Des coureurs vedettes québécois affrontent l’île de Madère

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Les athlètes québécois Jessy Forgues, Sébastien Côté et Vincent Houle / Photo : Alexis Berg

Quatre athlètes québécois s’apprêtent à traverser l’île montagneuse et escarpée de Madère, au Portugal, à l’occasion de la sixième étape de l’Ultra-Trail World Tour (UTWT) qui verra s’affronter plusieurs des meilleurs ultra-marathoniens en sentier de la planète. Sébastien Côté, Jessy Forgues, Vincent Houle et David Jeker vont parcourir 115 km et 7100 m de dénivelé positif sur un tracé réputé très technique au cœur d’une nature luxuriante. 

Jessy, Vincent et Sébastien ont fait le voyage ensemble. En leader expérimenté, ce dernier avait prévenu ses camarades : « Il faut s’attendre à tout ! » À peine arrivés à Madère, cela s’est vérifié puisque les bagages des deux premiers étaient restés à Montréal, avec tout leur équipement pour la course dedans. Une situation rageante qu’ils ont toutefois semblé prendre avec le sourire. À raison, puisque les valises sont arrivées juste à temps. Ils avaient envisagé sérieusement de « tout racheter sur place et puiser dans le drop-bag de mi-parcours », a raconté Jessy Forgues.

Jessy Forgues, forte malgré son pied

Pour celle qui a remporté le 125 km de l’Ultra-Trail Harricana du Canada (UTHC) en 2016, ce sera la première grande course en dehors du Québec. Initialement, même si elle ne visait pas le podium, elle avait bon espoir de se confronter à l’élite féminine à l’échelon international et de se classer honorablement, mais elle a dû revoir ses plans après s’être tordu la cheville lors du camp d’entraînement de Salomon à Moab, dans l’Utah, en mars.

« Je ne viens pas ici avec un objectif précis, je vais écouter mon corps, je veux juste terminer et en profiter parce qu’il y a encore trois semaines, je ne pensais même pas pouvoir partir (en Europe), a-t-elle confié à Distances+ à la veille de la course. Mais ça va mieux, je marche sans boiter. Je suis vraiment contente de pouvoir prendre le départ. »

Contrainte de mettre la pédale douce sur l’entraînement et de se soigner, Jessy en a profité pour « travailler le côté psychologique des ultras », a-t-elle souligné. D’autant que sa saison est orientée vers le Tor des Géants (330 km, 23 000 m D+), en Italie, mi-septembre.

Reste que l’Ultra-Trail de l’île de Madère (MIUT) compte de nombreuses sections où il faudra marcher et grimper des escaliers, tant les multiples ascensions sont à pic, ce qui pourrait compenser ses carences induites pas sa blessure. Jessy aurait été probablement plus handicapée sur des chemins forestiers roulants comme ceux auxquels elle est habituée au Québec.

Vincent Houle, plus structuré que jamais

Jessy a par ailleurs le plaisir de courir avec celui qui partage sa vie, Vincent Houle, celui qui continue de défier son corps de métal, héritage d’un grave accident désormais derrière lui. « J’aborde la course dans la joie et l’allégresse. Je continue d’aller vers l’avant, de me dépasser et de considérer que l’abandon n’est pas une option », dit-il.

Sa copine le pousse d’ailleurs en ce sens. « Je suis inspiré par Jessy. C’est la plus belle «lapine de course» que je connaisse, s’amuse-t-il. Avant, je m’écoutais toujours, mais maintenant, avec elle, mes entraînements sont beaucoup plus structurés et c’est payant, j’ai changé de niveau de performance. »

Reste que, pour lui, Madère est avant tout une occasion « fantastique » de voyager, et de se préparer à ses deux gros défis de la saison : l’Utra-Trail du Mont-Albert (167 km, 8500 m D+) et le Tor des Géants.

