Isaban Lehmann et l’ultravitesse

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Photo : Lee-Manuel Gagnon

Avec l’âge, l’endurance remplace naturellement la vélocité, et les courses sur courtes distances sont presque toutes dominées par les plus jeunes. Mais il existe quelques rares coureurs séniors qui savent briser cette règle. Portrait d’Isaban Lehmann, un coureur des bois ultrarapide.

Une quatrième place au 10 km de l’édition 2016 du XC de la Vallée, une troisième place au 6,5 km de la XTrail Sutton, deux premières places au 5 km de la Trail du Coureur des bois 55 ainsi qu’à la Trail du Saguenay puis, pour fermer la saison, une cinquième place au 25 km du Bromont Ultra. Pas mal pour un coureur qui en est à sa première saison et qui, la quarantaine entamée, affronte des compétiteurs qui ont pour la plupart la moitié de son âge. Intimidé de courir avec des plus jeunes?

« Pas du tout! C’est bon pour l’égo quand je gagne, c’est motivant », répond Isaban.

L’appel de la forêt

Natif et résident d’Hébertville, un petit village situé à 40 km à l’est de la ville de Saguenay, il a toujours baigné dans le sport et le plein air. « Adolescent, je faisais équipe avec mon frère et mon cousin, Blaise Dubois, dans les compétitions de crosscountry », raconte-t-il. Amateur de marche en forêt, de vélo à gros pneus (fatbike) et de raquette, c’est l’amour du bois qui lui a donné la piqûre de la course en sentier.

Il poursuit : « J’avais commencé à courir sur la route, mais je trouvais ça ennuyant. Quand j’ai essayé la course en sentier, j’ai retrouvé mon environnement familier ».

Agriculteur de métier, ce n’est donc pas le besoin d’exercice qui fait de lui un coureur en sentier, mais plutôt l’aspect social. « Je travaille toujours seul, donc mes activités sportives, c’est pour parler et rencontrer des gens », explique l’agriculteur-coureur. Le soir venu, équipé d’une lampe frontale, il est presque toujours accompagné par un groupe d’amis lors de ses entraînements. « C’est un complément à ma vie. »

Un coureur atypique

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Isaban à la ferme – Photo : courtoisie

« L’été, j’ai très peu de temps pour m’entraîner, avec mon travail et mes quatre enfants. Mes courses, c’était presque mes entraînements, c’est pour ça que j’ai couru beaucoup de 5 km », dit-il. N’empêche, performer à son âge sur de courtes distances demande des aptitudes particulières. « Mon travail est très physique et je suis agile de nature, c’est pour ça que j’aime la course en sentier. Plus c’est technique, plus il y a de roches et de racines, et plus je suis content. » N’espérez donc pas le revoir au Bromont Ultra. « C’est une course beaucoup trop roulante pour moi! »

Isaban est l’antithèse du coureur branché. « Je n’ai pas de GPS. Quand j’ai couru le 25 km du Bromont Ultra, j’avais ma montre à aiguilles. Un compétiteur m’a dit que c’était la première fois qu’il voyait ça dans une course de trail. Ça m’a un peu joué des tours, car il n’y avait pas beaucoup d’indications sur la distance qui restait, je n’avais aucune idée d’où j’étais rendu dans ma course », se souvient-il.

Ne cherchez pas non plus la clé de son succès dans les intervalles fractionnés ou le régime paléolithique; il court essentiellement au feeling. « Je cours quand j’en ai envie, le plus vite que je peux. Je n’ai aucune idée de mon temps au kilomètre. »

Nouveaux objectifs : un peu moins vite, un peu plus loin

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Photo : courtoisie

Pour 2017, Isaban a beaucoup de projets en tête. Assurément, un retour au XC de la Vallée, sa course préférée, tant pour l’organisation que pour le parcours très technique. Également au programme, une participation, à titre de bénévole, à la Trail de La Clinique du Coureur, à Lac-Beauport, où il donnera un coup de main à l’organisateur en chef, son cousin Blaise.

Deux projets lui tiennent également particulièrement à cœur : un voyage d’entraînement dans le sud de la France, au printemps, et un premier ultra de 50 km, l’Ultra-Trail du bout du monde, en Gaspésie. « J’ai le goût de faire de plus longues distances. Dans les courses de 5 ou de 10 km, les gens n’ont pas vraiment le temps de se parler, c’est très compétitif. Dans mon 25 km au Bromont Ultra, j’ai eu le temps de discuter avec les autres coureurs. On sent plus l’entraide que la compétition. » Son principal défi sera alors de trouver le temps pour s’entraîner. « Contrairement aux 5 km, courir de longues distances demande de l’entraînement. »

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Photo : courtoisie

Une chose est sûre, c’est la météo qui va dicter ses courses. « Je m’inscris toujours à la dernière minute à cause des travaux sur la ferme. S’ils annoncent du beau temps pour le weekend, je dois faire les foins. J’aime quand ils annoncent du mauvais temps, comme ça, je peux courir! »

Au-delà de ses projets, on sent chez lui l’amour des gens qui pratiquent cette activité. « La course en sentier, c’est une petite communauté où tout le monde en vient à se connaître. Je me suis fait des amis avec les organisateurs du XC de la Vallée. Est-ce que ça aurait été possible dans une course sur route? Je ne pense pas. Je me sens bien dans ce milieu où plusieurs partagent les mêmes valeurs que moi, prennent soin de leur corps, mangent bien et aiment la nature. »

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