Benoit Girondel, le grand vainqueur de la Diagonale des fous 2017

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Benoit Girondel au village de Saoû, dans le département de la Drôme, dans le Sud de la France / Photo : Charles Tirel

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Le Français Benoit Girondel a décroché une victoire de prestige en octobre dernier sur l’île de La Réunion. L’athlète de 31 ans, peu connu du grand public, a remporté la mythique Diagonale des fous (165 km pour 10 000 m de D+) devant le maître Antoine Guillon. À peu près personne ne l’attendait. Ce qui lui a permis d’illustrer ce qu’il martèle désormais : « Si tu as de la volonté, tu peux y arriver! »

Quelques minutes après avoir été acclamé au stade de La Redoute, à Saint-Denis, Benoit Girondel avait pris le micro qu’on lui tendait pour lancer un message à tous : « C’est une anecdote, mais lors de la présentation des élites, je n’ai pas été appelé (à monter sur la scène avec les favoris), avait-il lancé. [….] Alors, je voudrais dire à tous ceux qui s’entraînent qu’il n’y a pas besoin d’être élite, si vous avez du cran et si vous avez la motivation, vous allez pouvoir y arriver! »

Mais n’allez pas croire au hasard. Outre ses deux victoires à l’Endurance Trail du Festival des Templiers, en France (100 km pour 4900 m de D+) en 2014 et 2016, Girondel a terminé, cette année, 7e à la Transgrancanaria aux îles Canaries (124 km pour 6800 m de D+) et 4e à l’Ut4M, l’Ultra-Tour des 4 Massifs autour de Grenoble (176 km pour 12 000 m de D+).

Et puis, quand même, il avait déjà fait le voyage à La Réunion, en 2013, allant chercher une superbe 6e place. François D’Haene l’avait emporté en un temps record, et Kilian Jornet, blessé, avait fini la course avec son ultra-traileuse bien aimée, Emelie Forsberg, cinq heures après ce jeune athlète prometteur.

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Benoit Girondel – Photo : courtoisie

Haut niveau

Benoit Girondel n’est pas non plus devenu sportif de haut niveau du jour au lendemain. Avant de courir, il pédalait. Et vite. Mais il préférait les entraînements aux courses. Un jour, au travail, il tombe sur une affiche invitant les employés à participer à la SaintéLyon 2010, la doyenne des ultra-trails français (70 km à travers les monts du Lyonnais). Son employeur, la SNCF, s’engageait à payer la moitié des frais d’inscription. « Ça me semblait fou de relier en courant Saint-Étienne et Lyon », dit-il. Il a pris le départ, en nocturne, et il a aimé ça. Il a couru pendant un peu plus de 8 h 30, s’est pris au jeu et s’est aligné de nouveau l’année suivante, explosant son temps de deux heures.

« Je m’étais vraiment bien préparé et j’ai continué », a-t-il raconté à Distances+. Dans la foulée, courant mars 2012, il avait participé à l’Ultra-Trail Ardéchois (104 km pour 4500 m de D+). « Je me suis retrouvé à mener la course devant Antoine Guillon, Cyril Cointre et Renaud Rouanet, avant de me rendre compte que j’étais parti trop vite. » Mais il a limité les dégâts en finissant quatrième. Bref, dès le départ, Benoit a tutoyé les meilleurs.

L’athlète de l’équipe Asics refuse toutefois d’être mis dans le même panier que les « grands coureurs », tels que François D’Haene ou Kilian Jornet « Je ne me considère pas comme ça, s’agace-t-il gentiment. Ces gars-là sont des figures. Ils ont un sacré palmarès. On a gagné la même course, mais c’est pas du tout pareil… »

« Et puis, avec le boulot, même si je m’entraîne beaucoup, ça reste aléatoire, poursuit-il. Je ne peux pas faire les choses dans les règles de l’art. Je ne peux pas me consacrer qu’à cela – sous entendu : comme eux. De toute façon, moi ce qui m’intéresse, ce n’est pas d’être un athlète de haut niveau, ce n’est pas de courir des ultras, c’est de me lancer des défis. La Diagonale des fous, par exemple, le défi, c’est de traverser l’île. »

Athlète du Vercors

Benoit s’entraîne entre 10 et 15 heures par semaine, à raison d’environ deux heures de sport par jour. C’est le cas en ce moment où il diversifie ses activités, entre la course en sentier, le vélo de route, le vélo de montagne et la musculation. Durant ses blocs d’entraînements préparatoires à ses objectifs, il enchaîne plutôt huit heures de course à pied quotidiennement durant trois ou quatre jours d’affilée.

