Décrocher un emploi au sommet du monde

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Photo : Sophie Boisvert

La scène est peu commune : dans un petit village népalais d’une dizaine de maisons, à plus de 3000 m d’altitude, alors qu’il fait nuit noire, la Québécoise Sophie Boisvert passe une entrevue d’embauche.

Elle ne porte pas de tailleur ou de chaussures à talons, mais elle est enroulée dans son sac de couchage et porte plusieurs couches de vêtements.

Comment la jeune femme de 26 ans en est-elle arrivée là ?

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Un voyage pour se trouver

« Je travaillais depuis quatre ans en agence de publicité. En octobre 2016, j’ai dû quitter mon emploi. Je me suis  retrouvée sans attaches à Montréal, hormis un bail et des amis en or », raconte Sophie.

C’est le bon moment pour voyager, se dit-elle. Une amie qui vient de terminer le mythique circuit des Annapurna lui conseille de s’y lancer. « Elle m’a dit : ‘‘va au Népal, tu vas adorer ça, et je suis certaine que tu vas trouver ce que tu cherches’’ ».

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En même temps qu’elle prépare son voyage, Sophie se lance dans la recherche d’un nouveau travail, sans grande conviction. Elle postule pour des postes dans des agences de publicité, décroche des entrevues et se voit même offrir des emplois, qu’elle décline.

« Il y avait quelque chose qui clochait, explique-t-elle. Je ne voulais plus vraiment travailler en agence et je ne voulais plus travailler à Montréal ». Sophie décide donc de se concentrer sur des compagnies de plein air en Colombie-Britannique. L’entreprise Helly Hansen retient sa candidature, mais ne peut programmer une entrevue avec elle que près d’un mois plus tard. Or, le voyage au Népal est déjà prévu.

Sophie part tout de même. Advienne que pourra.

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Elle entame donc ce voyage en solo, afin de faire pendant deux semaines ce trek merveilleux qui sillonne le Népal. « Sur ce circuit-là, il n’y a personne qui reste seul, dit Sophie. Arrivée à la première ville du circuit, Besisahar, je me suis jointe à deux Catalans ».

Deux semaines après, Sophie était toujours en leur compagnie. « On a été rejoints par un Italien, un Allemand et un Sud-Coréen. On s’est agglutinés ensemble pour le voyage. On était un peu comme des frères et sœurs ! »

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Entrevues à la népalaise

À peine arrivée en sol népalais, Sophie passe une première entrevue via Skype au beau milieu de la nuit avec l’équipe de Helly Hansen, depuis l’auberge de jeunesse où elle loge.

« Ce que j’ai su par après, c’est que l’équipe au Canada n’entendait qu’un mot sur dix ! », dit-elle. L’entrevue est de courte durée, et Sophie pense qu’elle n’ira pas plus loin.

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Pourtant, on sollicite de sa part une seconde entrevue. Sans même savoir si elle disposera d’une connexion Internet dans le prochain village où elle logera, qui est perché à plus de 3000 m d’altitude, elle accepte.

L’entrevue doit avoir lieu vers 22 h 30. La jeune femme raconte qu’« il faisait tellement froid que j’ai fini par aller dans mon lit et j’ai mis des couches et des couches. À un moment donné, j’ai décidé de me mettre dans le sac de couchage. C’est comme ça que j’ai fait mon entrevue. Cela a soulevé certaines questions sur ce que j’étais en train de faire ! »

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« La fille qui était dans la montagne »

Sophie obtient finalement le poste ! « Le patron m’a dit qu’à candidat égal, il avait décidé de me prendre, car j’étais en train de faire quelque chose de vraiment inusité et dont ils n’avaient pas entendu parler. Ils avaient décidé de prendre une chance », raconte Sophie.

Rétrospectivement, Sophie voit ce voyage comme une expérience qui a changé radicalement sa vie et pas seulement parce qu’elle a trouvé l’emploi qui lui correspond parfaitement, mais aussi parce qu’elle a tiré des enseignements humains de cette expérience.

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« Je pense que ça m’a vraiment appris à laisser un peu aller les choses. Dès fois, on n’a pas le contrôle sur tout et puis les choses viennent à nous. Et puis, ça m’a aussi donné confiance en moi parce que j’ai décidé de faire cela toute seule. Comme quoi on n’a pas toujours besoin d’attendre après les autres pour faire ce que l’on a envie », conclut-elle.

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les aventures de Sophie Boisvert :

L’irrésistible appel du sentier du Fjord-du-Saguenay