leurs produits préférés] reviennent vers leurs produits. On s’est dit que c’était un super moyen de redonner du pouvoir aux consommateurs en l’appliquant aussi au textile. »

Lancée en juin 2020, la pétition avait recueilli 28 636 signatures.

Une campagne de socio-financement réussie

Ce succès avait permis aux deux hommes d’avoir des contacts avec des personnalités politiques et notamment Brune Poirson, qui était à l’époque secrétaire d’État au ministère de la Transition écologique et solidaire. « Mais on a vite compris que ça serait compliqué, que ça prendrait du temps de faire bouger les choses et qu’il y aurait des résistances. Ça nous a un petit peu frustrés parce qu’on avait envie d’avoir de l’impact rapidement » se rappelle Nathan Darly. 

C’est à ce moment que le projet et la marque de vêtements Bomolet a vu le jour.

Pourquoi Bomolet? « On a trouvé ça assez explicite parce qu’au final on court avec quoi? Avec nos jambes et nos mollets, répond le co-créateur de la marque. On voulait quelque chose qui sonne français, mais aussi léger et assez fun. »

Ils ont porté leur projet via la plateforme de financement participatif Ulule, un bon moyen de tester l’intérêt pour le produit tout en récoltant des dons et en limitant les risques d’après Nathan Darly. La campagne a remporté un franc-succès puisqu’il y a eu 408 pré-commandes, soit le quadruple de leur objectif initial (100).

En prime, la marque Bomolet a remporté un concours organisé par la Maïf qui regroupait quatre projets présents sur Ulule en lien avec le sport et l’impact environnemental positif. Bomolet avait recueilli 48 % des votes du public, lui permettant d’empocher 1500 € attribués. « Ça a concrétisé tous nos efforts, assure Nathan Darly. Ça montre bien le retour positif, que le produit plaît, qu’il est en demande et dans l’air du temps. » Ce prix et les pré-commandes ont permis de lancer la production des premiers produits.

« Un moyen, pas une finalité »

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Les t-shirt Bomolet parcourent 2500 km entre la production et la vente contre 40 000 en moyenne pour un t-shirt « classique » – Photo : Alexis Collaudin Digital

La marque Bomolet s’inscrit dans un élan plus général de prise de conscience des enjeux climatiques. Nathan Darly est persuadé que « tous les acteurs du running ont un vrai rôle à jouer sur la préservation de l’environnement ». Avec entre 5 et 13 millions de pratiquants de la course à pied en France, selon la façon de compter. Le marché de la course à pied est d’une taille conséquente et a un impact environnemental certain.

Ces enjeux environnementaux ont vu naître quelques marques proposant des produits issus de circuits courts comme Wise Trail Running ou Coureur du Dimanche, mais ont aussi incité les principaux acteurs à bouger. La marque suisse On Running propose désormais un abonnement permettant de renvoyer ses chaussures une fois qu’un coureur ne les utilise plus pour qu’elles soient recyclées.

Mais Nathan Darly reste sceptique sur les actions des plus grandes marques. « J’attends et j’espère qu’ils viendront sur une part beaucoup plus importante de produits éco-responsables, avertit-il. Ils sont bien gentils à dire qu’ils font des produits à partir de plastique recyclé, mais s’ils en font 5000 et que, à côté, ils en font 2 millions en production classique, ça reste une goutte d’eau dans l’océan. »

Le jeune coureur insiste d’ailleurs sur le fait que si ces acteurs majeurs du marché venaient à poursuivre dans cette voie, Bomolet aurait accompli sa mission.

« Au final, ces marques représentent tout le marché et si demain elles passent toutes en 80 ou 90 % recyclés et que tout le monde achète mieux, Bomolet n’a plus besoin d’exister et “job is done”, analyse Nathan Darly. On contribuera et on fera bouger les choses d’une autre façon. Bomolet, c’est un moyen, pas une finalité. »

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