Jean-François Bégin s’apprête à conquérir son cinquième désert

Photo : Thiago Diz

C’est le 17 mai que le chirurgien orthopédiste de Québec Jean-François Bégin va affronter l’impossible. « The Track » est une course de 522 km en plein cœur de la brousse australienne. En reviendra-t-il vivant? L’athlète n’en est pas à sa première mission impossible…

« Il y a neuf étapes et chaque étape est plus longue que la précédente. Les 240 derniers km sont courus dans les trois derniers jours de l’événement », explique-t-il. La seule consolation est au niveau du dénivelé. « Il y a environ 1700 m de D+ les deux premières journées. Pour le reste, c’est plat comme une plage », dit-il.

La participation à cette course, qui est chapeautée par une toute petite organisation, est limitée à 27 personnes et se fait en autonomie presque complète. « Il n’y a que l’eau et les tentes qui sont fournies. Il faut donc transporter sa bouffe et tout ce qu’il faut pour la faire chauffer. Mon sac à dos devrait faire environ 20 livres », dit Jean-François.

Dans ce type d’événement, l’aspect psychologique est aussi important que la préparation physique. « Il faut trouver chaque matin l’énergie pour répartir. Pour moi, c’est un jour à la fois et un ravito à la fois – on les retrouves à tous les 10 à 14 km. Il faut simplement se concentrer sur l’instant présent », dit-il.

Une mission altruiste

On peut se demander ce qui pousse un homme à courir ainsi, surtout que Jean-François est en voie d’accomplir une extraordinaire épopée. La « Track » sera sa cinquième course dans un désert, sur cinq continents.

Au-delà du goût de se dépasser, ce défi permet de contribuer au financement du Centre de cancérologie de la Rive-Sud de Québec. En effet, Jean-François a mis en branle son grand projet il y a 18 mois. « La fondation de l’hôtel Dieu de Lévis a démarré une grosse levée de fond pour la construction du Centre de cancérologie, explique-t-il. J’ai soumis mon projet de cinq courses sur cinq continents et après seulement une semaine, j’avais un commanditaire », dit-il.

Déjà, quatre des cinq courses au programme sont complétées : le Grand 2 Grand Ultra, aux États-Unis (273 km), une course de 250 km en Namibie, une autre à travers le désert de Gobi, en Chine (250 km), et une dernière en Antarctique (250 km). Par le passé, il avait aussi couru le désert de l’Atacama, au Chili.

« J’ai terminé dans le top 20 à chacune d’elles. Je suis ainsi devenu le second Québécois à être intronisé dans le 4 Desert Club pour avoir complété les quatre courses de la série du même nom ».

L’entraînement

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Photo : Zandy Manghold

Pour un coureur québécois, la préparation aux conditions désertiques, dont la chaleur et l’altitude, est un défi de taille. « C’est à peu près impossible de s’acclimater à ça avec nos conditions. Dans le désert de Gobi par exemple, j’ai couru par 53 degrés », dit-il. Le sable demeure cependant plus facile à simuler. « Il faut s’entrainer à courir dans la neige. »

Il reste que, pour le commun des mortels, la préparation requise pour des courses de cette envergure laisse songeur. « Pour mon premier désert, celui d’Atacama au Chili, j’ai voulu m’adapter à la monotonie de la course. Vers 21 h, après que les enfants soient couchés, je pouvais courir 45 km sur un tapis roulant devant un mur blanc sans musique ni rien d’autre », dit Jean-François.

Il a depuis changé ces habitudes. « Je travaille moins sur le mental, maintenant que je maîtrise bien cet aspect. Je fais également des sorties moins longues et je mise plus sur l’amélioration de ma technique de course », dit-il.

Sa charge hebdomadaire peut varier de 50 à 150 km par semaine, sur un mélange de route et de sentier. « Je vais parfois au travail à la course, de Cap-Rouge à Lévis. C’est 50 km aller-retour. Le week-end, je pratique mes dénivelés sur le mont Saint-Anne. Je tente également de courir avec un sac à dos chargé pour simuler les conditions réelles », précise-t-il.

Le rêve de la Barkley

Son périple australien n’est pas encore complété qu’il a déjà plusieurs projets en tête. « Il y le 125 km de l’Ultra-Trail Harricana qui me tente ainsi qu’une ou deux courses comme, par exemple, la Mauna2Mauna à Hawaï. Pour 2018, j’espère avoir accumulé assez de points pour me qualifier pour l’Ultra-Trail du Mont-Blanc », explique-t-il.

Mais le grand rêve de Jean-François demeure la Barkley Marathon, cette course mythique de 160 km et qui totalise 20 000 m de D+. « C’est dans ma ‘’bucket list’’. Ça fait trois ans que j’y pense et que je suis cette course. C’est dans mes intentions d’y participer un jour », dit-il avec enthousiasme.

« Je veux courir tant que ça va être possible et repousser mes limites », dit Jean-François, qui ajoute : « dans chacune de mes courses, j’ai toujours l’impression d’avoir atteint le fond du baril, comme dans le désert de Gobi. Par 53 degrés, je pensais réellement mourir et je me disais : comment vont-ils faire pour rapatrier mon corps ? »

Il l’a rapatrié lui-même, avec ses deux pieds, et il est toujours en vie.

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