Mathieu Blanchard terrassé par le mal des montagnes au Maroc

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L'UTAT : 105 km, 8000 m D+, sept sommets au-dessus de 3000 m d'altitude et des paysages arides à couper le souffle - Photo : Max Draeger

DISTANCES+ À OUKAÏMEDEN – Pour la première fois de sa jeune carrière de coureur en sentier, Mathieu Blanchard a abandonné lors du terrible Ultra-Trail Atlas Toubkal (UTAT) au Maroc. En forme physiquement, le champion habitué aux victoires au Québec, 13e de l’UTMB cette année, a été terrassé par les effets de l’altitude. Il a mis un terme à son calvaire à seulement 15 km de l’arrivée. Avec philosophie, sans rien regretter.

C’est son compagnon de sentiers escarpés, le Français Rémi Loubet, un montagnard expérimenté, qui l’a emporté après 19 h de course dans le mauvais temps, quelques mois seulement après avoir miraculeusement survécu à une avalanche en Alaska (lire plus bas).

Sur les 107 coureurs qui s’étaient élancés le week-end dernier du plateau d’Oukaïmeden, à 2600 m d’altitude, seulement 44 ont réussi à aller au bout, la majorité d’entre eux en plus de 30 heures.

Un ultra extrêmement dur

Les somptueux paysages arides du Haut Atlas - Photo : UTAT
Les somptueux paysages arides du Haut Atlas – Photo : Max Draeger – Mountain Visuals

L’UTAT, c’est 105 km pour 8000 m de dénivelé cumulé et sept sommets à plus de 3000 m d’altitude à gravir. L’une des particularités, c’est que la plupart des points de contrôle et des zones de ravitaillement sont inaccessibles autrement qu’à la marche ou à dos de mule.

« Je l’ai vraiment eu difficile! C’est sans doute la course la plus difficile au monde », assurait Mathieu au micro de Distances+ au lendemain de sa déconvenue, estimant avoir pris une leçon d’humilité, face notamment à l’impact de l’altitude.

Mathieu Blanchard, qui craignait plus le manque d’oxygène que les restes de sa fatigue héritée de l’Ultra-Trail du Mont-Blanc, a immédiatement pris la tête de la course avec Rémi Loubet. Les deux athlètes se sont bien entendus et ont creusé l’écart sur leurs poursuivants.

« J’ai passé les trois ou quatre premiers cols en tête de course avec Rémi, ça se passait bien, se remémore-t-il. Mais après le ravitaillement du km 55, ça a commencé à bien monter, jusqu’à 3500 m. Et là, ça a été un coup de foudre. J’ai été frappé de plein fouet par une migraine comme jamais. La douleur que j’ai ressentie était telle que je voulais me jeter de la falaise. De toute ma vie, je n’avais jamais autant souffert, à retenir mes yeux pour ne pas qu’ils sortent de mon crâne. Chaque pas me résonnait dans la tête… l’enfer! »

Rémi, habitué à l’altitude, aux mauvaises conditions en montagne et en pleine possession de ses moyens, s’est envolé. Au village éphémère installé à Oukaïmeden, les infos arrivaient au compte-gouttes. On comprenait que Mathieu avait perdu plusieurs places, mais sans savoir pourquoi.

Une souffrance insoutenable

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Mathieu Blanchard a mis un terme à sa course à seulement 15 km de l’arrivée – Photo : Rich Couret

« J’ai eu ce qu’on appelle le mal des montagnes, a souligné Mathieu. En arrivant en haut, à 3500 m d’altitude, ça n’allait pas du tout. J’ai demandé au poste de contrôle ce qu’il fallait que je fasse, et on m’a conseillé de redescendre au plus vite pour récupérer de l’oxygène. C’est ce que j’ai fait, mais ce fut un vrai chemin de croix. J’ai fini par arriver au ravitaillement, au km 67, qui était quand même à 2900 m d’altitude. Une chance qu’il y avait un médecin, il m’a mis dans une tente pour que je puisse me reposer, faire une petite sieste, et m’a donné des médicaments. »

