La bonne chaussure : un mythe à déconstruire

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Photo : Sage Friedman

Depuis plusieurs années, le physiothérapeute Blaise Dubois, fondateur de La Clinique Du Coureur, tente de contrecarrer le message dominant de l’industrie de la chaussure de course. Dans ce billet qui provoquera des réactions, il explique noir sur blanc sa vision de ce que lui inspire le marketing du sport.

L’évolution de la chaussure, dans les dernières décennies, a eu comme but principal de réduire l’incidence des blessures.

Même si l’ensemble des scientifiques s’entendent pour dire que les technologies d’absorption et de contrôle de la pronation n’ont aucun rôle préventif sur l’incidence des blessures, les compagnies continuent d’en faire la promotion pour une raison fort simple : c’est facile à comprendre pour le consommateur.

La majorité des chaussures modernes (approximativement 90 % du marché) se ressemblent puisqu’elles proviennent de la même façon de penser. Absorption marquée, talon surélevé, rigidité de la semelle au mi-pied, coupole calcanéenne rigidifiée, voilà des caractéristiques communes.

Aucune science solide ne justifie ces caractéristiques, mais bon nombre de scientifiques semblent ne pas les remettre en question. Notons qu’une grande partie des scientifiques qui publient sur la chaussure reçoivent, ont reçu ou espèrent recevoir de l’argent de l’industrie. Le biais commercial est fortement incrusté chez les scientifiques qui étudient la chaussure de sport.

Les compagnies, avec l’aide des détaillants et des magazines spécialisés, continuent de promouvoir ce type de chaussure (la chaussure moderne) auprès du grand public.

Les consommateurs sont fortement influencés par le marketing de la chaussure et suivent les recommandations des détaillants, qui perpétuent le paradoxe des technologies, absorption et contrôle de la pronation inclus.

Les choix de chaussures disponibles pour le consommateur comme pour les détaillants restent limités aux caractéristiques de la chaussure moderne. Les chaussures minimalistes pour enfants sont, par exemple, très difficiles à trouver.

Résultats? 

Les coureurs dépensent de l’argent pour des produits à la mode, mis en marché et promus par des compagnies à but lucratif et recommandés par des détaillants qui croient que ces chaussures vont prévenir les blessures.

Soyons réalistes

Le premier but des compagnies est de mettre en marché des produits commercialisables pour faire des profits. 

Les compagnies produisent des chaussures coûteuses qui sont recommandées par les détaillants et les magazines qui en retirent des bénéfices secondaires. 

Les coureurs désirent les produits les plus tendance et à la mode, et achètent les chaussures qui leur procurent un confort immédiat et, surtout, qui sont recommandées par le détaillant. 

Les coureurs ont été éduqués par les détaillants, les compagnies, les magazines et les professionnels de la santé, de longue date, à la fausse croyance qu’une bonne chaussure doit être chère, technologique, de marque connue, et qu’elle est conçue pour protéger des blessures. 

Le marché offre plusieurs chaussures différentes, mais celles-ci ont les mêmes caractéristiques. 

Les chaussures modernes ont une influence négative sur la prévention des blessures, de par leur influence biomécanique, anatomique et physiologique, mais elles sont devenues la norme depuis 30 ans. 

Les coureurs sont devenus tellement dépendants des chaussures modernes qu’ils ne peuvent plus faire la transition vers des chaussures plus simples sans courir le risque de se blesser lors de celle-ci. 

La confusion persiste donc jusqu’à perpétuer la fausse information que les chaussures simples (minimalistes) sont dangereuses…

Un texte de Blaise Dubois


Physiothérapeute et président fondateur de La Clinique Du Coureur, Blaise Dubois est considéré comme une référence en prévention des blessures en course à pied. Leader international dans ce domaine, il enseigne sur les cinq continents les meilleures pratiques médicales. Sportif invétéré, copropriétaire des cliniques de physiothérapie et médecine du sport PCN, il se considère d’abord comme un clinicien spécialisé dans la prévention et le traitement des blessures en course à pied. Anciennement consultant pour l’équipe nationale d’athlétisme, il compte de nombreuses expériences internationales.

Ce texte a initialement été publié sur le site web de La Clinique Du Coureur et adapté par Distances+ dans le cadre d’un partenariat.