De Casablanca à La Mecque en vélo : l’aventure d’une vie pour l’ultra-marathonien Karim Mosta

Karim Mosta sur son vélo entre Casa et La Mecque
Pour son périple entre Casablanca au Maroc et La Mecque en Arabie Saoudite, Karim Mosta a parcouru 8000 km en vélo à travers 12 pays en trois mois - Photo : courtoise

Karim Mosta court un peu partout sur la planète depuis plus de 30 ans. Ce grand sportif franco-marocain de 66 ans compte 29 Marathons des Sables et plus de 150 raids à travers le monde à son actif. Il estime avoir parcouru près de 220 000 kilomètres sur ses deux pieds, soit l’équivalent de cinq fois le tour de la Terre. L’an dernier, ce spécialiste de l’ultra-endurance a réalisé un rêve en reliant, à vélo cette fois, sa ville d’origine, Casablanca, à La Mecque en Arabie saoudite. Un grand périple de 8000 kilomètres et 65 200 mètres de dénivelé positif à travers 12 pays. Il revient avec un peu de recul pour Distances+ sur cet événement qui a marqué sa vie.

D’origine musulmane, Karim est parti le 4 mai 2019 du Maroc pour rejoindre en trois mois (109 jours) l’emblématique ville sainte de l’Islam en passant par l’Espagne, la France, l’Italie, la Slovénie, la Croatie, la Serbie, la Bulgarie, la Turquie, le Liban et la Jordanie, le temps d’un voyage « culturel et symbolique » plein de « rencontres inoubliables ». Au départ, il avait imaginé réaliser cet incroyable projet à pied, mais il s’est ravisé en raison de l’ampleur du défi et des risques encourus en raison de l’instabilité géopolitique (qui règne au Moyen-Orient).

Distances+ : Quelles ont été tes motivations durant ton périple?

Karim Mosta : Ce sont les gens et les rencontres qui ont été mon moteur : ce conducteur de camion qui s’arrête avec une bouteille d’eau fraîche, ce directeur d’hôtel qui te surclasse, car il comprend tes efforts et tes motivations, cet inconnu qui t’invite à manger, et tous ceux qui te suivent sur internet. Chaque coup de pédale te fait découvrir un nouveau paysage, là de nouvelles montagnes, là de nouvelles étendues d’eau et bien sûr des climats différents.

Chaque pays apporte ses odeurs, ses plats, ses paysages. Notre monde est magnifique! C’est tout ça qui m’a fait avancer et oublier mes douleurs. En trame de fond, je pensais aux deux petits orphelins pour qui j’avais ouvert une cagnotte Leetchi pour l’occasion.

As-tu eu des craintes durant cette expédition?

En vivant dehors la plupart du temps, j’ai craint les mauvaises rencontres, de me faire voler mon vélo, ce qui aurait sonné l’arrêt de l’aventure. J’ai été malade la première semaine en Espagne. Heureusement, j’ai été aidé par un pharmacien local. Je suis resté discret sur le moment pour éviter d’inquiéter mes proches. Quand j’étais seul dans la tente, au milieu du désert, je me disais « personne ne pourra venir me sauver s’il m’arrive quelque chose ». Je me suis perdu quelquefois aussi, mais ça fait partie du jeu.

Comment as-tu géré ton effort en étant malade dès le début de ton aventure?

Je ne pouvais plus rouler, il faisait chaud, je vomissais, mais il fallait avancer pour ne pas perdre trop de temps. J’ai tenu trois jours puis j’ai vu la pharmacienne qui m’a donné un anti-vomitif et une nourriture liquide réhydratante. J’ai alors pris un jour de repos. En repartant, je n’étais pas encore en grande forme, mais je savais que j’allais aller mieux. Il fallait que je m’en convainque. J’ai caché mon état à mes proches et à mes contacts parce que cela m’aurait plus stressé encore de répondre aux questions qu’ils m’auraient tous posées. J’ai préféré faire le silence et la magie! Quand ma femme me demandait pourquoi je n’avançais pas vite, je lui disais que c’était la montagne, la chaleur ou le début de l’aventure, que mon corps allait s’habituer. J’ai bien fait. Je n’ai plus été malade jusqu’à mon arrivée.