Son terrain de jeu, c’est le Vercors. « Je mets du dénivelé dans toutes mes sorties. Il me faut toujours un point de vue », précise-t-il. Il court régulièrement avec un petit groupe de trois ou quatre amis, et il fait aussi ponctuellement des randonnées de quatre ou cinq heures avec sa femme. En rando, « je prends un sac à dos et je mets du poids dedans pour maximiser la séance, souligne-t-il. J’en profite pour travailler ma technique de marche, la pose du pied, etc. Pour la préparation à un ultra, il faut vraiment travailler tout ça, tout comme les variations de rythme. »

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Lors de l’une de ses sorties dans le Vercors / Photo courtoisie

Encouragé par Jim Walmsley…

« Vas-y, t’es premier, fonce! » a crié Jim Walmsley à Benoit Girondel, lorsque l’athlète français s’est retrouvé à sa grande surprise face au grand favori de la 20e édition de la Diagonale des fous.

L’Américain avait explosé dans la descente après le kilomètre vertical du terrible Maïdo, s’arrêtant net par un manque brutal d’énergie alors qu’il avait 30 minutes d’avance sur son premier poursuivant.

Passée la petite émotion de se retrouver en tête, Girondel s’est interdit de divaguer. « Il ne fallait pas cogiter, même si j’y pensais. Il fallait continuer de courir, ne pas tomber, ne pas se faire une cheville… » C’est ainsi qu’il a tracé sa route vers la victoire.

Il assure n’avoir jamais voulu y croire avant la toute fin de course. « J’ai tout le temps pensé qu’Antoine Guillon allait me rattraper, se souvient-il. Ce n’est que dans la dernière descente pas du tout technique vers La Redoute, que je me suis dit « OK, tu l’as gagnée! » »

…et assisté par Xavier Thévenard

S’il a l’humilité de croire qu’il ne fait pas partie des plus forts (il n’a même pas mis de photo de lui sur sa fiche ITRA, l’association internationale de course en sentier), il n’est pas dupe de son potentiel. « Pour la Diagonale, je m’étais pas mal entraîné, reconnaît-il. Je savais que j’étais prêt, et que j’avais une chance de gagner. » Il était d’ailleurs le favori de son partenaire d’entraînement Xavier Thévenard, seul athlète à avoir remporté toutes les courses individuelles de l’Ultra-Trail du Mont-Blanc.

« Quelques heures avant le départ, Xavier m’a dit qu’il était trop fatigué pour courir, se souvient Benoit. Ça m’a mis une grosse pression. Il allait falloir assurer, ne serait-ce que pour tous les gens qui ont pris soin de nous et qui nous ont soutenus. »

Mais s’il a déclaré forfait, Thévenard s’est transformé en accompagnateur de luxe. « Je ne pensais pas qu’il allait me suivre toute la nuit. Il s’est investi à fond. Ça a joué sur mon mental. C’était vraiment un plus. J’avais un peu l’impression de courir pour les autres, poursuit-il. On ne me croit pas toujours quand je dis ça, mais j’aime savoir que l’on me suit et je suis plus content de voir les gens contents que je ne suis content de gagner pour moi. Ouais, je sais, c’est bizarre! » ponctue-t-il.

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Benoit Girondel et Xavier Thévenard à l’entraînement / Photo courtoisie

L’Harricana en 2018?

Benoit Girondel ne sait pas encore à quoi ressemblera sa saison 2018. « Peut-être que je retournerai à La Réunion, même si c’était hors de question de l’envisager sur la ligne d’arrivée, confie-t-il à Distances+. »

Il avait aussi le goût de courir la Hardrock 100, « pour son côté nature, libre, sans matos », mais il n’a pas été pigé à la loterie.

Il regarde également du côté du Québec, avec un intérêt tout particulièrement pour le 65 km de l’Ultra-Trail Harricana, en septembre prochain, une alternative à l’UTMB. Il a renoncé à cocher ce gros événement, qui arrive juste après une pause estivale contrainte et forcée. « Je suis allergique aux graminées. Ça me provoque des crises d’asthme et de l’insuffisance respiratoire, dit-il. Parfois, la nuit, je ne peux même plus respirer. Je ressors la tête de l’eau seulement autour du 15 août. Alors je préfère me mettre off et me relancer ensuite. Et, le pays des ours, ça me tente bien! »