Yohan Morneau, le policier « profileur criminel » qui court au large

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Yohan Morneau – photo : courtoisie

Yohan Morneau, policier à la Sûreté du Québec, fait partie des 50 « profileurs criminels » de la planète. Exposé au côté le plus sombre de l’humanité, il trouve son équilibre dans la course à pied. Cette année, l’athlète de 45 ans a complété son tout premier 100 miles. Portrait robot d’un coureur sur la scène de crime.

Le métier de profileur criminel n’est pas facile. Il est difficile d’en décrocher, avoue Yohan, puisqu’il doit analyser des crimes pour tenter de décoder les motivations et le profil du suspect.

Le processus pour devenir profileur est long et difficile. Ce n’est pas pour rien qu’il n’y en a que deux au Québec. « À la base, il faut être policier et avoir un bagage en enquête homicide et crime sexuel. C’est une formation continue pendant trois à quatre ans où tu te promènes à travers l’Amérique du Nord », explique Yohan.

Après un cursus scolaire technique où les formations portent des noms dignes de films policiers (« projection de sang » notamment), des stages terminent la formation, sous la supervision d’un mentor. « On fait trois stages hors Québec avec des profileurs certifiés, dit Yohan. Le dernier stage est au siège social du FBI. Un profileur de l’agence va te dire si tu es prêt à te présenter à l’examen de certification. »

« La course à pied c’est un bel exutoire, avoue Yohan. Ça me remet en paix avec moi-même. Ça me ‘’grounds’’ avec les vraies choses de la vie. C’est un besoin physique et psychologique. C’est comme une thérapie dans le fond. »

Le besoin de courir

C’est en 2012, au tout début de sa formation de profileur criminel, que Yohan Morneau renoue avec la course à pied, après plusieurs années de vie sédentaire. « J’avais déjà couru quand j’étais jeune policier. Après cinq ans aux homicides avec des heures de fou, les hôtels, les repas dans les restaurants, j’avais pris du poids, j’avais de la difficulté à courir un kilomètre sans arrêter. Je partais de loin », reconnaît-il.

C’est un collègue de travail qui est l’instigateur de ce qui allait devenir sa nouvelle passion. « Il avait démarré un groupe pour Suicide Action Montréal dans la cadre du Marathon de Montréal, raconte Yohan. Je n’étais pas en forme, mais je lui ai dit : “Michel, c’est une belle cause, je vais m’inscrire pour le 5 km.” Je me suis fait prendre à mon propre jeu, je n’ai jamais arrêté de courir depuis. »

Après un début sur route, il a rapidement bifurqué vers les sentiers. « Je demeurais à Bromont à l’époque, c’était donc naturel. J’ai fait toute la progression dont les courses Xtrail Orford et Sutton. Mon premier ultra, c’était la première édition du 55 km du Bromont Ultra. Ça a été épique, mais je l’ai complété. Bromont représente pour moi le parcours le plus difficile », explique Yohan.

L’année suivante, en 2015, il enchaîne des courses de 50 km, comme celle de Pineland dans le Maine et celle de Catamount au Vermont, avant de terminer la saison par le 65 km de l’Ultra-Trail Harricana.

Puis, en 2016, il s’attaque à des distances de 80 km, dont celle du Haliburton Forest Trail Race en Ontario et le Stone Cat Marathon dans le Massachusetts.

Après un premier 100 km au Sulfur Spring Trail Race en Ontario, il a complété, en juillet dernier, sont tout premier 100 miles, celui du Beast of Burden dans l’état de New York.

« J’ai dépassé mes limites physiques, dit-il. C’est seulement le mental qui m’a traîné jusqu’à fin. J’ai trouvé ça difficile en raison du parcours plat. Les gens d’expérience m’avaient dit : “tu aurais dû rester avec du dénivelé. Tu risques de trop courir”. »

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Yohan à la ligne d’arrivée du Catamount Ultra – Photo : courtoisie

La suite des choses

Yohan a déjà plein de projets en tête pour 2018. « Il y a le 50 km de la Chute du Diable et j’aimerais peut-être retourner à Harricana pour faire le 125 km. Je viens de m’inscrire au Marathon des érables pour avril prochain. Ça va être mon premier marathon », dit-il.

Ce retour sur la route lui permettra d’atteindre des objectifs bien précis. « Je veux devenir un coureur plus complet. Faire un entraînement de marathon, ça va me faire travailler au seuil. Je vais aller chercher un petit peu de vitesse. »

Car contrairement à bien de ses amis, il ne fait pas partie des meneurs. « J’ai commencé en arrière du peloton et maintenant je suis en milieu du peloton. Je n’aspire pas à plus, car je n’ai pas la capacité physique, reconnaît-il. Mais cela ne m’empêche pas de vouloir m’améliorer. »