David Jeker : « le plus important est de continuer à rêver »

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David Jeker - Photo : David Fontaine / Ultra-Trail Harricana du Canada
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La pandémie a chamboulé nos vies. Les athlètes ont dû s’adapter à l’annulation ou au report de la plupart des compétitions de trail dans le monde. Ils ont dû réviser leurs objectifs et adapter leur entraînement. En ce début d’année 2021, Distances+ a demandé à plusieurs coureurs inspirants de raconter comment ils vivent cette période inédite.

David Jeker est l’un des athlètes élites québécois qui parlent de trail, de vélo et de skimo avec le plus d’enthousiasme et d’envie, lui qui, à 33 ans, deviendra bientôt docteur en sciences du sport.

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Passionné invétéré, il semble ne jamais s’arrêter, ni de s’entraîner ni de gamberger pour trouver de nouveaux projets et défis sportifs à réaliser. Il est d’ailleurs, dans tous les sens du terme, difficile à suivre, et donne l’impression de se réinventer à chaque année, pour ne pas dire à chaque compétition. C’est un rêveur actif!

Sa dernière grande victoire remonte à l’Ultra-Trail Harricana du Canada en 2015, sur l’épreuve de 125 km (il a toutefois aussi gagné le Marathon du Mont-Royal en 2018 devant Mathieu Blanchard). Depuis, malgré sa motivation sans borne et des performances athlétiques plus que respectables, il n’est plus parvenu à monter sur un podium. Il se qualifie d’ailleurs lui-même, avec cette autodérision qui le caractérise, de « has been du trail » tout en continuant de participer à des courses organisées « parce que ça reste le fun l’ambiance au départ, avec tout le monde ». D’ailleurs, quand il est au départ d’une compétition, généralement un ultra, on peut toujours compter sur lui pour dynamiter la course, à l’image de la Diagonale des fous 2019, où il est parti comme une balle avant de faire fausse route avec tous les favoris, ou encore quelques semaines auparavant, lors du 125 km de l’Ultra-Trail Harricana, où il a mené un bon bout de temps en s’amusant comme un gamin dans les sentiers. Il avait terminé quatrième en hurlant de joie.

Début 2020, David Jeker s’était sérieusement questionné sur son envie de continuer l’ultra-trail, s’adonnant de plus en plus au cyclisme. Mais il semblerait qu’il ait, encore, changé d’idée. Et c’est tant mieux, car il manquerait probablement à la communauté s’il fuyait définitivement les sentiers. Entrevue!

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David Jeker sur un kilomètre vertical dans les Montagnes Blanches en 2019 – Photo : courtoisie

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Distances+ : Avec du recul, comment as-tu vécu ton année 2020?

David Jeker : Avec du recul, je me considère plutôt chanceux parce que j’avais prévu de ne pas faire d’ultra l’an dernier. J’avais mis la course à pied de côté de mon plein gré avant même que tout soit annulé. Et cette remise à zéro m’a fait le plus grand bien. J’ai compensé en faisant beaucoup plus de vélo qu’à l’habitude, plus même que l’année où je préparais un Ironman.

Je suis d’ailleurs plutôt fier de ma séquence de sept mois sans utiliser de transport terrestre polluant, même si j’ai pris les traversiers du fleuve Saint-Laurent quelques fois. J’ai même fait deux longues rides de vélo de 350 km pour me rendre à Charlevoix pour le défi du club « Harricana tout l’été » et revenir à Sherbrooke. Bref, je me suis bien amusé malgré tout.

Que retiendras-tu et quels enseignements as-tu tirés de cette période insolite?

J’ai compris à quel point ma pratique sportive ne dépend absolument pas de la tenue d’événements, ni même de la poursuite d’objectifs. Je fais plus de deux heures d’exercice quotidiennement parce que j’aime ça, parce que j’en ai besoin et non pour me préparer à une course. J’ai aussi réalisé que même si j’adore faire du vélo, je ne crois pas qu’il me soit possible de vivre autant d’émotions sur deux roues que lors d’un ultra-trail.



 

 

Qu’est-ce que la pandémie et ses conséquences ont eu comme impact sur ta carrière de coureur de haut niveau? Quelle est ta vision d’avenir à court ou long terme sur ta vie sportive?

N’ayant pas vraiment eu de bons résultats depuis 2015, je ne me considère plus vraiment comme un coureur de haut niveau. Ceci dit, « on ne peut pas dompter les rêveurs », comme l’écrit Paulo Coelho, et je me permets de croire que mes meilleures performances sont devant moi.

C’est plutôt le côté professionnel de ma vie sportive qui, je l’espère, gagnera en importance dans les prochaines années. J’aimerais pouvoir aider un maximum de coureurs à vivre des émotions positives à l’entraînement comme en compétition. Leur faire réaliser qu’avec une bonne préparation, un ultra peut se faire dans le plaisir.

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David Jeker lors de la Transgrancanaria 2020 – Photo : Trans TG

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Comment appréhendes-tu cette saison 2021? À quoi devrait-elle ressembler

Comme je suis en rédaction de thèse et que mon travail d’entraîneur se fait principalement à distance, j’ai décidé de m’installer au tout début de l’année au Mont-Tremblant pour profiter pleinement d’un terrain d’entraînement exceptionnel. J’adore cet endroit et je crois sincèrement que mon bonheur est ici. Pour la saison de trail, mes gros objectifs devraient être le Québec Méga Trail (en juillet) et l’Ultra Trail Harricana (en septembre). Je m’y rendrai probablement à ma façon, en vélo-camping. Et si les courses devaient être annulées, je me trouverai quelques défis intéressants à relever.

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David Jeker aime se rendre à vélo sur le lieu des courses auxquelles il participe au Québec – Photo : courtoisie

Quel message souhaites-tu faire passer à la communauté de traileurs et aux sportifs en règle générale en cette période difficile?

Je crois que le plus important est de continuer à rêver. Même si on a probablement perdu quelques bons moments et qu’il faudra peut-être faire preuve d’un peu plus d’imagination pendant encore quelque temps, c’est toujours en notre pouvoir d’en créer tout plein.


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David Jeker opte pour le ski de montagne l’hiver – Photo : courtoisie

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