Pas besoin de jambes, ni de bras, pour courir le Bromont Ultra

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Photo : Facebook

SPÉCIAL BROMONT ULTRA

La sédentarité et l’absence d’activités de plein air ne sont pas toujours une question de manque de volonté. Parfois, c’est tout simplement un manque d’occasions. Parlez-en à Steve Charbonneau de la Fondation des sports adaptés, qui s’est donné comme mission de remédier à cette lacune chez les gens à mobilité réduite.

La Fondation en sera ce week-end à sa deuxième participation au Bromont Ultra. Les sentiers, normalement inaccessibles aux personnes handicapées, seront envahis par de joyeux lurons grâce aux efforts de la Fondation. Neuf participants en fauteuil roulant adapté, ainsi que leurs équipes, courront une boucle en relais, pour un total de 80 km.

Ce sont donc quatre bénévoles pour chaque participant, sur 13 boucles de 6 km, soit un total de 30 participants en tout et… un dahü!

Steve éclate de rire en expliquant le nom de la chaise qu’il a conçue avec un ingénieur. Le dahu est un animal imaginaire, qui vivrait en montagne et qui ressemblerait à une chèvre. La chaise, plus allongée pour s’adapter à la foulée des coureurs, est munie d’une suspension indépendante de chaque côté pour négocier plus facilement entre les racines et les roches. Cet engin, dans lequel prend place chaque participant, est à la fois tiré et poussé par deux personnes.

Vu de l’arrière, « avec les bras avant qui dépassent comme une petite chèvre, surtout en montagne », dit Steve, le nom était tout désigné.

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Tout un défi

Yann Martin, qui sera le premier à partir à 3 h 30 du matin, est non seulement un participant, mais aussi un bénévole très engagé auprès de la Fondation. Ce qui l’intéresse, c’est surtout de pouvoir prendre part à des activités qu’il ne peut pas pratiquer seul et d’en faire profiter les autres, qui sont dans la même situation que lui.

Faire une balade sur une piste cyclable autour d’un lac, c’est pas mal moins intéressant que l’aventure du Bromont Ultra, dit-il. « Je peux le faire moi-même ». La beauté de la course vient de l’ampleur du défi sportif, de l’esprit d’équipe et des rires. Il prendra le départ dans la nuit, ce qui lui procure toute une décharge d’adrénaline. Il a hâte.

Des sensations fortes

À sa première participation, Martin Limoges ne connaissait pas la forêt. À cause de sa condition (il est un « homme-tronc », comme on appelle communément son handicap), et du fait qu’on en était encore à tester le dahü l’an dernier, on ne voulait lui faire faire qu’une boucle de 2 km sur le plat.

« Je suis allé là pour avoir des sensations fortes! dit-il. Je voulais aller dans la forêt! » Alors on l’y a emmené. C’est sans hésitation qu’il participe de nouveau cette année, cette fois-ci avec sa conjointe. Et il entend bien aller plus loin que l’an dernier.

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Photo : Facebook

Un acte militant

Pour Amanie Lusignant, paraplégique, cet événement comporte une part d’activisme. À ceux qui disent qu’il faut se concentrer sur l’accès des gens à mobilité réduite aux services essentiels, elle répond que le divertissement et les sorties en plein air sont tout aussi essentiels. «Il est nécessaire, dit-elle, de permettre aux personnes en fauteuil roulant de se promener en forêt.» Autant que de leur donner accès au métro.

Éric Bergeron renchérit. Pour lui, le plaisir de faire partie d’une équipe lui procure d’intenses sentiments de fierté et de joie. « On vit la même expérience que les autres », dit-il.

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Photo : Facebook

Une Fondation qui s’active

Depuis plusieurs années, Steve s’active à combattre le problème du manque d’inclusivité sur deux fronts. Tout d’abord, il veut augmenter l’accessibilité aux endroits qui sont normalement réservés aux personnes non handicapées. Il tente, pour ce faire, de réduire les barrières physiques.

Mais, surtout, il veut réduire les barrières psychologiques et souvent paralysantes qui font que beaucoup des personnes handicapées ne cherchent pas à sortir de leur zone de confort, par manque d’habitude ou par peur.

Ski nautique en été, ski alpin en hiver… être en fauteuil roulant, ou même ne pas avoir de bras ou de jambes, ne représente pas un obstacle pour ce mordu de la vie. Il veut communiquer son enthousiasme pour le plein air avec ceux qui en sont trop souvent privés.

Cette inclusion, ce bonheur partagé, cet oubli d’un handicap dans la bonne humeur et le partage d’expérience, Steve voudrait le faire vivre aux personnes handicapées à l’année. Il compte d’ailleurs étudier la possibilité de créer des projets impliquant le dahü dans des milieux entrepreneuriaux.

C’est ainsi qu’au Bromont Ultra, les personnes handicapées et non handicapées se retrouveront ensemble, au haut des montagnes, pour assister à un lever de soleil dans une folle course. Personne ne se sentira plus handicapé, l’espace d’un instant.


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