Sébastien Côté, courir au  mental

Le MIUT sera également une grosse course préparatoire pour Sébastien Côté. « C’est une distance que je connais, mais c’est la première fois que je vais traverser une île et faire autant de dénivelé sur un parcours technique. C’est ça qui m’intéresse, a-t-il expliqué. Il y a un passage au début avec 1000 m de dénivelé sur 5 km, c’est du jamais vu pour moi. Comme on ne dépasse pas 2000 m d’altitude, je n’ai pas besoin que mon corps s’acclimate, il va juste falloir que je me fasse à la chaleur, même si pour l’instant c’est plutôt froid et humide. »

Le président-fondateur de l’Ultra-Trail Harricana (UTHC) espère passer la ligne d’arrivée sous la barre des 20 heures, mais il estime que c’est peut-être un peu trop tôt dans sa saison. « Je ne dois pas être trop enthousiaste, dit-il. Je dois faire un gros travail mental pour partir tranquillement, et accélérer après 30 km. C’est une préparation pour mon objectif de la saison, mon premier 100 miles, la Sinister 7, en Alberta. Je dois pouvoir rentrer au Québec et avoir assez d’énergie pour reprendre tout de suite l’entraînement. »

David Jeker, se rendre au bout

Quant à David Jeker, qui a l’ambition de remporter le 125 km de l’UTHC en septembre, il partira sans pression sur cette dernière course européenne de sa saison. « J’ai l’habitude d’abandonner les courses qui débutent en fin de soirée, reconnaît-il. Le simple fait de terminer serait donc bien. Je n’ai pas l’intention d’être prudent dans la gestion de mon allure pour autant. J’ai beaucoup plus de plaisir quand je cours sans retenue », dit-il.

Même si la distance est similaire à celle de l’UTHC, il estime que le parcours est très différent, notamment « parce qu’il y a beaucoup plus de marche », pour en faire une référence.

Sébastien Côté, Jessy Forgues et Vincent Houle avant l'Ultra-Trail de l'île de Madère / Photo : Alexis Berg
Sébastien Côté, Jessy Forgues et Vincent Houle avant l’Ultra-Trail de l’île de Madère / Photo : Alexis Berg

Course de gros calibre

L’Ultra-Trail de l’île de Madère, inscrite à l’Ultra-Trail World Tour depuis l’an passé, a su séduire les coureurs élites européens du circuit, qui seront nombreux au départ, comme les champions de l’UTWT Gediminas Grinius et François D’Haene, mais aussi les Espagnols Pau Capell, Jordi Gamito et Javier Dominguez-Ledo, ou encore les Français Xavier Thévenard, Sébastien Chaigneau et Sébastien Camus.

Ce dernier avait terminé troisième l’an passé et il revient au Portugal avec de belles intentions. « MIUT fait partie de mes trois objectifs de la saison avec l’Ultra-Trail du Mont-Blanc (UTMB, 172 km, 10 000 m D+) et la Diagonale des fous (164 km, 9900 m D+), a indiqué le Français Sébastien Camus à Distances+. J’ai fait une grosse préparation cette année pour préparer mon UTMB. Cette course sera une course repère pour moi et ainsi voir les résultats du travail effectué pour peaufiner le prochain cycle de préparation pour fin août. »

C’est aussi avec l’UTMB dans le viseur que l’Espagnol Pau Capell, l’un des principaux favoris, qui démontre une régularité sans faille aux avant-postes des courses de l’Ultra-Trail World Tour, aborde le MIUT. « Je suis motivé et j’ai l’envie de bien faire, nous a-t-il dit. Mon plan est de réussir à rester dans le tempo que je me suis fixé sans me préoccuper de la place à l’arrivée. Je veux courir dans le meilleur état d’esprit en vue de l’UTMB. »

Parmi les vainqueurs potentiels, le Lituanien Gediminas Grinius nous a également confirmé qu’il était en forme et qu’il était prêt à en découdre. Il vise un chrono autour de 14 h, tout près de record de l’Américain Zach Miller établi l’an dernier (13 h 53).

Les concurrents s’élanceront ce vendredi soir à minuit (19 h à Montréal) de Porto Moniz et traverseront l’île d’ouest en est jusqu’au village de Machico.

À noter qu’une autre course du circuit UTWT se déroule en fin de semaine : la Penyagolosa Trails, à Castellón de la Plana, en Espagne.