À l’Ultra-Trail Harricana, le Français Vivien Laporte va courir pour deux

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Vivien Laporte va courir avec la photo de son ami Matthieu sur son sac – Photo : Vincent Champagne

Le coureur français Vivien Laporte, l’un des favoris du 125 km de l’Ultra-Trail Harricana (UTHC), est arrivé cette semaine dans Charlevoix avec l’ambition de gagner pour deux. Il aurait dû être sur la ligne de départ avec son ami et grand espoir de l’ultra-trail français, Matthieu Craff, mais celui-ci a dramatiquement perdu la vie il y a quelques jours lors d’une semaine d’entraînement au Mont-Blanc. Vivien aura symboliquement la photo de son « pote » au dos de son « CamelBak ».

« Matthieu était un concurrent sur les courses et un copain », a-t-il raconté posément à Distances+ juste après une randonnée dans le parc des Hautes-Gorges-de-la-Rivière-Malbaie. Les deux Bretons voulaient initialement faire une course aux États-Unis ensemble, « quelque chose de roulant, et puis on s’est dit pourquoi pas le Canada, les grands espaces, tout ça… L’organisation avait l’air très pro, très carrée et la date tombait bien par rapport à nos objectifs. On s’est dit banco ! »

Mais ça, c’était avant que le jeune homme de 28 ans ne reçoive une invitation pour participer à la Diagonale des fous à La Réunion en octobre. « Matthieu a préféré renoncer à l’Harricana cette année parce que les deux événements étaient trop proches dans le calendrier, a précisé Vivien, mais il voulait monter pour l’an prochain une équipe de coureurs de Bretagne à la conquête du Canada. »

Matthieu Craff ne sera pas là, ni cette année ni l’année prochaine, mais son ami a « décidé de courir pour lui. »

Vivien , 31 ans, prend très à cœur cet hommage. « C’est un geste qui me fait plaisir et ça fait plaisir à ses parents », a-t-il précisé. Le papa de Matthieu a indiqué sur Facebook, après la catastrophe, que son fils lui avait envoyé un autoportrait depuis le sommet du Mont-Blanc, qu’il venait de gravir pour la première fois, avec ce commentaire : « Sur le toit de l’Europe ! Je n’ai pas de mots pour définir ça ! » Peu de temps après, en redescendant à la marche, Matthieu s’est écarté pour laisser passer un groupe de randonneurs en pleine ascension. Un écart fatal, même pour un ultra trailer chevronné.

C’est avec cette tragédie et ses souvenirs dans la tête que Vivien Laporte s’élancera de Notre-Dame-des-Monts dans la nuit de vendredi à samedi.

Les moyens de la victoire

Humble dans son approche de la course, le médaillé d’argent au Championnat de France du 100 km (7 h 16 min) a quand même confiance en ses capacités.

« Je me suis préparé, j’ai travaillé la distance et le dénivelé, mais c’est peut-être un peu trop léger, dit-il. Mon objectif, c’est avant tout de prendre du plaisir, d’assurer ma gestion de course en m’alimentant et en m’hydratant comme il faut. Et ma stratégie, c’est simple, je veux partir avec le groupe de favoris et voir au fur à mesure comment je me sens. Je ne vais pas chercher à faire n’importe quoi. Après, oui, je vise une place sur le podium et, symboliquement, j’aimerais gagner. Pour Matthieu… »

Transparent, Vivien, qui s’attend à un parcours où il peut courir tout le temps, compte avancer à 10 km/h de moyenne. S’il y parvient, il sait qu’il battra le record du 125 km (4000 m de dénivelé) détenu par David Jeker. Ce dernier nous avait confié qu’il serait là pour cela aussi. Ça promet !

Vivien Laporte a terminé 6e au marathon de l’Ultra-Trail de l’île de Madère au Portugal au printemps dernier et 19e à la Diagonale des fous en 2016. Avant cela, il avait remporté deux ultra-trails de 80 km en Bretagne, l’Ultra-Trail des Côtes d’Armor et le Belle-Ile en Trail.

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Kevin Vermeulen – Photo : Vincent Champagne

Kevin Vermeulen sur le podium du 65 km ?

Un autre coureur en sentier français, Kevin Vermeulen, a les moyens d’animer la fin de semaine au Mont Grand-Fonds. Le jeune homme de 25 ans, qui sera au départ du 65 km (2000 m de dénivelé), est monté au printemps dernier sur la troisième place du podium du marathon de l’Ultra-Trail de l’île de Madère avant de se blesser sur la Maxi-Race en mai. De retour après une blessure, il a réalisé l’exploit de remporter, fin août, le 47 km de L’Échappée Belle (2800 m D+) dans le massif de Belledonne (près de Grenoble, dans les Alpes françaises) en défonçant au passage le record du parcours (ex æquo avec Nicolas Hairon).

Kevin connaît un peu la Belle Province. Il a étudié à l’Université Laval en 2016.

« L’Harricana m’a attiré pour les paysages qu’il traverse. J’avais eu un aperçu de ce qu’était la région, mais j’étais resté sur ma faim, n’ayant pas eu le temps « d’explorer » le territoire à ma guise, a-t-il dit à Distances+. L’UTHC me permet donc de joindre l’utile à l’agréable, et c’était une bonne excuse pour revenir une deuxième fois au Québec. »

Kevin Vermeulen estime que l’Ultra-Trail du Canada tombe à pic pour le mener dans les meilleures conditions à son objectif de la saison : l’Intégrale des Causses (64 km pour 3360 m D+) au Festival des Templiers, l’une des courses les plus relevées en France.

« Je pense que c’était une des meilleures et des plus belles courses pour opérer la transition entre course de montagne et course plus roulante vers la fin de saison qui arrive », explique-t-il pour justifier sa motivation.

Son objectif est « celui de toujours prendre un maximum de plaisir, et boire une bonne bière à l’arrivée. Actuellement, je reviens en forme après une blessure qui aura perturbé mes mois de juin et juillet. J’aborde donc cette fin de saison avec plus de fraîcheur et d’envie [après ce retour gagnant à Grenoble] ». Il envisage donc de se « faire une belle place si toutes les conditions sont réunies », insistant sur le fait qu’il voulait rester prudent, tant une course peut très vite basculer.

Kevin semble heureux de courir. « J’ai mis plus d’un mois à remarcher correctement, sans boiter, alors à ce moment, pouvoir recourir…  c’était loin, très loin ! Et dans ma tête, je n’y pensais même plus et j’avais fait une croix sur ma saison. Donc remettre les chaussures, refaire ce que j’aime par-dessus tout, ça a été une très grande libération ! »

Et ce sentiment de liberté, il a de bonnes chances de le retrouver lors de cette virée dans la forêt boréale, loin de la civilisation.

Note : Terme générique employé en France pour parler du sac d’hydratation. Vivien court en fait avec un sac de la marque Salomon. Retour au texte.

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