L'ultra-marathonien spécialiste du désert Karim Mosta
L’ultra-marathonien spécialiste du désert Karim Mosta – Photo MDS

Comment as-tu vécu ton arrivée à La Mecque?

L’arrivée fut dure physiquement et mentalement. Il y a beaucoup de tunnels très pollués là-bas. La grande mosquée apparaissait, puis disparaissait devant moi. Elle jouait avec moi. J’avais des frissons, j’avais envie de pleurer et j’avais envie de rire. J’étais content d’arriver et j’avais hâte de rejoindre ma famille, surtout ma fille qui avait besoin de mon soutien, mais j’étais aussi malheureux que mon périple se termine. J’ai vécu une aventure extraordinaire alors tout se mélangeait dans ma tête.

L’accueil des pèlerins, tous ces gens extraordinaires qui ont économisé des années et des années pour faire leur pèlerinage, restera un moment très sympa. Ils me posaient plein de questions en voyant mon petit vélo avec le drapeau marocain. Ils voulaient prendre des photos avec moi, ils me félicitaient. À La Mecque, il n’y a plus de nationalités, de riches ou de pauvres, nous sommes tous des pèlerins. Étant d’origine musulmane, je voulais y aller (une fois dans ma vie), c’est spirituel, comme d’autres veulent aller à Lourdes en France ou d’autres à Sainte-Catherine du Sinaï (Égypte).

Où es-tu allé chercher l’énergie d’aller au bout malgré la difficulté du voyage?

J’avais une force en moi inexpliquée. C’est très personnel, mais la foi m’a donné du courage en plus pour atteindre mon but. La Mecque a été mon nirvana, mon apothéose, mon feu d’artifice, ma cerise sur le gâteau. J’ai touché mes rêves avec les mains. J’ai écrit mon histoire en pédalant, avec mon courage, mon mental et ma foi. C’est une histoire formidable en traversant l’Afrique, l’Europe, l’Asie Mineure et le Proche-Orient. C’est une histoire que je pourrai raconter à mes petits-enfants. Et peut-être le raconteront-ils à leur tour à leurs enfants et leurs petits-enfants plus tard.

Tu n’as vraiment que de bons souvenirs?

J’ai plus de bons souvenirs que de mauvais. J’ai eu beaucoup de chance, il ne m’est rien arrivé de grave. Surtout quand on pense que j’ai fait l’équivalent de deux fois le tour de France sans assistance.

Quels conseils donnes-tu à celles et ceux qui ont envie de se réaliser également à travers un défi personnel?

Il faut beaucoup de patience. Il ne faut pas être pressé d’arriver. Et il faut du mental. C’est comme pendant une longue montée en courant. Tu sais que c’est dur, ça monte, ça monte, mais la récompense sera le plaisir de la descente. Tu deviens alors ton propre coach et ça permet de te dépasser. Et puis, faîtes-vous plaisir, l’important est là, c’est la première de mes motivations, avec la joie de découvrir et de rencontrer des gens simples, mais extraordinaires.

Notre corps est merveilleux, il ne faut pas avoir peur de l’utiliser, de repousser nos limites. L’effort m’a rendu libre et m’a permis d’aller plus loin.

Karim Mosta, qui est désormais organisateur de course, sera à la barre de deux événements cette année au Maroc, la Chefchaouen, en août, et la Race Desert Marathon, co-organisée par un autre champion, Abdelkader El Mouaziz, en octobre. Il devait aussi organiser le Bourgogne Tonnerre Trail qui devait avoir lieu dans quelques jours et qui a été annulé en raison de l’épidémie de coronavirus. Il donne également des conférences sur le dépassement de soi, qu’il illustre grâce à son périple Casa-La Mecque.

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