Caroline Chaverot veut reconquérir l’UTMB en 2018

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Caroline Chaverot – Photo : David Gonthier – Pixel en Cime

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Malgré plusieurs victoires, dont la HardRock 100 et l’Ultra-Trail Lavaredo, l’année 2017 a été une saison en demi-teinte pour l’athlète française Caroline Chaverot, grande championne internationale de trail.

Ralentie par des blessures, sous pression par un horaire surchargé, elle a raté plusieurs des objectifs qu’elle s’était fixés. Maintenant guérie, elle a plus de temps libre et compte tout mettre en œuvre pour remporter l’Ultra-Trail du Mont-Blanc (UTMB) en 2018, comme elle l’a fait en 2016.

L’année a bien mal commencé pour Caroline, puisqu’un problème de thyroïde l’a empêché de prendre part à la Transgrancanaria. Les choses se sont replacées en mai lors de la Salomon GoreTex MaXi-Race à Annecy en France. Elle a terminé première, devançant Andrea Huser de plus d’une heure.

« C’était la première course de 2017 où je reprenais un dossard et où j’espérais être guérie, explique-t-elle en entrevue avec Distances+. J’avais beaucoup d’appréhensions au sujet de ma forme, et finalement, ça s’est bien passé malgré de petits problèmes musculaires. J’avais du mal à enchaîner toutes les descentes. »

Plus tard en saison, à l’Ultra-Trail du Lavaredo, en Italie, c’est une autre victoire qui l’attendait.

« Ça s’est encore mieux passé qu’à Annecy, car j’avais pris des chaussures qui amortissaient un peu plus. Par contre, il faisait extrêmement chaud, c’était un peu complique à gérer. Mais j’étais vraiment contente de ma course, car j’avais toujours des incertitudes au sujet de ma santé. »

Pour cette athlète qui s’entraîne principalement en montagne, la chaleur est un handicap. « C’est plus usant pour l’organisme de courir sous de grandes chaleurs. Je cours souvent dans le froid, donc c’est vrai que j’ai peu d’occasions de m’entraîner par de fortes chaleurs. »

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Photo : David Gonthier – Pixel en Cime

Déboire au HardRock 100

Sa première place au HardRock 100 en juillet 2017 a été une victoire crève-cœur. « Au début, j’espérais battre le record du parcours, j’étais largement dans les temps puis mon pacer m’a perdu alors que je m’appuyais beaucoup sur lui, raconte-t-elle. J’ai perdu beaucoup de temps — 1 heure 30 min — et beaucoup d’énergie avant que l’on retrouve notre chemin. La suite de la course a été difficile parce je n’avais pas assez bu ni mangé pendant le temps où nous étions perdus. En plus, j’ai fait une grosse chute et j’avais une côte fissurée. »

Même si elle rêve de refaire la HardRock 100 — une course magnifique et plus sauvage que l’UTMB selon ses propres mots — ce n’est pas au programme pour 2018. La HardRock est décalée d’une semaine en 2018, ce qui la rapproche trop de l’UTMB.

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Si l’UTMB prend tant d’importance pour Caroline, c’est qu’elle a dû abandonner la course cette année, et qu’elle n’a donc pas pu regagner son titre de 2016. « J’ai développé un problème d’anémie en plus de ma blessure à la côte, précise-t-elle. Je n’ai pas été en mesure de récupérer complètement. »

Heureusement, elle a terminé la saison en beauté à la SaintéLyon, la plus ancienne course en sentier de France. « Je ne voulais quand même pas terminer ma saison 2017 sur un échec. Ce n’est pas loin de la maison et c’est un profil beaucoup plus roulant que ce que je fais d’habitude. Il faisait froid et il y avait pas mal de neige et de glace, mais j’ai l’habitude de courir dans ces conditions. Il fallait être très vigilant. À deux ou trois reprises, j’ai failli glisser, mais je n’ai pas chuter. Je préfère quand même ces conditions à la chaleur. »

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Photo : David Gonthier – Pixel en Cime

Objectif UTMB

Caroline Chaverot rêve de reprendre son titre à la prochaine édition de l’UTMB.

« C’est mon objectif numéro un, c’est assez clair. J’aimerais vraiment gagner et retrouver cette confiance en moi. »

Pour s’y préparer, plusieurs courses sont au programme, dont la Transgrancanaria en février.

