Béatrice de Lempdes : la femme qui a vu l’ours

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Photo : Ultra-Trail Harricana/Michel Caron

SPÉCIAL HARRICANA – Alors que commence aujourd’hui l’Ultra-Trail Harricana, Distances+ présente des portraits d’athlètes qui prendront part à la course ce weekend.

« Il y a un ours sur le sentier. » Béatrice de Lempdes s’arrête net. Son compagnon de course, rencontré trente minutes plus tôt au ravito, éclaire la piste avec sa lampe frontale. Un petit ours est assis, tranquille, au milieu du chemin du 125 km de l’Ultra-Trail Harricana (UTHC). Il fait nuit noire, Béatrice court depuis 17 heures, et il lui reste encore 3 ou 4 heures à faire avant de franchir la ligne d’arrivée.

« Par chance, je n’étais pas toute seule, dit Béatrice, 48 ans, qui en était à sa deuxième participation à l’UTHC en 2015. Sinon, je pense que j’aurais rebroussé chemin! »

Les deux compagnons se mettent à chanter très fort, espérant faire peur à l’animal. Rien à faire, il reste plutôt indifférent.

« On a soufflé de toutes nos forces dans les sifflets accrochés à nos sacs. Il est parti dans le bois tranquillement », dit Béatrice. Les deux coureurs avancent alors pas à pas, scrutant chaque côté du sentier, avant de décamper quelques dizaines de mètres plus loin.

Par chance, aucun autre coureur n’a rencontré d’ours lors de l’édition 2015 de l’UTHC. L’aventure de Béatrice et de son compère rappelle toutefois que ces rencontres sont possibles et qu’il est important de connaître les recommandations en cas de nez à nez avec un tel animal.**

« Cette année, j’aurai plusieurs grelots sur mon sac, dit Béatrice, qui veut se faire entendre de loin. Je vais même en donner à mes amis! »

Reconnaissante

Car oui, elle sera de nouveau sur la ligne de départ du 125 km en 2016, avec son conjoint Frédérick. Il faudrait beaucoup plus que la peur de rencontrer un ours pour lui enlever l’envie d’affronter les montagnes, la nuit, les profondeurs des bois et sa propre intériorité.

« Le hasard de la vie a fait que l’un de nos très bons amis, avec qui on s’entraîne, a appris qu’il a la sclérose en plaques, explique Béatrice. C’est devenu un moteur pour retourner à l’UTHC », puisque l’organisation soutient cette cause depuis les tout premiers débuts.

Chaque fois qu’elle participe à une course, Béatrice prend un moment de recul pour se dire combien elle est choyée par la vie de pouvoir participer à des événements sportifs.

« Je suis consciente que je suis chanceuse de pouvoir faire tout ce que je fais. » Elle redonne un peu de ce que la vie lui apporte en organisant une importante collecte de fonds pour la Société canadienne de la sclérose en plaques.

Du temps pour soi

Béatrice est sportive depuis toujours. Elle a participé deux fois au marathon de Boston et une fois à celui de New York. Cette passion, elle se vit en famille, puisque tout le monde bouge à la maison. Les trois adolescentes du couple partent parfois ensemble faire du jogging sur le Mont-Royal, ce qui rend leur maman bien fière. Son mari Frédérick fait quant à lui des triathlons Ironman.

Engagée socialement, Béatrice donne de son temps dans le conseil d’administration d’un club de triathlon. Chaque jour, elle tente de courir, de sortir, de bouger, de mettre du mouvement dans sa vie. Cela lui permet de décompresser après le boulot, où elle accompagne comme interprète des enfants malentendants dans leur parcours scolaire.

Avec les années qui passent, c’est moins l’aspect compétitif qui l’attire que le mode de vie actif. Pourquoi les ultras? « Toutes les épreuves longues, qui viennent jouer en endurance, avec la force mentale, ça m’amène des émotions que je ne trouve nulle part ailleurs, dit-elle. Ce sont des moments de zénitude ».

C’est rare dans la vie de se donner
21 heures juste pour soi.
Je travaille à temps plein, les enfants, la vie… J’en profite, ce sont des moments pour moi. – Béatrice de Lempdes

Avec cet état d’esprit serein et confiant, Béatrice va reprendre les sentiers sauvages de Charlevoix, et courra sans s’ennuyer jusqu’au sommet des montagnes et à travers les vallées. Qui sait si son petit ours ne la saluera pas au passage, curieux plus qu’effrayé de voir qui peut bien se promener dans les bois avec autant de grelots sur son sac.


**À consulter : Conseils en cas de rencontre avec un ours – Parc Canada


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