Des grillons dans vos barres énergétiques : prêts à carburer aux insectes?

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Trois triathloniens. Deux histoires. Un même dénouement. Quel est le lien? Commençons du début.

D’un côté, il y a William Walcker et Minh-Anh Pham, tous deux qualifiés pour les championnats du monde de triathlon. En bons sportifs d’endurance, leurs bagages regorgent de barres et gels énergétiques, comprimés d’électrolytes et pâtes de fruits. Les deux amis sont toutefois un peu lassés de constamment devoir ingérer autant de suppléments pour répondre à leurs besoins énergétiques élevés. C’est alors que se pointe une idée un peu inusitée…

De l’autre, il y a la triathlonienne Marie-Loup Tremblay, arrivée au même constat il y a quelques années. Elle trouvait difficile d’atteindre ses apports recommandés en protéines, vitamine B12, fer et magnésium. Plus ou moins chaude à l’idée de se tourner vers les suppléments, elle déniche plutôt l’aliment par excellence pour éviter les carences : les grillons!

Oui, des grillons dans vos barres de protéines!

Au Québec, deux entreprises offrent actuellement des barres énergétiques cuisinées à base de farine de grillons. D’abord uKa Protéine, créée en 2013 par Marie-Loup Tremblay. Celle-ci avait le désir d’offrir aux amateurs de sport une solution écologique de remplacement des conventionnels produits de performance. Parmi les sources de protéines utilisées dans ses barres (protéines de pois et de riz brun), Marie-Loup a l’audace d’y ajouter de la farine de grillons. Une barre de 200 kcal contient environ 23 g de glucides ainsi que 10 g de protéines.

Un peu plus récemment, le duo de triathloniens de Montréal, entouré d’un ami ingénieur passionné par l’innovation alimentaire, d’un chef cuisinier et d’un nutritionniste, crée la barre Naak. Spécialement conçue pour les sportifs, cette barre présente le ratio idéal de glucides et de protéines (3:1) tant convoité pour optimiser la récupération après un effort physique. Pour 210 kcal, on y trouve environ 30 g de glucides pour 10 g de protéines. En plus, on y a ajouté une bonne dose de sel, soit 400 mg de sodium, un atout intéressant pour la récupération.

Le mantra de l’équipe est simple : « Less is more ». La courte liste d’ingrédients le démontre parfaitement. Composée de seulement neuf ingrédients bien connus et faciles d’accès (sauf, peut-être, les grillons…), cette barre a tout de ce qu’on pourrait cuisiner à la maison.

Au goût? Pas de souci d’arrière-goût de grillon. À moins d’avoir des superpouvoirs gustatifs, vous ne pourriez probablement pas faire la distinction.

Mise en garde : ces barres ont l’avantage d’être préparées sans noix et sans produit laitier, mais si vous souffrez d’une allergie ou d’une intolérance aux crustacés, vous pourriez avoir une réaction allergique en mangeant des produits à base d’insectes.

Bœuf ou grillons

Pourquoi autant d’attention pour de banals grillons? Vous seriez surpris de constater les multiples vertus que cachent ces petites bêtes. D’abord, le grillon est particulièrement riche en protéines, soit deux fois plus que le bœuf, en plus d’être riche en fer, en calcium, en vitamine B12 et en zinc.

Mis à part ses bénéfices nutritionnels, le grillon peut par ailleurs se vanter d’avoir un très faible impact environnemental. À ce sujet, saviez-vous que :

  • Cinq fois moins de nourriture est nécessaire pour produire 1 kg de grillons que 1 kg de bœuf (les grillons n’étant pas très difficiles, on peut leur servir à peu près n’importe quoi, même des déchets);
  • On observe le même principe avec la consommation d’eau, qui correspond à 77 l pour une portion de bœuf, contrairement à 0,6 l pour l’équivalent de grillons;
  • Comme les grillons relâchent nettement moins de méthane que les bovins, leur impact sur la production de gaz à effet de serre est jusqu’à 100 fois moins grand;
  • Alors qu’un cycle de production de bœuf s’étend sur 78 semaines, celui des grillons ne dure que six semaines.

Il n’est pas surprenant avec toutes ces données que l’Organisation des Nations unies pour l’alimentation et l’agriculture recommande dès maintenant aux consommateurs de favoriser de plus en plus les protéines de substitution, notamment les insectes comestibles.

Entomophages? Jamais de la vie!

On ne se le cachera pas, je vous imagine déjà grimacer en lisant cet article. C’est bien connu, les insectes sont loin de faire l’unanimité dans l’assiette des Québécois. Pourtant, près de 2 000 espèces d’insectes sont consommées par deux milliards de personnes en Afrique, en Asie et en Amérique latine. D’où provient donc ce blocage culturel? Les anthropologues pourraient mieux qu’une nutritionniste fournir la réponse à cette question.

Mis à part leurs rares expériences culinaires à l’Insectarium, les Québécois sont-ils prêts à faire une place à cette nouvelle source de protéines au profit de l’environnement et de leur santé? Surtout les coureurs en sentier, pour qui la préservation de la nature et de nos montagnes, bref de notre environnement, est si importante. Seriez-vous prêts à troquer vos suppléments conventionnels pour des produits plus écologiques fabriqués à base de farine de grillons? Ou du moins, à leur donner une chance?

Rappelez-vous : il y a quelques années, la simple idée de manger du poisson cru nous était totalement saugrenue. Aujourd’hui pourtant, qui se ferait dévisager à l’idée de manger des sushis pour dîner?


Grande gourmande et sportive assidue, Ève dévore les défis sportifs les uns après les autres. Fervente de toutes sortes de courses, allant de la course à obstacles dans la boue à celle en montagne, en passant par le centre-ville de Montréal, la nutritionniste a fait de la course à pied sa discipline de prédilection et de la nutrition sportive, sa passion.