Anne Champagne, l’athlète féminine Distances+ 2019

Anne Champagne, victorieuse au Québec Méga Trail – Photo : Vincent Champagne

En 2019, une étoile est née. La jeune coureuse lanaudoise Anne Champagne, que nous avions vue poindre à la toute fin de 2018 avec une belle victoire au Bromont Ultra, a pris les devants de la scène de la course en sentier, et a marqué la communauté par son talent, à sa première vraie saison complète de trail. Pour ses accomplissements, son attitude et sa maturité, Distances+, le magazine québécois de la course en sentier, lui décerne le titre d’athlète féminine de l’année.

Anne Champagne, 25 ans, qui exerce les professions de thérapeute en réadaptation physique et de massothérapeute, a pris son élan lors du The North Face Endurance Challenge New York, à Bear Mountain, mais s’est arrêtée en vol après s’être trompée de parcours en suivant à tort un groupe de coureurs. Embarquée sur le 80 km, qu’elle menait, elle a malgré tout parcouru la distance, en mode entraînement, malgré son auto-disqualification, puisqu’elle était prête mentalement et physiquement.

Quelques semaines plus tard, elle dominait l’ultra de 50 km du Trail de la Clinique du Coureur, arrivant exténuée au fil d’arrivée, fière d’avoir « poussé » à la limite de ses capacités, et ce, malgré une vilaine chute qui a fait jaillir le sang sur ses jambes.

Championne canadienne d’ultra-trail

Début juillet, elle était attendue de pied ferme sur le 110 km du Québec Méga Trail, où se jouait le titre de championne canadienne d’ultra-trail. Après une belle lutte avec l’athlète albertaine Ailsa McDonald, elle a franchi l’arche, victorieuse, en 13 h 08. « Du début à la fin, je me suis sentie vraiment bien », déclarait-elle sur le fil d’arrivée, survoltée.

À l’Ultra-Trail Académie, elle termine première chez les femmes, et deuxième au classement général, très loin devant sa poursuivante (2 h 20 d’écart), sur le format de 57 km.

Le reste de l’été, elle a multiplié les sorties dans différentes régions, à explorer les montagnes. Au passage, elle a complété le Défi des 5 sommets, dans Charlevoix, en une seule journée, avec deux amis. Ils ont mis 8 h 15 pour réaliser le tout au pas de course.

Une fin de saison entre DNF et victoire internationale

En vertu d’un partenariat entre le Québec Méga Trail et le Grand Raid de La Réunion, Anne a été invitée à aller courir la Diagonale des fous sur l’île de l’océan Indien en octobre.

Anne Champagne est toutefois restée concentrée sur son objectif de l’année : remporter le 125 km de l’Ultra-Trail Harricana, et tenter de battre le record de l’épreuve. Mais alors qu’elle bataillait avec la championne Zimbabwéenne Emily Hawgood (et future gagnante), elle a de nouveau chuté lourdement. Blessée, elle a été contrainte à l’abandon, avec beaucoup de tristesse.

Elle a toutefois pu s’accrocher à cette deuxième chance de mettre à profit son entraînement et sa détermination sur les sentiers ultra techniques réunionnais.

Ne s’estimant pas encore en mesure de s’aligner sur un 100 miles, elle a demandé à courir le Trail du Bourbon (115 km – 6500 m D+).

On la savait forte sur la scène locale, mais qu’en serait-il sur une compétition internationale de grande envergure? Eh bien, Anne Champagne a défoncé le Trail du Bourbon, le remportant en établissant un nouveau record de parcours en 17 h 34 (1 h 20 de mieux que le précédent). Sur place, le commentateur n’avait pas de mots pour qualifier l’exploit de la jeune Québécoise.

Des qualités humaines

Au-delà de ses résultats, Anne Champagne a démontré beaucoup d’engagement envers la discipline, en donnant notamment des ateliers de trail avec des gens de la région de Lanaudière. Très présente sur les réseaux sociaux, elle inspire plusieurs personnes en présentant un mode de vie axé sur le sport. En septembre, elle a participé à une discussion publique présentée par Distances+ dans le cadre de l’Ultra-Trail Harricana sur le thème de l’équilibre de vie.

Faisant montre d’une grande maturité, Anne Champagne a expliqué ne pas être pressée de réaliser les plus grandes courses du monde.

« Je me laisse du temps, parce que je ne suis pas vieille, et dans la longue distance, on voit que le pic [de performance] vient plus tard », disait-elle lors du Québec Méga Trail. C’est pour ça que cette année, je fais du trail au Québec, parce que je veux voir où je suis. Je vois que ça donne des bons résultats, alors l’année prochaine peut-être que j’essaierai d’aller un peu plus à l’international si je peux me le permettre. »

Elle vient de s’inscrire à la CCC de l’Ultra-Trail du Mont-Blanc, et comptera assurément parmi les favorites. Une seule athlète féminine a une meilleure cote ITRA parmi les élites engagées.

Comment sont sélectionnés les athlètes Distances+ de l’année?

L’équipe éditoriale de Distances+ analyse les résultats sportifs des athlètes d’ici et les remet en contexte en cherchant la signification de ces résultats au-delà de la simple liste des exploits.

Puis, les membres du jury observent d’autres critères plus généraux tels que la progression de l’athlète, sa démarche sportive et son esprit de compétition, son éthique, ses qualités humaines et son engagement dans la communauté.

La distinction vise à souligner l’apport exceptionnel d’un athlète masculin et d’une athlète féminine à notre discipline et à son rayonnement.

À lire aussi :

Cinq raisons de faire du ski de fond l’hiver

Jean-François Cauchon, l’athlète masculin Distances+ 2019