Est-ce que l’arthrose guette les coureurs de trail?

fil-mazzarino-coureuse-automne
Photo : Fil Mazzarino

L’arthrose est une maladie qui provoque la dégradation du cartilage et qui touche une articulation au complet. Si l’âge, la génétique et d’autres facteurs naturels la causent, il est normal pour certains coureurs de longue distance et de trail d’en avoir peur. Qu’en est-il? De manière générale, soyez rassurés.

Sachez d’abord que la pratique d’une activité physique régulière semble être bénéfique pour prévenir l’arthrose. Il n’y a pas d’augmentation du risque d’arthrose du genou chez les coureurs dont la pratique est modérée. Pour les coureurs de haut niveau, en revanche, même si la littérature n’est pas concluante, certaines études indiquent qu’il existe des risques du fait de la sollicitation très importante des articulations. Mais d’autres études contredisent ces conclusions.

Pour parler d’arthrose, on doit retrouver à la fois des changements radiologiques et des manifestations cliniques, comme des douleurs, des raideurs, des gonflements et, dans des stades plus avancés, des déformations.

Les articulations les plus fréquemment touchées sont celles des doigts, du rachis (le dos), des genoux, des hanches ainsi que celle du gros orteil. On estime que de 8 à 15 % de la population est touchée. Ceci augmentera avec le vieillissement de la population.

Il existe deux types d’arthrose

  • l’arthrose primitive, qui est une vraie maladie et qui a une composante génétique;
  • l’arthrose secondaire, qui peut survenir de la suite de plusieurs causes.

Parmi celles-ci :

  • l’âge
  • des facteurs hormonaux
  • des facteurs génétiques
  • des facteurs ethniques
  • des anomalies anatomiques (malformation, inégalité de longueur)
  • des traumatismes (fractures, chirurgie de ménisque, déchirure du ligament croisé antérieur)
  • une faiblesse musculaire
  • une laxité articulaire
  • une hypermobilité articulaire généralisée
  • des maladies inflammatoires (arthrite rhumatoïde, arthrite psoriasique, goutte, infections)
  • une augmentation de la densité osseuse, le contraire de l’ostéoporose, qui semble être associée avec une augmentation du risque d’arthrose de hanche
  • le tabac
  • le surpoids, par l’effet de surcharge sur l’articulation, mais probablement plus encore, par un effet métabolique du tissu adipeux qui produit de nombreux médiateurs pro-inflammatoires par les macrophages du tissu adipeux qui peuvent jouer un rôle dans la dégradation cartilage.

Il faut donc retenir que les causes sont multiples. Plus on vieillit, plus on a de risques de développer de l’arthrose. Mais, même si sur les radiographies, IRM et autres, on décrit de l’arthrose, cela ne veut pas dire que vous aurez des symptômes. Il y a « l’usure » normale de la vie et il y a l’arthrose plus pathologique.

Et du côté de la nutrition?

Un déficit en vitamine C serait associé à la progression de l’arthrose du genou (mais le déficit ne cause pas l’arthrose). Un taux bas de vitamine D augmenterait aussi le risque pour la progression (mais PAS l’apparition) de l’arthrose du genou. Il n’y a toutefois pas d’effet de la vitamine D sur l’arthrose symptomatique (il est donc inutile de vous bourrer de vitamine D).

Des essais de vitamines à propriétés anti oxydantes E et C n’ont pas conduit à des résultats probants. En clair, pas de conclusion!!

L’effet inflammatoire de certains aliments (les sucres raffinés, le gluten chez les personnes allergiques, souffrant de maladie coeliaque) pourrait jouer un rôle dans la progression ou dans la symptomatologie, mais probablement pas de rôle dans l’apparition.

Le rôle de l’activité physique

Ce que l’on a démontré, c’est que l’activité physique diminue les symptômes. Comme chirurgienne, je ne compte plus le nombre de fois où j’ai encouragé mes patients à bouger et à perdre du poids alors qu’ils étaient rendus au stade où la chirurgie de remplacement du genou semblait être la seule solution. Pour certains, cela a  tout changé et il n’y a pas eu de chirurgie en raison de l’amélioration de leur état.

Mais en somme, est-ce que courir augmente le risque de développer de l’arthrose du genou, de la hanche, du pied ou du dos?

En l’absence de facteur de risque tels que ceux énumérés précédemment, la réponse est probablement non. Certaines études ont même démontré que la course pourrait engendrer un certain effet protecteur.

Cependant, d’autres études laissent entrevoir qu’une surcharge importante, qu’un gros volume de course (chez des coureurs professionnels) pourrait avoir un impact négatif.

Les blessures typiques du coureur peuvent contribuer à l’arthrose. Une déchirure du ligament croisé antérieur est associée à un développement prématuré d’arthrose et ceci avec ou sans chirurgie de reconstruction. Le fait de se faire enlever une partie d’un ménisque est également associé à l’apparition précoce d’arthrose.

En fait, il reste toujours difficile de départager les risques intrinsèques, tel que d’être porteur de gènes favorisant le développement de l’arthrose, de l’effet seul de la charge d’entraînement.

La prévention s’impose. Puisqu’il a été démontré que l’inflammation dans une articulation est néfaste et entraîne une destruction du cartilage, on pourrait dire que le gros bon sens devrait s’exercer. Si votre genou enfle à chaque fois que vous dépassez 5 ou 10 km, restez dans des distances plus courtes, évitez de mettre le feu à votre genou. Alternez les types d’entraînement.

Il n’est pas toujours facile de penser à long terme quand on a 20, 30 ou même 40 ans, mais gérer l’effort à long terme pour aller plus loin est certainement le meilleur conseil qu’on puisse formuler. Comme dans un ultra!

À lire aussi :


Emmanuelle Dudon est chirurgienne orthopédiste spécialisée en chirurgie de la main et en médecine sportive. Elle partage son temps entre une pratique privée orientée vers l’orthopédie générale, la médecine sportive et la médecine régénératrice, le dépannage chirurgical en région en plus d’agir comme médecin expert dans plusieurs dossiers. Après quelques années à pratiquer la natation compétitive, elle s’est convertie à la course à pied et aux ultras en sentier.