Vincent Houle enterre sa vie d’avant à la Diagonale des fous

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Mourir a changé la vie de Vincent Houle. Il y a près de quatre ans, ce Québécois sédentaire et obèse s’est fait « écraser » par un camion en Thaïlande. Il a été déclaré mort avant son arrivée à l’hôpital.

Pourtant, aujourd’hui, il est au départ de la Diagonale des fous. Ce sont 167 km de bonheur et de souffrance qui l’attendent sur l’île de La Réunion pour « tourner la page » et regarder devant. Vers Saint-Denis. Vers sa nouvelle vie d’athlète qui ne veut plus entendre « non, tu ne peux pas faire ça, c’est impossible », sous prétexte qu’il est « physiquement limité ». Parce que, oui, c’est possible. Et il se le prouve en permanence.

À l’autre bout du fil, à la veille du départ, l’excitation et l’enthousiasme de ce coureur « aux 164 vis dans le corps » sont palpables. Vincent vient de récupérer son dossard et s’amuse de la taille du chandail de l’événement « C’est du XL! C’est normal, quand je me suis inscrit au printemps, je pesais encore 215 lb (98 kg). J’en pèse aujourd’hui 175 (79 kg). » Et pour cause, il ne s’assied plus beaucoup devant la télé, comme il dit. « La dernière fois que je l’ai allumée, c’était il y a au moins cinq mois. »

Entre temps, il s’est astreint à environ 30 h d’entraînement par semaine pour être prêt, lui qui avait souffert pendant plus de deux semaines à la suite de son premier kilomètre à la course. Il pesait alors 280 lb. « J’avais enflé de partout », raconte-t-il, et son corps a réagi ainsi chaque fois qu’il repoussait un peu plus ses limites. « Mais il s’est adapté et il ne tombe plus comme avant en mode panique. En fait, mon corps m’envoyait le même message que les médecins. Il essayait de me dissuader de courir, mais j’ai persévéré. »

Souffrance

Il s’attend toutefois à souffrir encore un peu le long du parcours réputé très difficile de la Diagonale des fous, avec ses 9 700 m de D+. « Même l’élite met le double de temps par rapport à un 160 km “normal”, fait remarquer Vincent, ajoutant qu’il est impressionné par le cadre dans lequel il va courir. Il y a des zones qui ne sont pas du tout accessibles, où l’on peut se retrouver tout seul pendant des heures sans voir personne. Et puis, la montagne, là, c’est immense, avec des pics pointus qui n’ont pas été érodés. C’est complètement fou. »

La souffrance, il y est habitué depuis son terrible accident en moto, en février 2013, qui a entraîné plusieurs chirurgies pour le remettre sur pied, à l’aide de « pièces de métal ». Il a été grièvement blessé, à tel point que le rapport préhospitalier indiquait son décès, parce que son état – il était inconscient – laissait croire à une importante fracture du crâne. Il n’en était rien et il s’est réveillé tout seul sur un brancard avec un drap sur le visage.

La suite a été une longue reconstruction, marquée entre autres par une rencontre fondamentale, celle de Stéphane Poulin, un ancien « gros » lui aussi. « C’était sur le défi Montréal-New York en 2014. Il m’avait grandement marqué par sa bonne humeur, son énergie et ses capacités physiques malgré ses occupations à temps plein et sa vie familiale. »

En janvier 2015, les deux gars ont fait la route ensemble vers les États-Unis et leur premier ultra, Bear Mountain. C’est là qu’est née leur amitié inébranlable. « Stéphane m’a inspiré beaucoup par sa perte de poids et ses performances hallucinantes malgré son récent changement de mode vie. Il avait une motivation extraordinaire à sortir et aller courir dehors au mont Saint-Hilaire. » C’est Stéphane qui a embarqué Vincent dans l’aventure réunionnaise. Et c’est ensemble que ces deux représentants québécois vont affronter cette course mythique, au moins au début.

Avant de pouvoir prendre l’avion pour La Réunion, située dans l’océan Indien, Vincent a dû trouver un médecin qui acceptait, comme de rigueur, de cautionner son défi. « Chaque fois, j’entends que je ne suis pas supposé être capable de courir, déplore-t-il. C’est un véritable casse-tête, mais j’ai réussi à trouver quelqu’un de passionné pour signer mon certificat médical obligatoire. »

Une course spirituelle

« Sur la Diagonale, je veux prendre mon temps, a-t-il confié. Ça va être un voyage dans ma tête, mais je vais aller au bout, peu importe comment. L’abandon n’est pas une option. Je viens ici comme la finalité à un tournant de ma vie. J’ai vécu des choses difficiles, des douleurs physiques et psychologiques, des changements drastiques, d’autres plus lents, des jugements, j’ai perdu beaucoup d’amis pour rebâtir avec d’autres, mais c’est maintenant derrière moi. Je ne dénigrerai jamais le commencement de tout ça, mais je veux laisser la place à la personne que je suis devenu. »

Vincent a d’ailleurs insisté sur une chose : il aime que son histoire soit inspirante, mais il aimerait cesser de la ressasser après la Diagonale et ne plus baser sa vie sur ce qu’il était avant, lorsqu’il était passif.

Du même souffle, il exhorte cependant les personnes qui, comme lui, vivent avec des « limitations physiques » à s’écouter et à croire en elles. « Mon meilleur exemple, c’est mon premier marathon, que j’ai couru en 4 h 50 l’an dernier. Les gens se sont obstinés à essayer de me convaincre que je ne devais pas courir un marathon avec ma condition, qu’un marathonien au-dessus de la barre des 4 h 30, ça ne devrait jamais courir de marathon. En mai, au même marathon d’Ottawa, j’ai couru en 3 h 32. Et l’an prochain, je ferai encore mieux, alors il ne faut pas se limiter aux barrières que peuvent nous imposer les autres. Autant au niveau de la distance que de la performance. »

Et il a ponctué sa phrase d’un « bon, maintenant, j’ai une Diagonale à courir moi… »


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