« Je vais y retourner, car c’est une course que j’aime bien pour lancer la saison. Ça me permet de me motiver, car je n’ai pas envie de m’entraîner tout l’hiver pour un objectif qui est seulement en mai ou en juin, dit-elle. J’ai besoin de quelque chose de plus immédiat. »

Elle compte également participer en mai aux championnats du monde de trail qui auront lieu cette année en Espagne.

Finalement, elle désire prendre part à plusieurs courses des Skyrunner World Series — des épreuves qui varient entre 50 et 100 km.

« J’ai envie de faire des distances un peu plus courtes, parce que les courses de plus de 100 km c’est quand même usant. J’aime varier les distances », dit-elle.

Caroline Chaverot devait participer au North Face Endurance Challenge de Blue Mountain en Ontario, mais elle a depuis changé ses plans.

« J’ai été invité et ça me tentait vraiment, parce que le parcours a l’air magnifique et que j’aimerais bien découvrir le Canada, avoue-t-elle. Mais comme j’ai déjà plusieurs courses au programme la saison prochaine, j’ai peur d’être usée. »

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Photo : David Gonthier – Pixel en Cime

Niveau en progression

Depuis qu’elle est dans le circuit compétitif, Caroline Chaverot constate la progression du calibre des participants.

« Je me rends compte que le niveau monte d’année en année. Si je regarde les performances avant que je commence à courir, dans les années 2008-2010, le niveau était beaucoup plus bas que maintenant. J’ai l’impression que depuis deux ou trois ans, ça prend encore une autre dimension, explique l’athlète de 41 ans. Sur les courses plus courtes, il y a maintenant beaucoup de personnes qui ont des physiques imposants et qui sont vraiment rapides. Il y a une densité qui est plus importante qu’avant et même dans les courses régionales, le niveau est maintenant très relevé. »

Heureusement, elle constate que ses performances sont également en progression. « Je le vois à l’entraînement et, chaque année, j’arrive à progresser un peu. Si je courais depuis l’âge de 15 ou 20 ans, je pense qu’à 40 ans, mes performances pourraient décliner. Mais je ne cours pas depuis si longtemps que ça et je n’ai pas ce phénomène d’usure. »

Changement de régime

Le plus grand changement dans la vie de Caroline concerne sa vie professionnelle. Cette enseignante de profession travaille maintenant à mi-temps. « Cela a changé ma vie, car avant j’étais dans un stress permanent en raison du manque de temps. Je n’avais pas assez de temps pour m’entraîner et j’aime également passer du temps avec mes trois enfants. La seule contrainte, dans le métier d’enseignant, c’est la gestion des congés. Là j’ai envie de participer à un stage avec Salomon, je vais devoir déposer une demande de congé et je ne suis jamais certaine de l’obtenir. »

Avec plus de temps en banque, elle peut non seulement augmenter son volume d’entraînement, mais faire d’autres activités dont l’escalade et du renforcement musculaire.

« L’année dernière avec le travail, 80 % de mes entraînements était de la course à pied. Là, je vais pouvoir faire plus de ski de fond, de vélo et d’autres activités plus douces. Ça permet de faire du volume sans me surentrainer. Psychologiquement c’est aussi intéressant, car je suis moins obligée de toujours m’entraîner au même endroit, j’ai plus de liberté de déplacement. »

Vieillir et courir

Même si elle avoue un intérêt pour les courses de très grande distance — Le Tor des Géants notamment — Caroline réserve ces distances pour plus tard.

« Pour faire ce type de course en mode compétition, il faut dormir très très peu, dit-elle. Je pense qu’on s’use énormément et après c’est difficile d’être au top pour le reste de la saison. Il y a aussi la Moab 200 qui peut être intéressante. Mais d’abord je veux épuiser tout ce que je peux faire sur les plus courtes distances. »

Caroline Chaverot dit ne pas trop se soucier de l’impact des années qui passe sur sa performance.

« Courir pour le plaisir, j’espère le faire toute ma vie. C’est vrai qu’il y a un moment, inévitable, où je ne serai plus à même de gagner de grandes courses. Je ne sais pas trop ce que je ferai. Peut-être, aller vers de plus longues distances ou les courses un peu moins relevées, sinon carrément ne plus courir en compétition. »

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