« La migraine est passée après deux heures de repos, a raconté l’athlète montréalais. J’avais encore un col à passer à 3700 m. J’étais bien physiquement, mais j’avais tellement souffert que j’avais vraiment peur qu’en remontant là-haut, la douleur revienne… Donc, j’ai décidé de m’arrêter là. »

Mauvaise nouvelle pour Mathieu, entre le km 30 et le km 90, comme l’avaient précisé avant le départ les organisateurs lors du briefing, il n’y a pas de sortie possible du parcours. Les bénévoles l’ont informé qu’il devait rester là jusqu’au lendemain et qu’il y aurait cinq heures de marche minimum et un col à plus de 3000 m à passer. « Donc, je me suis dit que j’allais me sortir de là tout seul, en continuant la course. Je l’ai pris tranquillement, dit-il. J’ai davantage profité du paysage jusqu’au village d’Imlil, au km 90, atteint après un peu plus de 20 h d’efforts. Pour moi, c’était la fin de la course. J’en avais assez. Je n’avais plus de plaisir. » 

À Imlil, Mathieu s’est de nouveau reposé, profitant pour une rare fois de la complicité avec les bénévoles. « D’habitude, quand je suis sur une course, c’est à peine si j’ai le temps de leur dire bonjour », se moquait-il de lui-même lors du Couscous party offert le lendemain à tous les coureurs. « Je suis frustré, mais ravi d’avoir vécu cette expérience-là. »

Toutes les difficultés d’un ultra-trail poussées à leur paroxysme

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La beauté du Haut Atlas marocain – Photo : Nicolas Fréret

À son retour à 2600 m d’altitude, la pilule semblait être passée. Assis sur une grosse pierre posée au beau milieu des pâturages d’Oukaïmeden, il a tenu à prévenir tous ceux qui voudraient se frotter à l’UTAT le cœur léger : « Tous les critères qui définissent un trail sont ici poussés à leur paroxysme : le ratio énorme distance-dénivelé – tu ne fais que monter et descendre -, l’altitude – tu passes au moins 10 h au-dessus de 3000 m -, la technicité du terrain – avec tout le temps des roches qui roulent sous les pieds, d’innombrables rivières où l’eau est gelée à traverser… Tu n’as aucun répit! C’est techniquement fatiguant et, sur cette édition du moins, on n’a pas eu de chance avec la météo. Il y avait des rafales de vent, de la pluie, de la grêle et de la neige… »

« Le beau côté, c’est que j’en ai pris plein les yeux, s’est enthousiasmé Mathieu Blanchard. On n’est pas habitué à ces paysages arides. En altitude, au-dessus de 3000 m, ça devient lunaire. Et l’ambiance de la course est formidable. Ce que je retiens aussi, c’est qu’on est baignés dans la culture berbère. On est avec eux l’espace de quelques jours. C’est eux qui partent avec leur mule pour monter les zones de ravitaillement dans la montagne. C’est beau de vivre ça! »

« Je ne suis pas quelqu’un qui abandonne »

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Le village éphémère de l’UTAT, installé sur le plateau d’Oukaïmeden – Photo : Tobias de St-Julien

Avant cette course, Mathieu Blanchard n’avait jamais envisagé l’option d’abandonner. « C’est mon premier DNF et je veux en tirer des leçons positives, a-t-il dit. J’ai fait des erreurs, je me suis cru un peu plus fort que tout le monde en arrivant la veille de la course et en pensant que je n’allais pas subir le mal des montagnes, mais ça m’a frappé de plein fouet. L’expérience que je tire de cela, c’est que si je dois revenir sur une course qui se passe en altitude comme ça, si je n’ai pas quelques jours avant pour m’acclimater, je n’irai pas. »

Le mois prochain, Mathieu s’alignera sur l’Ultra-Trail Guatemala, une course qui franchit un sommet à 4000 m d’altitude. Mais il aura eu le temps de s’adapter à cet environnement.

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