Adeline Roche : « depuis le début du confinement, je n’ai pas mis mes baskets pour aller courir »

Adeline Roche championne du monde trail 2017 en Italie
Adeline Roche championne du monde trail 2017 en Italie - Photo : FFA
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Le confinement obligatoire instauré en France pour endiguer le coronavirus ainsi que l’annulation ou le report de toutes les compétitions jusqu’à cet été au plus tôt, a mis la saison de tous les athlètes européens, souvent avant même qu’elle ne débute, sur pause. Mais comment vivent-ils cette période complètement inédite? Distances+ a posé la question à plusieurs des meilleurs traileurs français actuels au nom de l’ensemble de la communauté de coureurs.

C’est au tour d’Adeline Roche, l’actuelle vice-championne du monde de course en montagne longue distance, de nous raconter son confinement.

Adeline est l’un des piliers de l’équipe de France féminine de course en sentier. Elle s’est particulièrement distinguée en 2017 en étant sacrée championne du monde de trail, championne de France de trail courte distance (elle a conservé son titre en 2018) et championne de France de course en montagne.

En 2019, outre sa deuxième place aux mondiaux de course en montagne (41,5 km, 2200 m D+), Adeline Roche a remporté le championnat du monde de trail (44 km, 2100 m D+) avec l’équipe de France féminine, aux côtés notamment de Blandine L’Hirondel et de Sarah Vieuille, ainsi que le Trail de la Drome (43 km, 2200 m).

En 2020, son plus grand objectif ne sera pas sportif, mais familial, comme elle l’annonce ci-dessous.

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Distances+ : Comment vis-tu la période de confinement actuelle?

Adeline Roche : Je la vis plutôt bien, car tout d’abord j’ai la chance d’être en bonne santé et accompagnée de ma moitié. C’est certain que je préférerais être confinée à la campagne dans une maison, mais quand je pense, par exemple, à ceux qui doivent rester dans une chambre d’hôpital, je me dis que je n’ai pas à me plaindre.

Depuis l’annonce du début du confinement, je n’ai pas mis les baskets pour aller marcher ou courir. En fait, j’avais déjà réduit mon activité sportive, car il s’avère qu’avec mon compagnon nous attendons un heureux évènement. Du coup, suite aux annonces, j’ai fait uniquement un peu de sport à domicile pour mon bien-être.

Maintenant, il est certain que j’ai hâte de retrouver mes proches et amis, et que j’aurai un grand plaisir de retrouver dame Nature pour de petites balades. 

Parle-nous de l’impact que cela a eu sur ta motivation.

C’est le fait d’être enceinte qui a fait que mon année et ma vie sont chamboulées, mais ce n’est que du bonheur. Le confinement n’a pas eu d’impact sur ma motivation, il a surtout, comme pour tout le monde, modifié mon mode de vie et ne me permet pas de vivre pleinement, mais c’est du court terme et pour notre santé. Ce qui a été le plus difficile à vivre, je pense, pour l’être humain, c’est de ne pas savoir combien de temps allait durer le confinement et comment cela allait se passer exactement pour la vie en général. En ce qui me concerne, je suis considérée comme une personne à risque, donc je fais le plus attention possible.

Par ailleurs, ce confinement m’a permis de prendre du temps pour réaliser des choses qui passaient en second plan en temps normal.

Sur quoi te concentres-tu désormais?

Adeline Roche lors de sa victoire aux championnats du monde de trail 2017 devant sa compatriote Amandine Ferrato
Adeline Roche lors de sa victoire aux championnats du monde de trail 2017 devant sa compatriote Amandine Ferrato – Photo : FFA

Ma saison a été totalement revue et surtout stoppée depuis janvier du fait de ma grossesse, car plusieurs courses étaient planifiées depuis un certain temps.

Finalement, c’est comme si j’avais anticipé les annulations des courses ou une saison quasi blanche. Par contre, moi qui m’attendais à être sur le bord des sentiers, routes ou au bord de la piste, finalement je ne l’ai été que très peu.

Mon prochain défi, et non des moindres, sera d’apprendre à être une bonne maman!

Quel enseignement tires-tu de ce que nous sommes en train de vivre?

Il s’agit certainement d’un avertissement de la Nature à l’Humanité, donc il faut prendre ses responsabilités et réfléchir à notre mode de vie. Cette crise doit être l’occasion d’une transformation individuelle et collective. Ne serait-ce que la plupart des gestes barrières qui devraient déjà être dans les mœurs. Cette épidémie peut nous enseigner beaucoup sur nous-mêmes et sur notre civilisation. Elle nous rappelle en premier lieu que notre monde est vulnérable et que nous devons le repenser profondément. Cela confirme que notre liberté peut être vite remise en cause.

Par ailleurs, ce confinement et les mesures prises ont eu également des conséquences en matière d’environnement. Une baisse de la pollution atmosphérique; revoir la nature et les animaux reprendre leur place, c’est un pur bonheur. C’est là qu’on se rend vraiment compte de l’impact qu’a l’être humain. Malheureusement, ces effets positifs ne seront que de court terme.

Quel message souhaites-tu faire passer à la communauté de traileurs et aux sportifs en règle générale en cette période difficile?

Cette situation inédite, qui a modifié notre mode de vie et également notre activité sportive, nous permet de nous adapter et d’organiser différemment notre sport et notre préparation. Peut-être devons-nous nous servir de cette période pour le futur, notamment en période de blessure. Par contre, je pense qu’il ne faudra pas, lors du déconfinement, repartir comme si de rien n’était et, surtout, prendre ses responsabilités. De repartir progressivement pour que le corps se réhabitue à l’effort de la course à pied entre autres, et éviter de se blesser.

Il va falloir faire attention à notre façon d’agir à moyen et long terme pour vivre du mieux possible en adéquation avec la nature et la préserver.

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